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L’ADL n’annulera pas ses voyages de formation de la police américaine en Israël

L'Anti-Defamation League a reconnu finalement qu'une note interne est à l'origine de la remise en question des programmes de formation

Une unité de la police des frontières pendant un exercice au centre de formation de lutte contre le terrorisme de l'armée israélienne, près de Modiin. Illustration. (Crédit : police israélienne)
Une unité de la police des frontières pendant un exercice au centre de formation de lutte contre le terrorisme de l'armée israélienne, près de Modiin. Illustration. (Crédit : police israélienne)

JTA – Durant l’été 2020, alors que les protestations contre les pratiques policières violentes et abusives aux États-Unis s’intensifiaient, une fausse accusation a été lancée à propos d’un groupe de programmes qui envoyait les chefs de police américains apprendre de leurs homologues en Israël.

« Chercher à lier Israël en tant qu’État à la mauvaise conduite de la police américaine est une excuse bizarre pour justifier les siècles de racisme et d’injustice qui font partie de l’histoire américaine, et ce depuis sa création », avait déclaré George Selim, vice-président senior des programmes du groupe, à la Jewish Telegraphic Agency en juillet de cette année-là.

Il s’avère que Selim avait récemment rédigé une note interne recommandant au groupe de mettre un terme aux voyages de formation de la police, à la fois à cause des critiques que les voyages ont suscité – et parce que l’ADL ne pouvait pas admettre que toutes les critiques étaient infondées.

« À la lumière de la brutalité policière très réelle des forces de police militarisées aux États-Unis, nous devons nous poser des questions difficiles, comme celle de savoir si nous ne contribuons pas au problème », ont écrit Selim et un autre haut responsable de l’ADL, vice-président pour l’analyse et l’application de la loi, Greg Ehrie, dans une note de service du 9 juin 2020 adressée au PDG d’ADL, Jonathan Greenblatt.

L’existence du mémo a été rapportée pour la première fois en mars 2022 par Jewish Currents et The Guardian. Il révèle que l’ADL a, en interne, sérieusement considéré la possibilité de rejeter un programme de formation de la police que ses détracteurs ont décrit comme « échange meurtrier » alors qu’elle défendait publiquement les programmes.

Un porte-parole de l’ADL a déclaré à la JTA que le mémo, qui s’identifie comme « projet/prédécisionnel », faisait partie intégrante d’un examen approfondi des voyages de formation de la police que le groupe a entrepris lors des manifestations pour la justice raciale. Les manifestations ont été lancées en réponse au meurtre de George Floyd en mai 2020 par un policier à Minneapolis.

La police arrête des manifestants devant la Trump Tower lors d’un rassemblement de solidarité pour George Floyd, à New York, le 30 mai 2020. (Crédit : AP Photo/Wong Maye-E)

Le mémo, a déclaré le porte-parole, « avait pour but de poser les questions les plus difficiles, même celles avec lesquelles nous n’étions pas d’accord, et d’arriver à des conclusions potentielles qui pourraient défier nos hauts dirigeants avant d’avoir une discussion plus approfondie sur le programme ».

Le mémo affirmait que mettre fin aux voyages de formation réduirait les coûts, « satisferait les demandes des militants » et s’alignerait sur la prise de décision probable des responsables publics locaux. Mais il a averti qu’une telle décision « pourrait être interprétée comme un signe de culpabilité alors que l’ADL ne croit pas que nous ayons fait quoique ce soit de mal » et ouvrir le groupe à de nouvelles critiques de la droite autant que de la gauche.

En fin de compte, le groupe a décidé de poursuivre le programme de formation, mais avec un programme révisé et un nouveau processus en place pour mesurer son efficacité et son impact, selon le porte-parole, qui a déclaré que Selim avait attendu 2020 pour parler avec la JTA -moment où cette décision a été prise.

Il n’y a pas eu de voyages depuis 2019, moment où l’ADL les a discrètement interrompus, et aucun n’est prévu à ce jour. Mais le groupe affirme qu’il reste déterminé à former les responsables de l’application des lois et pourrait étendre ces programmes au fil du temps.

Illustration : Une manifestation contre les meurtres par la police d’Iyad Halak, un Palestinien autiste, et de George Floyd, à Jérusalem, le 2 juin 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/ Flash90)

L’ADL est l’un des trois groupes qui ont proposé des voyages de formation en Israël aux policiers américains. Plus de 1 000 participants, pour la plupart de hauts responsables des forces de l’ordre, ont participé à ces voyages, qui sont principalement assurés par le programme de Friedmann, l’ADL et le JINSA.

Chaque organisation a emmené plusieurs centaines de fonctionnaires de police en Israël, ce qui représente une infime partie des dirigeants des quelque 18 000 services de police des États-Unis. Les voyages, généralement financés par des fonds privés, sont gratuits pour les participants, bien qu’aucune des organisations ne communique les sources exactes de financement ni les coûts du voyage.

L’ADL a déclaré que les voyages visaient à accroître la « compréhension des participants américains de la violence extrémiste et terroriste, des attaques massives et [du renforcement] de la résilience communautaire ».

La note de service de l’ADL indique que chaque voyage coûte 115 000 dollars et que le groupe a alloué « plus de 200 000 dollars par an nécessaire pour organiser les voyages et défendre les voyages contre la controverse ».

La principale organisation s’opposant aux délégations est Jewish Voice for Peace, ou JVP, un groupe anti-sioniste qui a publié un rapport en 2018 qualifiant les voyages de « Deadly Exchange », [Echanges mortels]. Le rapport accuse ces programmes de normaliser « la répression violente des communautés et des mouvements que le gouvernement définit comme menaçants ».

Le groupe a déclaré que la note de service révélée par Jewish Currents et The Guardian était la preuve que sa campagne avait été couronnée de succès – et qu’elle devait continuer.

« Notre pouvoir collectif fonctionne : l’ADL n’aurait jamais perturbé leurs échanges entre la police américano-israélienne sans le pouvoir de notre coalition intersectionnelle multiraciale les poussant dans leur retranchement », a déclaré la directrice exécutive de Jewish Voice for Peace, Stefanie Fox, dans un communiqué.

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