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Analyse

La passe d’armes entre le président et le Hezbollah, symbole d’un Liban divisé

Après la guerre ayant opposé Israël et le Hezbollah jusqu'en novembre 2024, Beyrouth s'était engagé à désarmer le groupe terroriste chiite mais le Hezbollah a prouvé dans le nouveau conflit qu'il conservait sa force

Des partisans du Hezbollah brandissent le drapeau du groupe terroriste chiite libanais soutenu par l'Iran alors qu'ils passent à moto devant les dégâts causés par les combats, à leur retour dans leur quartier de la banlieue sud de Beyrouth, après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu de dix jours avec Israël, le 17 avril 2026. (Crédit : Fadel Itani/AFP)
Des partisans du Hezbollah brandissent le drapeau du groupe terroriste chiite libanais soutenu par l'Iran alors qu'ils passent à moto devant les dégâts causés par les combats, à leur retour dans leur quartier de la banlieue sud de Beyrouth, après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu de dix jours avec Israël, le 17 avril 2026. (Crédit : Fadel Itani/AFP)

Ils s’accusent mutuellement de trahison : entre le président libanais Joseph Aoun, décidé à mener des négociations directes avec Israël, et le Hezbollah pro-iranien qui s’y oppose, le fossé se creuse, et les divisions dans le pays s’accentuent.

La question de pourparlers avec le voisin israélien, avec lequel le Liban est officiellement en guerre depuis 1948, est restée longtemps taboue, jusqu’aux deux derniers conflits.

Pour rappel, il y a eu un accord d’armistice signé le 23 mars 1949 à Naqoura à la suite de la première guerre israélo-arabe qui a fixé la ligne de démarcation entre les deux pays sur la base de la frontière internationale de 1923.

En mai 1983, Israéliens et Libanais avaient conclu un accord après l’opération israélienne Paix en Galilée, de 1982 qui visait à démanteler les bases de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) au Sud-Liban. Mais celui-ci a été annulé par le Liban en mars 1984 sous la pression de la Syrie et de l’opposition libanaise.

Dans le cadre de la Conférence de Madrid de 1991, des délégations libanaise et israélienne ont tenu des sessions de négociations directes à Washington.

En octobre 2022, les deux pays ont conclu un accord délimitant leur frontière maritime en Méditerranée. Ces négociations étaient toutefois indirectes, menées sous l’égide des États-Unis et de l’ONU à Naqoura.

Le Liban et Israël ont tenu deux sessions de pourparlers au niveau des ambassadeurs à Washington, pour tenter de mettre fin à la guerre dans laquelle le Hezbollah a entraîné le Liban le 2 mars, en menant des tirs contre Israël qui a riposté.

Que veut Joseph Aoun ?

Le président « tient à l’option des négociations », a souligné mardi une source officielle interrogée par l’AFP. C’est « le choix de l’Etat libanais et il n’y aura pas de retour en arrière ».

Le 17 avril, jour de l’entrée en vigueur de la trêve, Joseph Aoun avait déclaré que tous les Libanais étaient « dans le même bateau » et que nul ne devait commettre le « crime » de le faire couler.

Selon lui, seules des négociations directes pourront stopper durablement la guerre et conduire au retrait d’Israël du sud du Liban, à « la délimitation des frontières et la fin de l’état d’hostilité ».

« Ce que nous faisons n’est pas une trahison, la trahison est plutôt commise par ceux qui entraînent le pays dans une guerre au profit d’intérêts étrangers », a lancé le dirigeant libanais à l’intention du Hezbollah qui accuse le pouvoir de mener le pays vers « la capitulation ».

Il tient là « un langage sans précédent », estime Heiko Wimmen, chercheur au centre de réflexion International Crisis Group. Mais si lui et le gouvernement peuvent négocier avec Israël, ils « ne sont pas en mesure de tenir leurs engagements », prévient-il.

Après la guerre précédente ayant opposé Israël et le Hezbollah jusqu’en novembre 2024, Beyrouth s’était ainsi engagé à désarmer le groupe terroriste chiite.

Mais le Hezbollah a prouvé dans ce nouveau conflit qu’il conservait sa force. Et la décision des autorités, annoncée le 2 mars, d’interdire ses activités militaires est restée largement sans effet.

Alors que l’armée manque de moyens, les termes de la trêve stipulent qu' »avec le soutien de la communauté internationale », le Liban s’engage à prendre des « mesures concrètes » pour empêcher toute attaque du Hezbollah contre Israël.

Des experts et responsables politiques redoutent cependant qu’un affrontement avec le groupe ne mène à une scission au sein de l’armée, comme en 1976 lors de la guerre civile.

Le secrétaire du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, Naïm Qassem, prononçant un discours télévisé sur la chaîne libanaise, diffusé le 4 mars 2026. (Crédit : Capture d’écran/X)

Que veut le Hezbollah ?

Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, dénonçant des « concessions gratuites et humiliantes », a estimé que le choix de négociations directes risquait d’entraîner le Liban « dans un cycle d’instabilité ».

Un ancien député du parti, Nawaf Moussawi, a récemment rappelé, en s’adressant à Joseph Aoun, le souvenir du président égyptien Anouar el-Sadate, assassiné en 1981 pour « trahison » après avoir signé un traité de paix avec Israël…

Le groupe terroriste est sorti affaibli sur le plan interne de la précédente guerre avec Israël, avec la perte de son chef Hassan Nasrallah.

« Le Hezbollah est plus que jamais isolé sur la scène politique » libanaise, dit à l’AFP Joseph Daher, expert du groupe terroriste, ajoutant que le soutien pluri-confessionnel dont il bénéficiait est désormais réduit à la seule communauté chiite.

Mais il a réorganisé depuis 2024 ses forces pour mener ce qu’il qualifie de « bataille existentielle ». Selon l’expert, il a les moyens d’ « exercer des pressions dans les médias et organiser des manifestations » pour empêcher un accord de paix.

Des soldats de la 146ᵉ division en mission dans le sud du Liban, sur une photo diffusée le 23 avril 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Quel avenir pour le Liban ?

Si le Hezbollah n’est « plus aussi influent, l’Etat reste lui plutôt faible », analyse Nicholas Blanford, analyste à l’Atlantic Council.

Les deux camps ont « deux visions diamétralement opposées » mais aucun « n’a la capacité d’imposer la sienne », dit-il, parlant d’ « impasse ».

A Beyrouth, le clivage est visible partout : d’un côté, s’affichent des portraits vantant un président Aoun « protecteur du Liban », de l’autre, des graffitis le qualifient de « traître ».

Selon l’analyste, le groupe terroriste pourrait mener une « action dans la rue » comme en mai 2008, lorsqu’il a utilisé ses armes à Beyrouth et d’autres régions, contre ses opposants, après une décision du gouvernement – finalement annulée – de démanteler son réseau logistique.

Nicholas Blanford estime que le gouvernement sera « plus déterminé » cette fois et ne se retirera pas des discussions.

Israël a mené des frappes à plusieurs reprises depuis le début de la trêve au Liban, dont les termes lui réservent « le droit de prendre, à tout moment, toutes les mesures nécessaires en légitime défense » contre le Hezbollah. Tout en se disant prêt et en appelant à conclure une « paix historique » et rappelant que Jérusalem n’avait aucun problème avec Beyrouth, hormis le Hezbollah.

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