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Analyse

La reine Elizabeth, Israël et les Juifs britanniques

La communauté lui a été loyale. Elle a accueilli des dirigeants juifs et israéliens, mais elle ne s'est jamais rendue en Israël, au grand désarroi d’une partie de la communauté

Britain's Queen Elizabeth II, right, is shown the Codex Valmadonna I book by Jewish guests, from left, President of Board of Deputies of British Jews Vivian Wineman, Chairman of Ostro Minerals Schweiz AG Maurice Ostro and Chief Rabbi of the United Hebrew Congregations of the Commonwealth Jonathan Sacks as they attend a multi-faith reception to mark the Diamond Jubilee of the Queen's Accession at Lambeth Palace in London, Wednesday, Feb. 15, 2012.  (AP Photo/Matt Dunham, Pool)
Britain's Queen Elizabeth II, right, is shown the Codex Valmadonna I book by Jewish guests, from left, President of Board of Deputies of British Jews Vivian Wineman, Chairman of Ostro Minerals Schweiz AG Maurice Ostro and Chief Rabbi of the United Hebrew Congregations of the Commonwealth Jonathan Sacks as they attend a multi-faith reception to mark the Diamond Jubilee of the Queen's Accession at Lambeth Palace in London, Wednesday, Feb. 15, 2012. (AP Photo/Matt Dunham, Pool)

La reine Elizabeth II, qui a régné durant 70 ans jusqu’à sa mort, hier jeudi, a entretenu une relation longue et chaleureuse avec la communauté juive britannique depuis le début de son règne, en 1952, jusqu’à ces toutes dernières années.

En mai 1952, quelques mois seulement après la mort de son père, le roi George VI, la reine rencontre le grand rabbin britannique et les dirigeants de la communauté juive britannique. Un mois plus tard, de hauts dignitaires juifs – ainsi que l’ambassadeur d’Israël – assistent à son couronnement dans l’abbaye de Westminster.

À l’occasion de son jubilé de platine en juin dernier, Marie van der Zyl, présidente du Board of Deputies of British Jews, écrivait que la reine Elizabeth avait « été un roc pour la nation » et s’était montrée « très impliquée vis-à-vis de la communauté juive ».

À la même occasion, le grand rabbin britannique Ephraim Mirvis saluait les « 70 glorieuses années de règne » de la reine, louant « son humilité, son sens du devoir, le service rendu à la nation [et] son altruisme ».

Durant toutes ces années à la tête de l’État britannique, la reine Elizabeth a entretenu des relations amicales avec des personnalités de la communauté juive et des relations cordiales avec les dirigeants israéliens. Mais bien qu’elle ait effectué des visites officielles dans des dizaines de pays tout au long de son règne, elle ne s’est jamais rendue en Israël.

En fait, aucun membre de la famille royale ne s’est jamais rendu en Israël à titre officiel avant 2018, date à laquelle le prince William a effectué une visite officielle sans précédent, levant une sorte de boycott officieux.

Le prince Philip s’était rendu en Israël, en 1994, à titre privé, pour honorer sa mère, la princesse Alice de Grèce, inhumée au mont des Oliviers à Jérusalem. Le prince Charles s’était, pour sa part, rendu en Israël en 1995 et en 2016 pour assister aux funérailles d’Yitzhak Rabin et de Shimon Peres. Ces séjours n’étaient cependant pas des visites royales officielles. Il a aussi assisté au 75 ans de la libération d’Auschwitz, commémorée à Jérusalem lors d’un forum sur la Shoah où il avait prononcé un discours à Yad Vashem.

La reine Elizabeth II d’Angleterre assiste à la cérémonie du dimanche du Souvenir, au cénotaphe de Londres, le 11 novembre 2018. (Crédit : Alastair Grant/AP)

Le long refus de la famille royale d’entreprendre une quelconque visite officielle en Israël a irrité de nombreux politiciens israéliens et membres de la communauté juive britannique, la famille royale n’ayant pas eu ce genre de préventions avant de se rendre dans des monarchies autoritaires telles que l’Arabie saoudite ou le Qatar.

Jonathan Arkush, ex-président du Conseil des Représentants des Juifs britanniques, déclarait au Times of Israel en 2016 que la communauté juive britannique avait fait campagne pour que s’organise une visite royale officielle en Israël car il n’était « pas temps. Il était plus que temps. »

Un responsable du gouvernement britannique déclarait au Telegraph, en 2015, sous couvert d’anonymat, que « tant qu’il n’y aurait pas de règlement de la question entre Israël et l’Autorité palestinienne, la famille royale ne pourrait pas vraiment s’y rendre ».

Bien que de nombreux dirigeants britanniques – et même des Premiers ministres – se soient rendus en Israël à maintes reprises, le responsable assurait qu’ « il était préférable d’éviter toute complication en ne s’y rendant pas ».

Malgré ce camouflet, la reine entretenait de bonnes relations et pouvait compter sur la loyauté des Juifs britanniques. Elle s’est entretenue avec nombre de dignitaires israéliens qu’elle a reçus au cours de son long règne.

De gauche à droite : le duc d’Édimbourg, Reuma Weizman, la reine mère, le président Ezer Weizman et la reine Elizabeth II lors d’un banquet d’État donné en l’honneur de Weizman au palais de Buckingham, à Londres, le 25 février 1997. (Crédit : AP Photo/John Stillwell/pool)

Lorsqu’elle a eu 90 ans, en 2016, l’ex-grand rabbin du Royaume-Uni, feu Lord Jonathan Sacks, lui a rendu hommage, évoquant une « personne dont la grandeur allait bien au-delà des divisions ethniques ou religieuses… Sa contribution à la société britannique est incommensurable et le respect qu’elle a montré pour toutes les religions a enrichi l’existence de chacun d’entre nous. »

En effet, les Juifs britanniques ont largement exprimé leur fidélité et leur gratitude à la reine, gardant leur mécontentement ou leurs critiques pour de plus petits cercles, dans un cadre privé. Ainsi, en 1972, les Juifs britanniques se sont engagés à ce que soient plantés un million d’arbres en Israël en l’honneur des 25 ans de mariage de la reine avec le prince Philip.

Alors même que la famille royale se refusait à toute visite officielle en Israël, la reine accueillait de nombreux dirigeants israéliens, a commencer par le président de l’époque, Ephraim Katzir, en 1976.

En 2008, à l’invitation du gouvernement britannique, le président Peres a été fait chevalier par la reine Elizabeth.

Le président de l’époque, Shimon Pères, à droite, reçoit l’ordre honorifique de St Michael et St George de la reine Elizabeth II, au palais de Buckingham, à Londres, le 20 novembre 2008. (Crédit : Photographes officiels de Buckingham Palace/Flash 90)

Le deuxième diplomate israélien au Royaume-Uni, Eliahu Eilat, a eu la faveur d’un dîner assis et d’une visite de nuit, avec la reine, au château de Windsor, en 1959.

En 2000, la reine a inauguré le tout premier mémorial permanent de la Shoah en Grande-Bretagne. Un an plus tard, le prince Charles assistait, en son nom, à la toute première Journée officielle de commémoration de la Shoah au Royaume-Uni.

Elle a été la marraine du UK Holocaust Memorial Day Trust, depuis sa création en 2005 jusqu’en 2015, date à laquelle elle a passé le flambeau au prince Charles.

Lorsqu’un qu’un tabloïd britannique a publié des images vidéo de celle qui n’était alors que la jeune Elizabeth, âgée de 7 ans, faisant le salut hitlérien en 1933 ou 1934, la communauté juive britannique a, dans l’ensemble, soutenu la reine.

« Je ne pense pas que critiquer le comportement d’une enfant de 7 ans serait approprié, aussi je préfère m’abstenir », déclarait Arkush lorsque les images furent rendues publiques en 2015. « Je ne pense pas un seul instant qu’il serait approprié pour moi de suggérer que toute l’horreur de l’Allemagne nazie était connue à ce moment-là. »

La reine Elizabeth II d’Angleterre et le duc d’Édimbourg, le prince Philip, déposent une couronne lors d’une visite de ce qui fut le camp de concentration de Bergen-Belsen, le 26 juin 2015. (AFP/Julian Stratenschulte)

En 1996, lors d’une visite en Pologne, la reine Elizabeth a été critiquée pour ne pas s’être rendue au camp de concentration d’Auschwitz. A la toute dernière minute, elle s’est rendue au mémorial juif d’Umschlagplatz, à Varsovie, où les Juifs ont été rassemblés avant d’être conduits au camp d’extermination de Treblinka. Elle y a déposé une couronne.

Ce n’est que vingt ans plus tard qu’elle s’est effectivement rendue dans un camp de concentration.

Lors de son tout dernier voyage officiel à l’étranger, en 2015, la reine Elizabeth s’est rendue en Allemagne, faisant étape à Berlin, Francfort et Celle. Il s’agissait là de sa cinquième visite d’Etat en Allemagne, et ce fut l’occasion d’une première visite dans un camp de concentration. Elle déposa une couronne à Bergen-Belsen et rencontra des survivants de la Shoah.

Après avoir écouté leur histoire, elle répondit : « Cela a dû être horrible. »

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