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L’administration Trump prévoit un sommet sur les violences du mouvement antifa

Certains responsables craignent que cette réunion sur ce mouvement de gauche informel ne constitue une diversion alors que les États-Unis sont confrontés à une menace plus pressante émanant des groupes terroristes liés à l'Iran

Des Antifas passent devant une fontaine lors d'un rassemblement de l'alt-right le 17 août 2019, à Portland, dans l'Oregon. (Crédit : Stephanie Keith/Getty Images/AFP)
Des Antifas passent devant une fontaine lors d'un rassemblement de l'alt-right le 17 août 2019, à Portland, dans l'Oregon. (Crédit : Stephanie Keith/Getty Images/AFP)

WASHINGTON — L’administration Trump va organiser un sommet international axé sur la lutte contre le mouvement antifa et autres groupes d’extrême-gauche, ont fait savoir trois sources – une initiative qui met en évidence l’évolution des priorités du gouvernement américain en matière de lutte contre le terrorisme au cours de ces douze derniers mois.

La conférence – qui pourrait avoir lieu au mois de juin ou au mois de juillet – réunira des responsables de divers pays qui discuteront des stratégies de lutte contre le mouvement antifa et qui encourageront le partage de renseignements, ont précisé ces sources, qui ont souhaité conserver l’anonymat dans la mesure où elles ne sont pas autorisées à s’exprimer auprès des médias.

Le président américain Donald Trump a présenté les antifas comme une menace grave pesant sur les États-Unis.

Les experts de la lutte contre le terrorisme affirment que le mouvement ne forme pas une entité organisée – même si des individus qui se sont revendiqués de ce dernier ont été impliqués dans des attaques armées aux États-Unis.

Parmi les organisateurs de l’événement figure le sous-secrétaire d’État chargé du contrôle des armements et de la sécurité internationale, Thomas DiNanno, ont dit les sources.

En réponse à des demandes de commentaires, les porte-parole de la Maison Blanche et du Département d’État ont tous les deux expliqué que les antifas étaient une préoccupation majeure en matière de sécurité pour l’administration Trump.

Le président américain Donald Trump s’exprime lors d’une table ronde sur les « Antifas » dans la salle à manger d’État de la Maison Blanche à Washington, le 8 octobre 2025. (Crédit : AP Photo/Evan Vucci)

« Les anarchistes, les marxistes et les extrémistes violents du mouvement antifa mènent depuis des décennies une campagne de terreur aux États-Unis et dans tout le monde occidental, commettant des attentats à la bombe, des agressions, des fusillades et des émeutes au service de leur programme extrémiste », a commenté Tommy Pigott, porte-parole adjoint principal du Département d’État.

Une question de priorités

Cet événement prévu a suscité des inquiétudes parmi certains responsables – actuels et anciens – qui ont affirmé que ce sommet visait à distraire l’attention au moment où les États-Unis doivent faire face à des menaces qui émanent de groupes terroristes soutenus par l’Iran, des menaces alimentées par la guerre au Moyen-Orient.

« Je suis simplement sceptique et je m’interroge : A l’heure actuelle, avec tout ce qui se passe, quand on voit le nombre de complots ourdis par l’Iran et le Hezbollah, y a-t-il vraiment un besoin impérieux, en ce moment, de consacrer des ressources antiterroristes déjà limitées à la menace antifa ? », dit Michael Jacobson, qui a été directeur de la stratégie, des plans et des initiatives au sein du Bureau de lutte contre le terrorisme du Département d’État jusqu’en 2025. Il est aujourd’hui chercheur senior au Washington Institute for Near East Policy, un think-tank.

Un responsable du Département d’État a fait remarquer que l’administration avait pris « des mesures sans précédent pour lutter contre le terrorisme dans le monde entier », avec notamment de nombreuses actions qui ont été lancées contre le Hezbollah, le Hamas, les Houthis basés au Yémen et divers cartels de la drogue.

De nombreux détails concernant l’événement prévu restent flous – et il est difficile de dire quels pays ont été invités et quels pays participeront à ce sommet.

La semaine dernière, les invitations officielles à la conférence n’avaient pas encore été envoyées, ont indiqué les deux sources. Le responsable du Département d’État a déclaré qu’aucune date n’avait été fixée pour le sommet.

Il est également difficile de dire si l’événement se concentrera spécifiquement sur les groupes ou sur les individus s’identifiant au mouvement antifa, ou sur les groupes de gauche en général. De hauts responsables de l’administration ont parfois utilisé le terme « antifa » comme raccourci permettant de désigner l’extrémisme de gauche sous toutes ses formes.

Un drapeau antifasciste/palestinien orné des triangles rouges utilisés par le Hamas pour repérer les cibles d’attaques violentes est accroché dans le quartier de Neukölln à Berlin, au mois de décembre 2024. (Crédit : Bart Schut)

Une source a dit s’attendre à ce que les gouvernements européens reçoivent une grande partie des invitations. Au mois de novembre dernier, l’administration Trump avait inscrit quatre entités de gauche présentes en Allemagne, en Italie et en Grèce sur la liste des organisations terroristes étrangères, au sens de la loi américaine. Sept personnes qui, semble-t-il, étaient liées à l’un de ces groupes, connu sous le nom d’Antifa Ost, avaient par ailleurs été jugées en Allemagne au mois de novembre pour divers chefs de mise en examen, et notamment pour tentative de meurtre.

La source a indiqué que les responsables de l’administration espéraient annoncer une coalition mondiale contre le mouvement antifa aux alentours de la date prévue pour la conférence.

Des actes de violence — mais pas de hiérarchie

Le mouvement antifa – c’est l’abréviation de « antifasciste » – n’est pas un groupe politique organisé, mais un mouvement décentralisé sans structure claire, sans hiérarchie de commandement et sans chef, faisait remarquer un rapport du Congressional Research Service datant de 2020.

Certains experts en extrémisme politique, ainsi que l’ancien directeur du FBI Christopher Wray, ont affirmé qu’il était préférable de considérer le mouvement Antifa comme une idéologie plutôt que comme une entité cohésive. De plus, des défenseurs des droits civils et juridiques ont exprimé leurs inquiétudes, craignant que la traque lancée par Trump ne s’apparente à une tentative de criminaliser certaines opinions politiques.

Les partisans de l’initiative prise par l’administration, pour leur part, soulignent que des individus se revendiquant du mouvement antifa ont, en effet, commis des actes de violence.

Ce mois-ci, un jury fédéral de Fort Worth a condamné neuf personnes – des « Antifas », ont dit clairement les procureurs – pour des chefs d’inculpation liés au terrorisme et à la détention d’armes, suite à une attaque qui avait été lancée contre un centre de détention de l’Immigration and Customs Enforcement au Texas l’année dernière.

Trump avait cherché, une première fois, à désigner le mouvement organisation terroriste nationale en 2020, lorsque des manifestants de gauche avaient attaqué des bâtiments fédéraux à Portland, dans l’Oregon, au cours des semaines de troubles qui avaient suivi la mort de George Floyd, tué par la police.

Des membres du groupe d’extrême droite Proud Boys et des manifestants antifascistes s’aspergent mutuellement de spray au poivre lors d’affrontements entre ces groupes politiquement opposés à Portland, dans l’Oregon, le 22 août 2021. (Crédit : AP Photo/Alex Milan Tracy)

Un sympathisant Antifa avait abattu un membre du groupe d’extrême droite Patriot Prayer à Portland au mois d’août 2020 et il avait lui-même été tué par des agents des forces de l’ordre fédérales et locales.

La menace iranienne plane

La plupart des responsables occidentaux de la lutte contre le terrorisme se concentrent désormais sur la menace d’attaques terroristes commanditées par l’Iran visant des cibles américaines, européennes et israéliennes.

Avant l’attaque conjointe qui a été lancée par les États-Unis et par Israël contre l’Iran, le 28 février, le FBI a averti les forces de l’ordre que Téhéran pourrait tenter de riposter à toute frappe américaine en lançant des attaques surprises au drone en Californie, selon un bulletin de sécurité consulté par Reuters.

L’agence européenne de police Europol a fait savoir que le conflit avait des « répercussions immédiates » sur la sécurité de l’Union européenne, avec une menace accrue d’actes terroristes sur le continent.

Tant aux États-Unis qu’à l’étranger, les responsables américains se sont davantage concentrés ces dernières années sur l’extrémisme de droite que sur l’extrémisme de gauche.

Mais Trump a fait de la lutte contre les groupes de gauche — et contre le mouvement antifa en particulier — une priorité. Il avait pointé du doigt ce mouvement lors de sa campagne électorale de 2024, et il s’est finalement engagé à prendre des mesures contre les groupes de gauche qu’il a accusé d’inciter à la violence après le meurtre de l’activiste conservateur Charlie Kirk, son allié, au mois de septembre dernier.

Un écran de télévision affiche une photo publiée par le bureau du gouverneur de l’Utah de Tyler Robinson, le suspect présumé de l’assassinat de l’activiste conservateur Charlie Kirk, à Orem, dans l’Utah, le 12 septembre 2025. (Crédit : Patrick T. Fallon / AFP)

Les preuves accessibles au public dans cette affaire n’ont pas établi de lien entre le présumé assassin Tyler Robinson et le mouvement antifa.

Peu après l’assassinat, Trump a signé un décret qualifiant le mouvement « d’organisation terroriste nationale ».

Des experts juridiques ont estimé que cette désignation était juridiquement et constitutionnellement contestable et qu’elle soulevait des questions relatives à la liberté d’expression.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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