La lueur d’espoir de la quasi-condamnation du Hamas par l’ONU
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Analyse

La lueur d’espoir de la quasi-condamnation du Hamas par l’ONU

Malgré une nouvelle et amère défaite pour Israël, des failles apparentes dans la majorité automatique de l'Assemblée générale contre Israël procurent un certain réconfort

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

L'ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies Nikki Haley s'entretient avec l'ambassadeur d'Israël auprès de l'ONU Danny Danon avant un vote à l'Assemblée générale le 13 juin 2018 à New York. (AFP PHOTO / Don EMMERT)
L'ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies Nikki Haley s'entretient avec l'ambassadeur d'Israël auprès de l'ONU Danny Danon avant un vote à l'Assemblée générale le 13 juin 2018 à New York. (AFP PHOTO / Don EMMERT)

Les votes des Nations unies sur Israël et les Palestiniens sont habituellement prévisibles. Comme le regretté ministre des Affaires étrangères et ancien envoyé de l’ONU, Abba Eban, s’en est bien amusé : « Si l’Algérie présentait une résolution déclarant que la terre était plate et que c’était Israël qui l’avait aplatie, elle passerait par un vote de 164 contre 13 avec 26 abstentions ».

Mercredi, l’Algérie a présenté une résolution condamnant Israël pour « force excessive, disproportionnée et aveugle » lors des récentes manifestations à la frontière de Gaza et appelant à la « protection » des Palestiniens.

Elle a été adoptée par 120 voix contre 8, avec 45 abstentions.

Bien que ce résultat particulier n’ait surpris personne, ce qui s’est produit dans le prélude immédiat au vote était très inhabituel et semblait marquer une fissure dans la majorité automatique de l’organe international contre tout ce qui concerne Israël.

Outré par le fait que la résolution ne mentionne même pas une seule fois le Hamas – la source d’une grande partie des violences émanant de l’enclave côtière – l’ambassadrice des États-Unis auprès de l’ONU, Nikki Haley, a proposé un amendement qui aurait condamné l’organisation terroriste.

L’Algérie, qui a proposé la résolution avec la Turquie, a appelé à une « motion de non-action », ce qui aurait empêché un vote sur l’amendement. Selon les règles de l’Assemblée générale, la motion a été soumise au vote de tous les Etats membres.

Étonnamment, 78 pays – y compris tous les États membres de l’Union européenne, et oui, même la Suède – se sont opposés à la décision de l’Algérie. Seuls 59 pays – les habituels du bloc arabe et du Mouvement des pays non alignés – l’ont soutenue.

Abba Eban aurait été pour le moins stupéfait.

Mais la défaite des efforts de l’Algérie pour protéger le Hamas n’a même pas été la chose la plus spectaculaire qui s’est produite mercredi après-midi à Turtle Bay.

L’amendement de Haley, qui condamnait le Hamas pour avoir tiré des roquettes sur Israël et pour « incitation à la violence » à la frontière de Gaza, et exigeait que le groupe « cesse toute activité violente et provocatrice », a recueilli la majorité des voix.

C’était une faible majorité – 62 contre 58, avec 42 abstentions – mais c’était tout de même remarquable. Cela a montré que les ennemis d’Israël ne remportent pas automatiquement tous les votes au sein de l’organisme international et que plus de pays voulaient nuancer la résolution anti-israélienne qu’ils étaient sur le point de soutenir par une condamnation du Hamas.

L’Ambassadeur Danny Danon s’adressant à l’Assemblée générale (Photo ONU/Evan Schneider)

« Grâce aux efforts combinés de nos amis américains et de nos alliés du monde entier, nous avons prouvé aujourd’hui que la majorité automatique contre Israël à l’ONU n’est pas une fatalité et peut être changée », a déclaré Danny Danon, ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU.

Haley a également observé que « la pratique courante qui consiste à fermer les yeux sur les préjugés anti-israéliens de l’ONU est en train de changer ».

« Nous avions plus de pays du bon côté que du mauvais côté, a-t-elle déclaré. « Par leurs votes, ces pays ont reconnu que la paix ne sera atteinte que lorsque les réalités seront reconnues, y compris les intérêts légitimes d’Israël en matière de sécurité et la nécessité de mettre fin au terrorisme du Hamas.

Mais l’Algérie, essayant d’éviter une défaite embarrassante, a cité l’article 84 de l’Assemblée générale, qui stipule que « les amendements aux propositions relatives à des questions importantes… sont adoptés à la majorité des deux tiers des membres présents et votants ».

Le président de l’Assemblée générale Miroslav Lajčák, de Slovaquie, était d’accord avec Alger, mais Haley n’a pas abandonné. L’article 71 du Règlement de l’Assemblée générale accorde à tout ambassadeur le droit de faire appel de la décision du président, a-t-elle indiqué.

Lajčák a ajourné la session pendant quelques minutes, puis a soumis l’appel au vote. Une majorité simple aurait infirmé le président. Soixante-six pays ont voté pour – quatre de plus que ceux qui avaient soutenu son amendement – mais 72 ont voté contre son appel.

La résolution originale, sans aucune mention du Hamas, a ensuite été approuvée à une écrasante majorité par 120 pays, seuls les États-Unis, Israël, l’Australie, les Îles Marshall, la Micronésie, Nauru, le Togo et les Îles Salomon votant contre.

Le vote de mercredi risque donc de faire l’objet de critiques mitigées à Jérusalem. D’une part, l’adoption de la résolution par 120-8 a été une autre défaite cuisante pour Israël, et un énorme succès pour la guerre diplomatique de Ramallah contre l’État juif.

Pendant ce temps, le Hamas continue de s’en tirer à bon compte, malgré le fait qu’une grande partie de la communauté internationale le considère officiellement comme une organisation terroriste.

D’autre part, Israël et les Etats-Unis peuvent trouver un certain réconfort dans le fait que plus de pays ont voté en faveur de la condamnation du Hamas pour avoir attaqué les Israéliens que contre lui.

Dans l’univers de l’ONU, où le monde est plat parce qu’Israël l’a aplati, ce n’était pas une mince affaire.

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