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La répression en Iran orchestrée par les Gardiens de la Révolution islamique

Le CGRI est aussi le relais de Téhéran auprès de ses proxies dans la région, comme le Hezbollah ou les groupes armés du Hachd al-Chaabi en Irak

Des membres du Corps des Gardiens de la Révolution islamique lors d'un défilé militaire annuel au mausolée de l'ayatollah Khomeini, à l'extérieur de Téhéran, en Iran, le 22 septembre 2014. (Crédit : Ebrahim Noroozi/AP Photo)
Des membres du Corps des Gardiens de la Révolution islamique lors d'un défilé militaire annuel au mausolée de l'ayatollah Khomeini, à l'extérieur de Téhéran, en Iran, le 22 septembre 2014. (Crédit : Ebrahim Noroozi/AP Photo)

Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), bras armé du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, constitue une force armée redoutable extrêmement organisée, accusée par les Occidentaux d’orchestrer et même de participer à la répression du vaste mouvement contestataire en Iran.

Qui sont-ils ?

Les « Pasdaran » (« gardiens » en farsi) ont été créés en 1979 par le guide suprême peu après la révolution islamique « afin de propager les idéaux de la révolution islamique », rappelle Clément Therme, chercheur associé à l’Institut international d’études iraniennes.

« C’est une armée de 150 000 à 180 000 personnes au service d’une idéologie. »

Une source diplomatique occidentale ayant requis l’anonymat avance un nombre approchant les 200 000 hommes.

Au-delà de l’idéologie, « c’est une force armée qui fonctionne comme une armée d’élite avec des moyens terrestres, maritimes, aérospatiaux mais elle est mieux entraînée, mieux équipée, et mieux payée que l’armée » régulière, souligne cette source.

Le CGRI est également le relais de Téhéran auprès de ses mandataires dans la région, comme le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah ou les groupes armés du Hachd al-Chaabi en Irak.

Des membres des forces paramilitaires iraniennes (Basij) défilant avec des armes et des drapeaux lors d’un rassemblement anti-israélien à Téhéran, en Iran, le 10 janvier 2025. (Crédit : AFP)

Constitutionnellement, tous ses dirigeants sont nommés par le Guide suprême.

En juin dernier, Ali Khamenei avait nommé comme nouveau chef Mohammad Pakpour pour succéder à Hossein Salami, tué lors de frappes aériennes israéliennes. C’est un ancien vétéran de la guerre Iran-Irak.

Quels sont leurs moyens ?

« C’est un empire dans un empire », souligne David Khalfa, notant que les « Pasdaran » détiennent ou contrôlent des sociétés dans tous les secteurs stratégiques de l’économie iranienne.

« Ils ont une position quasi monopolistique » dans les infrastructures (ports, transports, barrages, etc.), l’énergie (gaz et pétrole), les technologies, les télécommunications, le secteur financier et bancaire.

Leur budget militaire est estimé entre 6 et 9 milliards de dollars par an, soit environ 40 % du budget militaire officiel iranien, d’après les données recueillies par le chercheur.

« Ils contrôlent de facto l’économie iranienne. »

Comment fonctionnent-ils ?

Les Gardiens ont mis en place un vaste réseau de renseignement qui est « le plus étoffé, le plus performant du régime iranien », explique David Khalfa, chercheur à la Fondation Jean-Jaurès.

Le chef du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien Hossein Salami, à Téhéran, le 15 mai 2025. (Crédit : AFP)

Ils sont capables de démanteler soigneusement et dans des délais record des réseaux de contestation, en identifiant en quelques minutes les chefs d’une contestation.

Ils s’appuient sur une milice paramilitaire (les Bassidj), recrutée essentiellement dans la jeunesse, qui agit comme une organisation idéologique insérée dans toutes les institutions et toutes les strates de la société.

Selon Khalfa, ils seraient entre 600 000 et 900 000 personnes, sur la base de données croisées de divers centres de réflexion américains.

Quel rôle jouent-ils dans la répression actuelle ?

« Ils jouent un rôle central dans la répression, car ils sont aujourd’hui plus que jamais le pilier du régime iranien, le pilier de sa pérennité et de sa survie », analyse Khalfa.

« Ils ont fixé une ligne politique et opérationnelle par rapport aux manifestations : tolérance zéro », ajoute-t-il.

D’où un nombre considérable de personnes tuées, au moins 700 en deux semaines, selon les ONG.

Les experts estiment qu’au début des manifestations, les Gardiens étaient probablement en retrait, s’appuyant sur les forces de sécurité locales et les Bassidj.

Le président iranien Masoud Pezeshkian s’exprimant lors d’une cérémonie commémorant l’anniversaire de la mort de l’ancien commandant de la Force Al-Qods du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, le général Qassem Soleimani, à Téhéran, le 1ᵉʳ janvier 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

Mais « depuis le départ, ils pilotent l’appareil répressif », « ils coordonnent le travail de répression systématique », souligne Khalfa.

La contestation ne faiblissant pas, ils ont envoyé leurs forces terrestres et leurs unités spéciales, explique le chercheur. Et dans « une stratégie de déni » de leur responsabilité, « ils agissent en civil », ajoute Clément Therme, pour ne pas se voir « attribuer directement une responsabilité en matière de violation des droits humains ».

Une organisation terroriste ?

Dès 2019, les États-Unis ont inscrit les Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations considérées comme terroristes par le Département d’État.

Des manifestants anti-régime iranien brûlant une image de l’ayatollah Ali Khamenei, lors d’un rassemblement devant l’ambassade d’Iran, dans le centre de Londres, le 12 janvier 2026. (Crédit : Henry Nicholls/AFP)

Ces derniers jours, des responsables européens, dont des eurodéputés, ont appelé l’Union européenne à renforcer la pression contre les autorités iraniennes, réclamant notamment d’inscrire le CGRI sur la liste des organisations terroristes.

L’Allemagne y serait notamment favorable, car la Force Al-Qods, l’unité d’élite du CGRI qui agit à l’étranger, est soupçonnée d’être derrière une attaque contre une synagogue en 2021 sur le sol allemand, selon une source diplomatique.

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