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La stratégie de rappel répété en Israël, inefficace à long-terme ?

Des scientifiques américains disent que renforcer les anticorps ne garantit rien contre le variant Omicron et ils proposent d'attendre un vaccin taillé pour la mutation

Des employés du secteur médical et des membres de leur famille reçoivent une quatrième dose de vaccin contre la COVID-19  à l'hôpital Hadassah de Jérusalem, le 6 janvier 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Des employés du secteur médical et des membres de leur famille reçoivent une quatrième dose de vaccin contre la COVID-19 à l'hôpital Hadassah de Jérusalem, le 6 janvier 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Alors qu’Israël vient de lancer sa campagne d’administration d’une quatrième dose de vaccin contre la COVID-19 et que les autres nations prônent une injection de rappel dans un contexte de propagation du variant Omicron très contagieux, certains experts américains de la Santé s’interrogent sur le bien-fondé de ces rappels répétés et sur leur efficacité à long-terme dans la lutte contre la pandémie mondiale de coronavirus.

S’exprimant auprès du New York Times, les scientifiques ont expliqué que l’administration périodique de rappels à des populations entières ne semblait pas viable et n’avait pas nécessairement de sens au niveau scientifique.

« Cela ne semble pas être une stratégie à long-terme durable, c’est certain », a commenté Deepta Bhattacharya, immunologiste au sein de l’université de l’Arizona, auprès du journal.

Au-delà de l’efficacité médicale, les experts ont cité la lassitude des citoyens face à la vaccination, notant que si environ 73 % des adultes, aux États-Unis, avaient reçu deux doses de vaccin, seulement un tiers avait bénéficié d’une injection de rappel jusqu’à présent. En Israël, qui a été le tout premier pays à se lancer dans une campagne d’injection d’une troisième dose pendant l’été, presque six millions de personnes ont reçu au moins deux doses tandis qu’un nombre bien moins important de citoyens – 4,3 millions – ont pris rendez-vous pour en bénéficier d’une troisième.

Une employée du secteur de la santé prépare une quatrième dose de vaccin contre la COVID-19 dans un centre de vaccination de la Meuhedet à Jérusalem, le 4 janvier 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Administrer périodiquement des vaccins, ce n’est pas une nouveauté mais je pense qu’il y a des moyens préférables à une injection de rappel tous les six mois », aurait déclaré Akiko Iwasaki, immunologiste à l’université de Yale. Il aurait ajouté qu’il y avait d’autres approches à même de « nous extraire de cette situation d’injection de rappel à perpétuité ».

Parmi les potentielles alternatives évoquées dans le journal, un vaccin qui viserait spécifiquement le variant Omicron ; un vaccin « pan-coronavirus » qui ne ciblerait que les parties du virus qui n’évoluent pas ; la combinaison des injections actuelles avec un vaccin nasal ou oral qui aiderait à mieux bloquer l’infection en l’empêchant de pénétrer dans le corps et une période plus longue entre l’administration de deux doses.

Tout en soutenant le principe de l’administration d’une troisième dose pour les Américains, les experts ont expliqué qu’un niveau plus fort d’anticorps n’était pas à même de prévenir une infection par Omicron et que l’immunité apportée par les rappels pouvait n’être que temporaire.

« Même avec cette quantité d’anticorps, c’est très difficile d’arrêter le virus pendant très longtemps », a estimé Shane Crotty, virologue au sein de l’Institut d’immunologie La Jolla de Californie.

Une infirmière montre un flacon de vaccin Pfizer-BioNtech contre la COVID-19 à la caisse d’assurance-maladie Maccabi, à Jérusalem, le 20 août 2021. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Crotty a expliqué qu’un vaccin qui serait taillé sur mesure pour Omicron « ferait un meilleur travail » contre le virus – un vaccin que les fabricants ont commencé à développer. Ali Ellebedy, immunologue à l’université de Washington à St. Louis, a partagé le même point de vue que Crotty.

« Cela n’a aucun sens de continuer à administrer un rappel contre une souche qui a d’ores et déjà disparu », a-t-il commenté. « A administrer une dose supplémentaire après les trois premières, j’attendrais aujourd’hui un vaccin développé spécialement pour Omicron ».

Scott Hensley, immunologue au sein de l’université de Pennsylvanie, a indiqué que l’apparition d’Omicron avait changé son point de vue sur les piqûres de rappel mais qu’il n’y avait finalement que peu de raisons d’offrir, comme en Israël, une quatrième dose parce que les autres cellules immunitaires continuent à rester efficaces contre le virus après trois doses – et même après deux.

Un autre immunologiste a dit que les vaccins parvenaient à réduire les formes graves de la maladie et le nombre d’hospitalisations et qu’Omicron était la preuve que tenter d’empêcher la circulation de l’infection était tout bonnement impossible.

Le Premier ministre Naftali Bennett s’exprime lors d’une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 2 janvier 2022. (Crédit : Emil Salman/Pool/Flash90)

« Les gens qui sont vaccinés ont un vrai avantage s’agissant des hospitalisations », a commenté Michel Nussenzweig de l’université Rockfeller, à New York.

L’article a également souligné qu’il n’y a encore aucune donnée sur l’efficacité d’une quatrième dose.

Mercredi, le Premier ministre Naftali Bennett a expliqué qu’une quatrième dose de vaccin Pfizer renforçait significativement les anticorps dans la semaine suivant son administration, citant des données intermédiaires issues d’une étude israélienne sur le sujet.

Toutefois, dans la mesure où les essais entrepris à l’hôpital Sheba n’ont commencé qu’il y a une semaine, il n’y a aucune donnée sur le maintien du niveau d’anticorps avec le temps, au-delà de la première semaine, ou sur le degré de protection apporté par les anticorps face à une infection au variant Omicron – ou à une forme grave de cette souche, Omicron ayant montré ses capacités à franchir la barrière vaccinale.

Bennett, qui a prôné l’élargissement de la campagne d’administration de la quatrième dose malgré le manque de données, a affirmé que ce nouveau rappel assurait, pour les personnes qui en bénéficiaient, une protection bien meilleure face à la contamination ou aux complications de la COVID-19.

« Le quatrième vaccin est sûr : c’est certain. Le quatrième vaccin marche très probablement », a-t-il dit.

Le professeur Jacob Lavee reçoit une quatrième dose du vaccin COVID-19 de Pfizer-BioNTech, à l’hôpital Sheba de Ramat Gan, en Israël, lundi 27 décembre 2021. (Crédit : AP/Tsafrir Abayov)

Le programme d’essai entrepris à Sheba – une quatrième dose a été tout d’abord administrée à 150 employés de l’institution – est bien plus modeste que les essais cliniques de médicament habituels, qui impliquent normalement des milliers de volontaires qui sont suivis pendant des mois. Mais c’est également la seule étude connue sur les effets d’une quatrième dose, et l’État hébreu espère que ce rappel supplémentaire pourra aider à ne pas aggraver la surcharge dans les hôpitaux et à maintenir une vie aussi normale que possible.

Salman Zarka, responsable de la lutte contre le coronavirus, a admis lundi qu’il y avait peu de données sur la quatrième dose, recommandant toutefois vivement à tous les Israéliens éligibles d’aller se faire vacciner.

« Nous avons constaté que le niveau d’anticorps baisse toujours et nous vous recommandons donc à vous, citoyens de 60 ans et plus et personnels médicaux, d’aller vous faire vacciner », a-t-il dit lors d’une conférence de presse. « Je le dis de manière transparente, les données dont nous disposons sur une quatrième dose sont limitées. De nombreux spécialistes estiment qu’elle offre une protection supplémentaire aux populations à risque ».

Zarka a ultérieurement dit à la chaîne Kan que mettre la quatrième dose à disposition de tous les Israéliens était prématuré mais il a prédit que la question serait débattue dans un avenir proche.

Israël offre une quatrième dose aux personnes immunodéprimées en plus des Israéliens de 60 ans et plus des employés du secteur de la santé.

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