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La police tente d’évincer une famille de Sheikh Jarrah

Mohammad Salihiya, se tenant sur le toit avec un bidon d'essence, a menacé de s'immoler, disant préférer faire partir en flammes la maison avec lui plutôt que de se faire expulser

Les forces spéciales israéliennes pendant l'expulsion d'une maison dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, le 17 janvier 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les forces spéciales israéliennes pendant l'expulsion d'une maison dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, le 17 janvier 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ce sont des dizaines d’agents de police qui ont cherché à expulser une famille palestinienne d’une habitation de Sheikh Jarrah dans la journée de lundi, afin de saisir les terrains pour une utilisation publique – dans ce qui devrait être la toute première expulsion de ce quartier sensible de Jérusalem-Est depuis 2017.

Les tensions ont été fortes sur le site lundi matin. Dès que la police est arrivée, la famille Salihiya s’est barricadée à l’intérieur de sa maison. La police a détruit une serre appartenant à la famille tout en négociant avec les résidents du logement.

Mohammad Salihiya, le père de famille, qui se tenait sur le toit avec un bidon d’essence, a menacé de s’immoler, disant préférer faire partir en flammes la maison avec lui plutôt que de se laisser expulser.

« Nous ne partirons pas. Nous vivrons ou nous mourrons. Je m’immolerai à l’essence », dit ainsi Salihiya sur une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux.

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Sheikh Jarrah – une partie du quartier était connue historiquement sous le nom en hébreu de Shimon Hatzadik ou de Nahalat Shimon – est devenu l’un des quartiers de Jérusalem où les tensions sont les plus fortes. Les Palestiniens vivent aux côtés d’un petit groupe de nationalistes juifs de droite qui se sont installés après des cas d’expulsion complexes.

Selon l’organisation à but non-lucratif de gauche Ir Amim, environ 300 Palestiniens sont actuellement menacés d’expulsion à Sheikh Jarrah, la majorité d’entre eux dans le cadre d’affaires judiciaires privées intentées par les groupes de droite.

Dans le cas de la famille Salihiya, cette expropriation a lieu sous l’autorité de la mairie de Jérusalem, pour cause d’utilité publique et elle n’a pas été réclamée par des habitants juifs individuels. La ville explique vouloir faire construire une école pour les personnes en situation de handicap et plusieurs crèches à la place.

En 2017, une ordonnance d’expulsion avait été délivrée par un tribunal de Jérusalem. Des audiences de suivi ont eu lieu depuis et encore début janvier.

« Depuis le jugement, la famille a bénéficié d’innombrables possibilités de consentir à partir de ces terrains mais elle a refusé de le faire, même après des prolongations répétées, des réunions et des tentatives de dialogue », a expliqué la municipalité de Jérusalem dans un communiqué.

Les organisations de gauche indiquent que l’allocation antérieure d’un terrain municipal dans le quartier, qui devait servir initialement à la construction d’une école, avait finalement servi à une école religieuse ultra-orthodoxe, même si le quartier est majoritairement palestinien.

« La municipalité semble trouver raisonnable de déposséder une famille palestinienne pour les besoins d’une école plutôt que d’utiliser des terres disponibles qui avaient été allouées à une telle fin », a commenté Ir Amim.

Des diplomates européens – dont un grand nombre de pays ont une mission dans le quartier – sont arrivés à Sheikh Jarrah, en milieu de matinée, pour soutenir la famille Salihiya.

Des Palestiniens résistant à une expulsion de la municipalité de Jérusalem sur le toit de leur maison, à Sheikh Jarrah, le 17 janvier 2022. (Autorisation)

« Il est impératif de créer une désescalade de la situation et de chercher une résolution pacifique. Les expulsions/démolitions sont illégales aux yeux du droit international et elles sapent de manière significative les perspectives de paix tout en attisant les tensions sur le terrain », a déclaré dans un communiqué la mission de l’Union européenne (UE) auprès des Palestiniens.

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