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L’Allemagne demande pardon lors de la commémoration du massacre des JO de Munich

Les présidents allemand et israélien ont dirigé l'événement marquant les 50 ans de l'assassinat de 11 Israéliens dans ce qui avait été "une tragédie mondiale", selon Herzog

  • Le président allemand Frank-Walter Steinmeier fait un discours durant une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l'attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972 sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l'Allemagne, le 5 septembre 2022. (Crédit :  Thomas KIENZLE / AFP)
    Le président allemand Frank-Walter Steinmeier fait un discours durant une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l'attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972 sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l'Allemagne, le 5 septembre 2022. (Crédit : Thomas KIENZLE / AFP)
  • Les portraits des victimes apparaissent à la fin d'une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l'attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972 sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l'Allemagne , le 5 septembre 2022. (Crédit :  Thomas KIENZLE / AFP)
    Les portraits des victimes apparaissent à la fin d'une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l'attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972 sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l'Allemagne , le 5 septembre 2022. (Crédit : Thomas KIENZLE / AFP)
  • Le président allemand Frank-Walter Steinmeier, à gauche, et le président israélien Isaac Herzog déposent une gerbe durant une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l'attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972,sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l'Allemagne,  le 5 septembre 2022. (Crédit :  Thomas KIENZLE / AFP)
    Le président allemand Frank-Walter Steinmeier, à gauche, et le président israélien Isaac Herzog déposent une gerbe durant une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l'attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972,sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l'Allemagne, le 5 septembre 2022. (Crédit : Thomas KIENZLE / AFP)
  • Le président israélien Isaac Herzog fait un discours durant une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l'attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972, sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l'Allemagne, le 5 septembre 2022. (Crédit :  Thomas KIENZLE / AFP)
    Le président israélien Isaac Herzog fait un discours durant une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l'attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972, sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l'Allemagne, le 5 septembre 2022. (Crédit : Thomas KIENZLE / AFP)
  • La veuve de l'entraîneur de l'équipe d'escrime Andre Spitzer et représentante des proches des victimes Ankie Spitzer, au centre, avec d'autres parents des victimes  durant une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l'attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972 sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l'Allemagne, le 5 septembre 2022. (Crédit :  Thomas KIENZLE / AFP)
    La veuve de l'entraîneur de l'équipe d'escrime Andre Spitzer et représentante des proches des victimes Ankie Spitzer, au centre, avec d'autres parents des victimes durant une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l'attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972 sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l'Allemagne, le 5 septembre 2022. (Crédit : Thomas KIENZLE / AFP)

Les présidents israélien et allemand ont dirigé lundi les cérémonies de commémoration du 50e anniversaire de la mort de onze athlètes israéliens qui avaient été assassinés par des terroristes palestiniens lors des Jeux Olympiques de Munich. A cette occasion, Berlin a demandé pardon aux familles des victimes et l’Allemagne a reconnu sa responsabilité dans de nombreuses failles qui avaient finalement permis le massacre.

« Nous ne pouvons pas réparer ce qui est arrivé – ni ce que vous avez vécu, ce que vous avez souffert face aux attitudes de défense, face à l’ignorance et face à l’injustice. J’ai honte de tout cela », a dit le président allemand Frank-Walter Steinmeier.

« En tant que chef de l’État de ce pays et au nom de la république fédérale de l’Allemagne, je vous demande aujourd’hui pardon pour la protection inadéquate qui avait été accordée aux athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich et pour l’enquête déplorable qui avait suivi. Je vous demande pardon pour avoir rendu possible ce qui a pu se passer ».

Les excuses de Steinmeier ont été faites après une lutte amère menée par les proches des victimes, qui voulaient que Berlin reconnaisse les erreurs qui avaient été commises lors de l’organisation des Jeux et qui revendiquaient également une indemnisation appropriée.

Une querelle sur l’offre financière qui avait été soumise par Berlin aux proches des victimes avait menacé le bon déroulement de la cérémonie, les parents des défunts menaçant de la boycotter.

Mais un accord a finalement été conclu, mercredi dernier, prévoyant que Berlin allait verser la somme de 28 millions d’euros en guise d’indemnisation. Et pour la première fois, l’Allemagne a reconnu sa « responsabilité » dans de nombreuses failles qui auront finalement entraîné la mort des Israéliens.

Le président israélien Isaac Herzog, à droite, regarde le président Frank-Walter Steinmeier s’incliner après avoir déposé une gerbe durant une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l’attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972,sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l’Allemagne, le 5 septembre 2022. (Crédit : Thomas KIENZLE / AFP)

A l’ouverture de son discours, Steinmeier a cité, les uns après les autres, les noms des athlètes israéliens assassinés qui, a-t-il dit, étaient venus avec l’espoir de participer aux Jeux Olympiques.

« Tous ces espoirs ont tourné au cauchemar », a-t-il ajouté solennellement, rappelant les assassinats initiaux de deux athlètes au sein du village olympique de Munich et l’opération « catastrophique » qui avait été menée par les équipes de secours allemandes – une opération qui s’était soldée par le meurtre de neuf athlètes de plus et d’un policier allemand, et par la mort de cinq des preneurs d’otages.

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier fait un discours durant une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l’attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972 sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l’Allemagne, le 5 septembre 2022. (Crédit : Thomas KIENZLE / AFP)

Steinmeier a indiqué qu’il était « profondément reconnaissant » à l’égard des familles des victimes et de Herzog qui avaient fait le déplacement pour la cérémonie, ajoutant que sans eux, « il aurait été impossible de faire cet acte de commémoration de manière appropriée ».

« A vous, les familles de victimes auxquelles je rends aujourd’hui hommage, je ne peux seulement imaginer la souffrance, la douleur que vous avez traversées… Comment la vie peut seulement continuer dans ces circonstances », a-t-il poursuivi. « Cette douleur lancinante vous accompagne depuis maintenant cinq décennies ».

Les proches des onze victimes israéliennes (Ankie Spitzer est au milieu, avec des lunettes noires) durant une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l’attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972 sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l’Allemagne, le 5 septembre 2022. (Crédit : Thomas KIENZLE / AFP)

Le président allemand a noté que les Jeux olympiques de 1972 avaient été organisés pour montrer l’image d’une nouvelle Allemagne, alors que les derniers Jeux organisés dans le pays avaient eu lieu en 1936, une époque où les nazis étaient au pouvoir.

« Quel vote de confiance était-ce alors, après les crimes de la Shoah, de prendre part aux Jeux accueillis par le pays qui en avait été l’auteur », a-t-il déclaré en évoquant la participation de l’État juif aux Olympiades de 1972.

« Nous voulions être de bons hôtes mais nous n’avons pas été en mesure d’être à la hauteur de la confiance que les sportifs israéliens et leurs familles avaient placé dans l’Allemagne », a-t-il déploré.

« Les efforts livrés en 1972 pour présenter l’Allemagne en tant que démocratie pacifique et amicale ont tragiquement échoué à Munich cette année-là », a continué le chef de l’État allemand. « Les Jeux olympiques sont ainsi devenus une tribune internationale pour les terroristes, une tribune internationale pour l’antisémitisme et pour la violence ».

« Cet acte de commémoration d’aujourd’hui ne pourra être sincère et authentique que si nous sommes prêts à reconnaître des faits douloureux », a-t-il ajouté, et notamment en reconnaissant les « échecs », a-t-il poursuivi.

Steinmeier a indiqué que si les terroristes palestiniens et leurs soutiens étaient les premiers responsables de l’horreur, « nous avons également notre part de responsabilité ».

« Aujourd’hui, cinquante ans après, de nombreuses questions – de trop nombreuses questions – restent encore sans réponse… L’attentat a été suivi par des décennies de silence, de blocage… Ce qui est aussi un échec », a-t-il martelé, appelant à continuer à « chercher des réponses » concernant l’attentat et l’opération manquée des services de secours.

L’un des terroristes palestiniens de l’opération « Septembre noir » (Crédit photo : AP Photo/Kurt Strumpf, File)

Le président allemand s’est adressé aux familles des défunts et à Herzog à la fin de son allocution, disant que « nous sommes unis dans la commémoration silencieuse de douze personnes qui ont perdu la vie ».

Prenant la parole après Steinmeier, Herzog a remercié le président allemand pour ses propos « courageux ».

« Même 50 ans après le meurtre de 11 athlètes israéliens ici… La douleur est encore là et la douleur est éternelle », a-t-il déclaré, faisant référence aux familles.

Herzog a indiqué que les athlètes israéliens « ont été brutalement assassinés de sang-froid par une organisation terroriste palestinienne pour la seule raison qu’ils étaient Juifs, pour la seule raison qu’ils étaient Israéliens ».

« Pour nous en tant que peuple et en tant que pays, ce massacre a toujours été une catastrophe nationale », a-t-il indiqué, ajoutant que les Jeux Olympiques « n’ont plus jamais été les mêmes » pour les Israéliens.

« Cela n’a pas été une seule tragédie juive et israélienne : cela a été une tragédie mondiale », a-t-il expliqué. « Le monde ne devra jamais l’oublier : la guerre contre le terrorisme, partout et toujours, doit être menée dans l’unité, avec détermination et avec assurance. L’avenir des sociétés humaines dépend de notre capacité à sanctifier le bien et de notre répudiation, de notre victoire contre le mal. Contre l’antisémitisme, la haine, le terrorisme ».

Herzog a aussi remercié Steinmeier pour son implication personnelle dans la décision récente qui a été prise par le gouvernement allemand « d’assumer la responsabilité » de ses erreurs en 1972 et d’indemniser les parents des onze victimes.

Ce qui représente, un demi-siècle plus tard, une avancée importante en matière de moralité et de justice pour les victimes, pour les familles et pour l’Histoire elle-même, a-t-il noté.

Le président israélien Isaac Herzog fait un discours durant une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l’attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972, sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l’Allemagne, le 5 septembre 2022. (Crédit : Thomas KIENZLE / AFP)

Ankie Spitzer, veuve d’André Spitzer, l’une des victimes des terroristes, a indiqué qu’elle ne parviendra jamais à dépasser le traumatisme de la mort de son époux et elle a juré « de ne jamais cesser de parler de ce qui s’est passé, de manière à ce qu’une telle tragédie ne se reproduise jamais. »

Spitzer a déclaré lors de la cérémonie que sa lutte pour que justice soit faite « a été longue et solitaire – mais penser à toi, en cette journée fatidique d’il y a cinquante ans, toi qui étais pieds et poings liés et à la merci de tes assassins, c’est ce qui m’a donné toute la motivation nécessaire pour aller de l’avant ».

« Quand ils t’ont assassiné, ils ont aussi assassiné une partie de moi-même », a continué Spitzer, s’adressant à son mari défunt. « Je n’avais pas pu trouver la paix parce que justice n’avait pas été rendue ».

Maintenant que l’Allemagne a finalement admis sa part de responsabilité dans l’attentat et qu’elle a accepté un accord d’indemnisation, « tout le monde me demande si j’ai enfin le sentiment d’avoir terminé ma mission », a-t-elle poursuivi.

« Mais personne ne comprend qu’elle ne sera jamais terminée », a-t-elle dit. « Il y a un vide dans mon cœur qui ne disparaîtra jamais… Ils ont assassiné nos espoirs, nos rêves, notre avenir – mais pas mon amour pour toi ».

Ankie Spitzer tient une photo de son mari, André, prise lors des Jeux olympiques de Munich, avant sa mort, alors qu’elle pose dans son habitation de Ramat Hasharon, le 28 juillet 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)

Thomas Bach, président du Comité olympique international, s’est également exprimé lors de la cérémonie.

« Malgré les souffrances endurées, vous n’avez jamais tourné le dos au mouvement olympique… Et nous vous en serons toujours reconnaissants », a déclaré Bach en anglais aux familles des victimes et à Herzog.

Après une suspension initiale qui avait suivi l’attentat de 1972, Avery Bundage, qui était alors à la tête du Comité olympique international (CIO), avait déclaré que « les Jeux doivent continuer ».

Quarante années plus tard, le Comité avait été largement critiqué pour son refus d’organiser une minute de silence en mémoire des victimes de Munich à l’ouverture des J.O de Londres.

La même année, Israël avait diffusé 45 documents officiels sur les meurtres – avec notamment des documents qui avaient été déclassifiés pour cette occasion – qui mettaient fortement en cause le travail effectué par les services de sécurité allemands.

Dans ces écrits, un récit officiel livré par l’ancien chef des renseignements israéliens Zvi Zamir qui avait déclaré que la police allemande « n’a même pas fait l’effort minimal nécessaire pour sauver des vies ».

Les portraits des victimes apparaissent à la fin d’une cérémonie marquant le 50e anniversaire de l’attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972 sur la base aérienne de Fuerstenfeldbruck, dans le sud de l’Allemagne , le 5 septembre 2022. (Crédit : Thomas KIENZLE / AFP)

Les familles des victimes se sont battues pendant des années pour obtenir des excuses officielles de l’Allemagne, pour pouvoir accéder aux documents officiels et pour pouvoir avoir une indemnisation appropriée – au-delà d’une somme initiale de 4,5 millions d’euros qui avait été précédemment accordée.

Il y a encore deux semaines, les proches des victimes indiquaient qu’un montant de dix millions d’euros leur avait été proposé – comprenant les 4,5 millions d’euros déjà versés. Selon l’accord qui a été annoncé la semaine dernière, l’enveloppe a été revue à la hausse, à 28 millions d’euros.

« Après le massacre, je suis revenue chez moi avec un cercueil », a déclaré à l’AFP Ankie Spitzer.

« Vous ne pouvez pas savoir ce que nous avons traversé au cours des cinquante dernières années, » a-t-elle ajouté.

La présence de Herzog à la cérémonie avait été annoncée après la révélation de la conclusion de l’accord d’indemnisation. Lors d’un entretien avec Steinmeier qui a eu lieu dimanche, le président israélien a indiqué espérer que l’accord « permettra de mieux cicatriser cet épisode de souffrances ».

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