La semaine de l’Illustration dans le vieux Jaffa met l’imagination à l’honneur
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La semaine de l’Illustration dans le vieux Jaffa met l’imagination à l’honneur

L'ode annuelle aux illustrateurs et aux artistes d'autres médias se déroule actuellement dans la ville blanche jusqu'au 24 novembre

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

  • Les taies d'oreilles bizarres et légèrement inquiétantes d'Amit Trainin, qui rappellent son enfance dans un kibboutz, lors de la Semaine de l'Illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
    Les taies d'oreilles bizarres et légèrement inquiétantes d'Amit Trainin, qui rappellent son enfance dans un kibboutz, lors de la Semaine de l'Illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
  • Les figurines coupées au laser de Michal Bachar qui créent des ombres en noir et blanc lors de la Semaine de l'Illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
    Les figurines coupées au laser de Michal Bachar qui créent des ombres en noir et blanc lors de la Semaine de l'Illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
  • Les scènes brodées de l'enfance de Jerry Shai Sarig lors de la semaine de l'Illustration 2018 (Crédit : s Jessica Steinberg/Times of Israel)
    Les scènes brodées de l'enfance de Jerry Shai Sarig lors de la semaine de l'Illustration 2018 (Crédit : s Jessica Steinberg/Times of Israel)
  • Les têtes de vache et de mouton de Vered Kaminski, dans une matière ressemblant à la porcelaine, un hommage à George Orwell à la Semaine de l'illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
    Les têtes de vache et de mouton de Vered Kaminski, dans une matière ressemblant à la porcelaine, un hommage à George Orwell à la Semaine de l'illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
  • La bannière de Kobi Roth lors de la Semaine de l'Illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
    La bannière de Kobi Roth lors de la Semaine de l'Illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
  • Un aperçu de l'une des images familiales de l'illustrateur Itzik Rennert dans "Réunion de famille" à la semaine de l'illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)
    Un aperçu de l'une des images familiales de l'illustrateur Itzik Rennert dans "Réunion de famille" à la semaine de l'illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Le vieux Jaffa – ce quartier côtier endormi constitué de rues pavées sinueuses et de galeries colportant majoritairement des oeuvres d’arts démodées – n’est plus ce qu’il était.

Ce quartier historique a subi un lifting grâce à la Semaine de l’illustration de cette année, un événement, à Tel Aviv, qui dure dix jours – du 15 au 24 novembre – et qui fait honneur à l’art de l’illustration, telle qu’elle est présentée par des artistes de tous les médias. Des oeuvres à découvrir dans les galeries et les musées de toute la ville, avec une attention particulière accordée à Jaffa.

Environ 14 des 50 expositions créées par plus de 100 artistes sont à voir dans les galeries et dans les espaces du vieux Jaffa, ce qui apporte un souffle supplémentaire de vie à ce quartier désuet et inondé de soleil.

Une visite des expositions de la Semaine de l’illustration peut ainsi commencer au musée de Jaffa, qui a été réinventé sous le terme d’Atar – un projet de résidence d’artiste multi-disciplinaire accueilli par le musée qui comprend studios d’artistes et espaces d’exposition.

Tout commence à « Réunion de famille », au second étage, qui permet de découvrir le travail que plusieurs artistes ont consacré au passé de leurs familles, avec des oeuvres consacrées à leurs histoires personnelles.

Un aperçu de l’une des images familiales de l’illustrateur Itzik Rennert dans « Réunion de famille » à la semaine de l’illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

L’illustrateur Amit Trainin a choisi de peindre des taies d’oreiller pour décrire ses nuits d’enfance loin de ses parents dans la maison des enfants au kibboutz Beit Nir. Agencées sur le sol de manière à rappeler les lits disposés dans un dortoir, ces taies colorées semblent de prime abord illustrées d’images et de citations incitant à de douces nuits, explique Trainin.

Un examen plus attentif révèle toutefois les pensées et les phrases entendues en tant qu’enfant, comme « la tête contre le mur », l’ordre qui leur était donné, à lui et aux autres, pour cesser de bavarder ou les menaces s’ils tentaient de fuir.

« Cette vie n’existe plus mais les parents ne savaient réellement pas quoi faire », ajoute Trainin, dont la mère – présente lors d’une visite de l’exposition dans la matinée de dimanche – révèle que son jeune frère avait demandé pourquoi les chiens de la famille avaient l’autorisation de vivre avec eux, alors que cela était interdit aux enfants.

Amit Trainin réfléchit dans son enfance dans une maison des enfants de Kibboutz à l’occasion de la Semaine de l’illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Les arches, autour de la pièce, ont été illustrées par Trainin avec des images du kibboutz et des forêts enneigées – une partie de ses rêves d’enfant au sujet de la Seconde Guerre mondiale et des partisans qui se cachaient dans les forêts, ces images qui formaient la base de sa vie imaginaire.

L’artiste Itzik Rennert s’est emparé de plusieurs murs autonomes et, avec des photographies de sa famille, il a réalisé les caricatures à l’encre de ses portraits de parents proches, gribouillant leurs surnoms, s’amusant de leurs vêtements et écrivant ses propres pensées sur leurs antécédents et sur leurs histoires sur les murs blanchis.

« C’est une histoire de la Shoah mais je n’ai pas voulu être triste », explique Rennert. « Je suis né 20 ans seulement après la Shoah et cette idée me paralyse. Tous ces gens », dit-il, montrant du doigt les portraits de ses proches, « étaient nés au mauvais moment ».

Plus loin dans la galerie, le travail réalisé par Yana Bokler, née en Ukraine et qui savait peu de choses au sujet de la Shoah avant que sa famille n’émigre en Israël et ne rencontre d’autres parents au sein de l’Etat juif.

Cette découverte l’a amenée à en apprendre davantage sur son histoire familiale de la bouche de son grand-père, un conteur connu pour ses plaisanteries et son talent de narration, qui a fait entrer Bokler dans l’histoire de sa survie dans les forêts jusqu’à ses débuts sur une scène de Moscou – le tout dessiné au crayon et à l’encre sur un autre long mur de la galerie.

Les têtes de vache et de mouton de Vered Kaminski, dans une matière ressemblant à la porcelaine, un hommage à George Orwell à la Semaine de l’illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

A l’arrière de la galerie, les boîtes d’exposition de « SSSuperpharm », où un groupe d’orfèvres présente ses propres travaux d’illustration, avec une attention marquée portée à l’ironie et à l’expérience israélienne.

Einat Leader a trempé des noyaux d’olive dans une pâte de sucre et de feuille d’or, créant ainsi des petites colombes de manière astucieuse pour mettre en exergue sa vision ironique du rameau d’olivier, symbole de paix : « On ne peut pas menacer une colombe avec une olive ».

Kobi Roth a gravé, pour sa part, les visages de dirigeants du monde – notamment Mussolini, Herzl, César et d’autres – sur des feuilles d’argent assemblées en bannière, chacun dotés d’un élément ajouté qui démontre leur témérité ou leur Hubri de responsables.

La joaillière Vered Kaminski a pour sa part sculpté « Selfie », un cercle blanc formé de têtes de vaches et de moutons dans un hommage rendu à La Ferme des animaux, le livre de George Orwell, pointant la faillite politique apparente du gouvernement israélien.

Hors du musée, les rues du quartier mènent à la Galerie du vieux Jaffa, où Michal Bachar et Jerry Shai Sarig ont installé une imagerie en noir et blanc très impressionnante sur les murs en pierre et les plafonds.

Les scènes brodées de l’enfance de Jerry Shai Sarig lors de la semaine de l’Illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Les deux artistes jouent sur le noir et blanc mais avec des matériels et des représentations différentes. Bachar utilise des portraits pour réaliser des sculptures de taille réelle dans un métal noir, coupé au laser, fixé au mur, créant des couches d’ombre et des imageries.

Shai Sarig, créatrice de mode, brode ses petits personnages de dessin animé sur une mousseline blanche à l’aide de fil noir, créant les situations vécues dans sa vie sur le canevas. Elle travaille d’abord avec de l’encre puis imprime les images sur le tissu, avec l’aide d’un brodeur bédouin, laissant les fils tomber sur le devant, relâchés, et créant ainsi deux images : Une devant et une derrière.

« L’attention était un réel problème pour moi quand j’étais petite », commente Sarig, « et dessiner était un moyen de me concentrer et de focaliser mon attention ».

Enfin, la visite à Jaffa pourra s’achever à la maison de l’Architecte, une galerie pour les architectes qui expose des oeuvres sur les habitations du futur, offrant une conversation sur les maisons qu’occuperont les êtres humains dans trente ans.

Des blocs d’usage de pièces créés par des architectes à Jaffa à l’occasion de la Maison de l’Illustration 2018 (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Les huit différents artistes offrent une large variété d’options, depuis un rideau tournant imprimé des images d’un appartement typique à une sculpture en plexiglas combinant des articles ménagers émergeant du sac de Mary Poppins.

Il y a la capsule No Home, une campagne de collecte de fonds sur Kickstarter pour promouvoir une maison qui sera une capsule mobile, et les blocs représentant des pièces créées par un autre architecte qui s’adaptent les uns aux autres comme les pièces d’un puzzle, offrant à chacun ce dont il a besoin au sein d’une habitation.

Il y a encore un week-end entier de Semaine de l’illustration – et le reste de la semaine également. L’occasion de déambuler dans Tel Aviv, du nord au sud, d’entrer dans des galeries gratuites et de profiter des visites et autres événements avec notamment une école d’illustration pop-up pour les enfants, après la journée d’école.

Rendez-vous sur le site de la Semaine de l’Illustration pour davantage de détails et d’horaires.

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