L’Alsace fait l’inventaire d’un patrimoine juif « sans équivalent »
Sur les 117 synagogues encore visibles, seules 20 sont encore en usage et dix autres n'accueillent plus d'offices, selon Cécile Rivière
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Cent dix-sept synagogues encore visibles, mais souvent dissimulées. C’est le bilan d’un long inventaire du patrimoine religieux juif en Alsace, région qui compte à elle seule un tiers des édifices répertoriés en France aux Monuments historiques.
De la plus ancienne synagogue encore debout à celles construites après 1945 avec l’argent des réparations de guerre, l’Alsace possède un patrimoine religieux juif de plus de 700 ans, ont expliqué mardi à Strasbourg les auteurs de l’étude en présentant leurs deux années d’inventaire.
Sur les 117 bâtiments encore visibles, seuls 20 sont encore en usage et dix autres n’accueillent plus d’offices, a détaillé Cécile Rivière, chercheuse au service Inventaire et patrimoine de la région Grand Est.
Les autres ont fait l’objet de changements d’usage : elles se sont muées en habitations, salles de sport ou communales, cinémas, boulangeries ou encore ateliers d’artiste, a-t-elle énuméré lors d’une conférence. A Epfig (Bas-Rhin), une synagogue de 1826 est ainsi transformée en remise agricole.
Vingt-cinq synagogues sont inscrites ou classés aux Monuments historiques, sur un total de 74 dans l’ensemble de l’Hexagone, a souligné le directeur régional des affaires culturelles du Grand Est, Alexis Neviaski.
Parmi celles-là, un édifice « exceptionnel » : la synagogue de Rouffach (Haut-Rhin), un bâtiment du XIIIe siècle, le seul datant du Moyen-Age encore debout en France.
« Le patrimoine juif en Alsace a une densité et une richesse sans équivalent sur le territoire français », a commenté Gabrielle Rosner-Bloch, conseillère régionale déléguée à la culture et aux cultes.
A la Révolution, lorsqu’ils obtiennent le statut de citoyens, les juifs d’Alsace représentent plus de la moitié de la communauté juive en France. Nombre d’entre eux choisiront la France lorsque la région sera annexée par l’Allemagne en 1871.
L’inventaire doit permettre de choisir quels bâtiments méritent d’être protégés, a expliqué à l’AFP Dominique Jarrassé, professeur à l’école du Louvre et auteur de « Synagogues de France et d’Algérie du XVIIIe siècle à nos jours ».
Au vu de l’étude, « il y en a bien au moins une dizaine encore qui doivent entrer dans ce palmarès » des Monuments historiques, estime-t-il.
L’inventaire a permis aussi de découvrir qu’une maison du XVIIIe siècle à Oberbronn (Bas-Rhin), dans les Vosges du Nord, était en fait une synagogue. Avec ses colombages, elle ne se distingue guère des autres maisons du village, témoin d’une époque où les juifs alsaciens vivaient leur culte en toute discrétion.
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