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L’accompagnatrice de l’autiste Palestinien tué par la police en 2020 porte plainte

Citant son traumatisme suite à l'incident qui avait entraîné la mort d'Iyad Halak confondu avec un terroriste à Jérusalem, Warda Abu Hadid réclame des dommages et intérêts

Warda Abu Hadid, l'accompagnatrice d'Iyad Halak. (Capture d'écran)
Warda Abu Hadid, l'accompagnatrice d'Iyad Halak. (Capture d'écran)

La travailleuse sociale qui accompagnait un Palestinien atteint de troubles du spectre autistique qui avait été abattu par la police – qui l’avait confondu avec un terroriste dans la Vieille Ville de Jérusalem, en 2020 – a porté plainte contre la police, affirmant souffrir d’un traumatisme psychique consécutif à cet incident, selon des informations qui ont été rendues publiques lundi.

Le site d’information Ynet a précisé que Warda Abu Hadid, âgée de 48 ans, avait porté plainte contre la police israélienne et contre l’agent de la police des frontières qui avait ouvert le feu sur Iyad Halak, au mois de mai 2020. Elle réclame des dommages et intérêts à hauteur de 630 000 shekels.

Halak, 32 ans, avait été tué par balle à Jérusalem alors alors qu’il se rendait à l’institution accueillant des personnes en situation de handicap qu’il fréquentait quotidiennement. La police avait expliqué avoir pensé qu’il transportait une arme – il s’agissait en réalité d’un téléphone – et elle l’avait pris en chasse dans les rues. Elle avait finalement ouvert le feu à deux reprises quand le jeune autiste s’était retrouvé piégé dans un local à poubelles, blessant mortellement Halak qui se terrait au sol.

Le procès de l’agent, âgé de 20 ans, dont le nom n’a pas été ouvertement rendu public, a commencé au mois de février. S’il est reconnu coupable d’homicide par négligence, il pourrait écoper d’une peine maximale de 12 ans de prison.

Dans la plainte, Abu Hadid affirme avoir vu les policiers pourchasser Halak et ouvrir le feu dans sa direction et en direction du périmètre où elle-même se tenait, à fait savoir Ynet.

Elle déclare qu’après son interrogatoire par les forces de l’ordre, elle a ressenti « une détresse psychique et elle a commencé à avoir des tremblements, des difficultés à parler et à agir », continue la plainte, selon l’article paru sur le site d’information.

« Elle a vécu un grave traumatisme psychique. Elle ne trouve pas le sommeil, elle pense constamment à ce qui s’est passé, elle pleure, elle hurle. Elle panique quand elle aperçoit un policier et la nuit, elle s’assure d’avoir bien fermé la porte à plus de dix reprises. Les médecins ont diagnostiqué une forme grave de stress post-traumatique chez Abu Hadid, ce qui altère sa vie quotidienne et sa santé psychique et elle suit un traitement en conséquence », note la plainte.

Les parents d’Iyad Halak, un Palestinien autiste mortellement blessé par les tirs de la police israélienne, avec Khiri, à droite, et sa mère Rana, pendant une interview à Jérusalem, le 3 juin 2020 (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

Selon le ministère de la Justice, Halak avait éveillé les soupçons des forces de l’ordre par son comportement jugé inhabituel alors qu’il se rendait à son école. Il portait un masque et des gants noirs au moment de l’incident, un moyen de se protéger du coronavirus dans un contexte d’épidémie.

Un policier qui surveillait la zone pour détecter les potentielles menaces en matière de sécurité avait fait savoir aux équipes qui se trouvaient sur place qu’un « terroriste » se trouvait dans les environs, ce qui avait amené l’agent et son commandant de la police des frontières à prendre le jeune handicapé en chasse, qui avait alors fui dans les rues.

Pendant cette poursuite, les deux agents avaient interpelé Halak en hébreu et en arabe, le sommant de s’arrêter et de s’identifier, mais l’autiste palestinien, apparemment terrifié, avait continué à courir. Le commandant avait alors tiré deux balles dans les jambes du fuyard, le manquant, selon le département chargé des enquêtes internes de la police au sein du ministère de la Justice.

Halak s’était réfugié dans un un entrepôt de stockage utilisé par les techniciens chargés du nettoyage dans le quartier où se trouvaient un gardien, un employé du Waqf, et Abu Hadid, avait précisé le ministère de la Justice. Les policiers avaient suivi Halak dans le local à poubelles et l’agent qui se trouve aujourd’hui sur le banc des accusés avait tiré sur Halak, visant son abdomen, selon les procureurs.

Des renforts de police étaient ensuite arrivés dans la pièce. Les forces de l’ordre avaient interrogé Halak sur l’arme qu’il était supposé transporter.

« Halak s’est légèrement relevé, il a désigné du doigt la femme présente et qu’il connaissait et il a murmuré quelque chose », dit l’acte de mise en examen du policier qui a été mis en cause dans le dossier.

Les forces de l’ordre s’étaient alors tournées vers Abu Hadid, lui posant la même question.

« Quelle arme ? », avait-elle répondu.

Pendant cet échange, le même agent de police avait tiré sur Halak sans raison apparente, tuant le jeune handicapé, selon les procureurs.

Des agents de la police des frontières en patrouille dans le secteur de la Vieille Ville de Jérusalem-Est où la police a abattu un jeune homme autiste qui, pensait-elle, portait une arme, le 30 mai 2020. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

« Alors même qu’elle était en train de répondre et même si Iyad était au sol, blessé par les premiers tirs, qu’il n’avait rien entre les mains et qu’il n’avait rien fait pour justifier une telle initiative, le suspect a ouvert le feu en direction de son torse, entraînant sa mort », avait indiqué un communiqué du ministère de la Justice.

Abu Hadid a évoqué une scène légèrement différente devant les médias israéliens après l’incident. « Je suis avec elle, je suis avec elle ! », avait crié le jeune autiste.

Dans un entretien accordé au magazine en ligne Local Call, elle a raconté avoir supplié la police pendant de longues minutes de laisser l’autiste tranquille quand ils se trouvaient dans le local à poubelles, leur disant de vérifier l’identité d’Halak pour avoir une preuve de son statut d’handicapé.

« Et tout à coup, devant mes yeux, ils ont tiré trois balles », a aussi expliqué Abu Hadid au cours d’une interview donnée à la Treizième chaîne. « J’ai crié : ‘Ne tirez pas’. Ils n’ont pas écouté, ils n’ont pas voulu m’entendre ».

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