La littérature israélienne à l’honneur en France
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Interview

La littérature israélienne à l’honneur en France

C’est l’un des temps forts de la saison France-Israël : le Festival « Lettres d’Israël » se déroulera dans l'ensemble de l'Hexagone du 2 au 18 octobre 2018

Illustration d'Izhar Cohen - Tel-Aviv. Le retour
Illustration d'Izhar Cohen - Tel-Aviv. Le retour

Décidée au plus haut niveau des deux Etats, la Saison France-Israël se déroule simultanément, depuis juin et jusqu’en novembre prochain, dans les deux pays. Innovation et jeunesse sont les thèmes conducteurs de cette édition 2018 dont le point focal est manifestement l’avenir et le renforcement du dialogue dans les domaines culturel et scientifique.

« En renouvelant l’image que nos nations se font chacune de l’autre, [la Saison croisée] réaffirmera la force de notre lien, en cette année du soixante-dixième anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, » écrivait Emmanuel Macron en préambule du dossier de presse, rejoint en ce sens par Benjamin Netanyahu, soulignant pour sa part que « le partenariat franco-israélien n’a jamais été plus fort qu’aujourd’hui ».

Programmateur des éditions 2016 et 2017, Joseph Hirsch a joué cette année un rôle de conseil auprès de la coordinatrice Francine Lutenberg, qui œuvre au sein du service culturel de l’Ambassade d’Israël sous la direction d’Elinor Agam, l’actuelle attachée culturelle, à qui l’on doit la création du festival.

Times of Israël : La Saison France-Israël est largement entamée. Quel est votre sentiment à ce jour ?

Joseph Hirsch : La Saison, qui a débuté le 5 juin dernier au Grand Palais, s’achèvera le 22 novembre par un concert de la chanteuse Noa, entourée de musiciens israéliens et français, à la Seine Musicale.

Achinoam Nini en 2009 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Entre temps, des dizaines de rendez-vous culturels, scientifiques et artistiques auront eu lieu dans toute la France. Le festival Lettres d’Israël, dont c’est la troisième édition cette année, sera l’un des temps forts de la Saison, avec de nombreux croisements entre auteurs israéliens et français.

Ce fut une année éprouvante et le besoin d’entendre la parole des écrivains et des artistes n’en est que plus urgent. Les mots, la réflexion, l’échange, sont toujours des motifs d’espoir.

Roman, poésie, bande dessinée, polar, traduction et hommages : le festival mise sur la diversité étonnante du paysage littéraire israélien qui connaît un succès croissant en France. Le site de RFI avait d’ailleurs, en mai dernier, mis en ligne un article célébrant la diversité et le renouveau de la littérature israélienne marquée, selon l’auteur du papier, par une sensibilité exacerbée. Est-ce l’une des qualités que vous retiendriez vous aussi ?

Il est vrai que la plupart de nos invités partagent cette sensibilité propre aux écrivains, ainsi qu’une profonde finesse dans l’écriture des rapports humains. C’est le cas notamment d’Itamar Orlev, dont le premier roman «Voyou» raconte le retour en Pologne d’un homme sur les traces de son père, ancien partisan évadé de Majdanek devenu un père terrible, alcoolique et violent, désormais échoué dans un hospice de Varsovie (Voyou, Seuil).

Cette grande finesse se retrouve évidemment chez Zeruya Shalev, romancière de l’intime, de la famille et de ses non-dits, mais également et de manière différente chez Raphaël Jerusalmy, et Eshkol Nevo, qui présentera au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, son dernier ouvrage Trois étages (Gallimard).

Zeruya Shalev (Crédit : autorisation Joseph Hirsch)

Cette année, le festival s’ouvre à la bande dessinée et au roman graphique, et nous sommes très heureux d’accueillir ainsi Asaf Hanuka, Rutu Modan, Yirmi Pinkus, Izhar Cohen et Michel Kichka, et de donner voix à leur regard de dessinateurs et d’illustrateurs, à la sensibilité singulière.

Vous venez de citer Zeruya Shalev, romancière majeure de la scène littéraire. La littérature est, selon elle, « une chose plus profonde que la politique ». Cette profondeur serait-elle, selon vous, l’une des clés du succès que la littérature israélienne rencontre auprès du public français ?

Zeruya Shalev a raison, la littérature est une chose plus profonde que la politique, et c’est aussi vrai en Israël qu’en France, en Italie, en Haïti ou au Nigéria.

La littérature israélienne offre évidemment une fenêtre de compréhension inouïe sur la singularité et la complexité de ce pays, mais comme toute littérature, elle est par définition universelle. Son succès auprès du public français s’explique, je crois, par cette alliance entre le singulier et l’universel, et la possibilité pour le lecteur d’explorer à la fois l’infinie complexité de la société israélienne et celle non moins infinie des relations humaines.

La présence de comédiens est annoncée. De quelle manière interviendront-ils ?

Depuis sa création, le festival s’attache à faire entendre les textes et la langue de nos invités. Cette année, nous aurons ainsi la chance d’entendre Laurent Natrella, de la Comédie Française, lire des extraits de l’œuvre immense d’Aharon Appelfeld.

Aharon Appelfeld © Ulf Andersen / Getty

La comédienne Marianne Denicourt donnera voix au dernier roman de Ronit Matalon, et Noam Morgensztern fera une lecture théâtrale du Roman égyptien d’Orly Castel-Bloom.

Le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme proposera quant à lui un spectacle pour enfants, « Maintenant que monsieur Souris est parti », adapté du célèbre conte pour enfants Un appartement à louer, de la poétesse israélienne Leah Goldberg, mis en scène et interprété par la comédienne Sonia Jacob.

Le programme consacrera également des sessions à la traduction. Quel est, selon vous, l’obstacle le plus difficile auquel les traducteurs sont confrontés ?

C’est là une question qu’il faudrait poser aux traducteurs et traductrices, que le festival tient à mettre en avant depuis sa création.

Delphine Horvilleur (Crédit : Jean-François Paga)

Le sujet sera notamment évoqué au cours de la rencontre entre Delphine Horvilleur et Yishaï Sarid, qui a puisé dans l’hébreu biblique la langue de son dernier roman ‘Le troisième temple’ (Actes Sud).

Ce sera pour sa traductrice Rosie Pinhas-Delpuech, modératrice de ce débat inédit, l’occasion d’évoquer le travail bien particulier qu’a demandé la traduction de cette œuvre.

La traduction de l’hébreu vers le français et du français vers l’hébreu fera également l’objet d’un colloque universitaire durant trois jours, entre les université de Lille, Paris 3 et Aix-Marseille, coordonné par Michèle Tauber et Françoise Saquer-Sabin.

Et les hommages ?

Nous ne pouvions envisager ce festival sans rendre hommage à Aharon Appelfeld, qui laisse derrière lui une œuvre immense, tissée de mémoire et de questionnements. Son souvenir sera évoqué à la Maison de la Poésie, en compagnie de sa traductrice Valérie Zenatti, de son éditeur Olivier Cohen, et de la philosophe Catherine Chalier.

Il nous a également paru essentiel de rendre hommage à Ronit Matalon, romancière magnifique disparue tragiquement en décembre dernier. Des extraits de son dernier roman ‘Et la mariée ferma la porte’, qui paraît en France en octobre, seront notamment lus par la comédienne Marianne Denicourt à la Société des Gens de Lettres. Cette dernière accueillera également une soirée consacrée à la poétesse Rachel et à son héritage poétique, en présence notamment de poètes israéliens contemporains.

Ronit Matalon (Crédit : autorisation Joseph Hirsch)

Quels lieux accueilleront le Festival ?

A Paris, le festival retrouvera la Maison de la Poésie, la Société des Gens de Lettres et le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, partenaires et soutiens de la première heure, et proposera des rencontres dans un grand nombre de bibliothèques parisiennes, en partenariat avec Bibliocité.

D’autres rendez-vous auront lieu à la Bibliothèque nationale de France, à l’Espace Culturel et Universitaire Juif d’Europe ou sur la péniche Le Café Barge.

La grande nouveauté de cette année sera l’ouverture du festival hors des frontières de Paris, avec plusieurs rencontres programmées à Strasbourg et Montpellier, et les trois jours de colloque entre la Sorbonne Nouvelle et les universités de Lille et Aix-Marseille.

Difficile d’évoquer une manifestation israélienne sans suspecter l’existence de pressions. Qu’en est-il ?

Vous l’avez dit, tout événement lié à Israël déclenche immanquablement les passions, et la Saison France-Israël ne déroge pas à la règle.

Le festival avait été, les années précédentes, épargné par les pressions… Est-ce à dire que nous avions raté notre travail de communication ? Nous espérons que la littérature demeurera le territoire du dialogue, de la tentative de comprendre l’autre et le monde.

Et nous sommes heureux que le festival donne à entendre les voix essentielles d’Amos Oz, David Grossman et Zeruya Shalev, et favorise les échanges entre auteurs israéliens et français, mais aussi libanais et irakiens, comme ce fut le cas lors de ses précédentes éditions.

Amos Oz, chez lui à Tel Aviv, évoquant ‘Judas,’ son dernier roman publié en anglais en september 2016 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

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