L’annexion en Cisjordanie, un « cauchemar » pour certains dans les implantations
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L’annexion en Cisjordanie, un « cauchemar » pour certains dans les implantations

Plusieurs résidents juifs se sont opposés au plan car il prévoit la création d'un Etat palestinien sur ce que certains considèrent comme des terres bibliques du peuple juif

Les forces de sécurité israéliennes montent la garde au carrefour d'Otniel dans le sud de la Cisjordanie, le 13 novembre 2015  (Crédit photo: Yonatan Sindel / Flash90)
Les forces de sécurité israéliennes montent la garde au carrefour d'Otniel dans le sud de la Cisjordanie, le 13 novembre 2015 (Crédit photo: Yonatan Sindel / Flash90)

« Si on devient une ‘enclave’ comme c’est prévu, ce sera un cauchemar », craint Efrat Dahan, mère de famille vivant à Otniel, implantation juive où plusieurs habitants redoutent comme elle les conséquences du projet controversé d’annexion de pans de la Cisjordanie par Israël.

Le gouvernement d’union dirigé par Benjamin Netanyahu doit présenter à partir du 1er juillet sa stratégie pour mettre en œuvre le plan américain pour le Proche-Orient, qui prévoit l’annexion par Israël de la vallée du Jourdain et des implantations juives de Cisjordanie.

Dans ces implantations, plusieurs se sont opposés au plan car il prévoit la création d’un Etat palestinien sur ce que certains résidents juifs considèrent comme des terres bibliques du peuple juif. Mais, au cours des dernières semaines, une nouvelle préoccupation a émergé dans les implantations : le « mapping ». La carte.

Si la majorité des quelque 130 implantations israéliennes forment une sorte de chapelet, reliées par la route dans des zones déjà sous contrôle militaire israélien, d’autres, comme Otniel, située au sud de Hébron, se retrouveraient isolées dans le futur Etat palestinien tel qu’envisagé par le plan américain.

« On ne pourra pas sortir sans escorte militaire, il y aura plus de bombes, plus de tirs, de pierres, de cocktails Molotov, la police palestinienne n’aura que faire de nous, on aura très peur, mais on sait que Dieu est avec nous », poursuit Efrat, 37 ans qui s’extrait du petit parc à toboggans avec ses enfants.

Près d’une vingtaine d’implantations sont concernées, selon Yochai Damri, le président du Conseil régional de Hébron, qui déplore « un manque de logique », avec, dit-il, entre autres critiques, des détours pour rejoindre Israël par la route.

« Otniel est ici », note-t-il en désignant du doigt sur une grande carte en papier posée au sol et qui est, selon lui, fidèle à celle présentée dans le projet de l’administration Trump.

« Tout ce que nous voyons en rouge, c’est l’Etat palestinien, et (là) ce sont des enclaves dans l’Etat ».

Une carte de la Cisjordanie qui montrerait l’arrangement final proposé par le plan de paix de Trump avec les zones sous contrôle israélien en bleu et blanc et un Etat palestinien en noir (Capture d’écran : Facebook)

À partir des années 1970, Israël a commencé à établir un réseau d’implantations en Cisjordanie. Illégales au regard du droit international, les implantations ont continué de s’étendre, encouragées par les gouvernements successifs israéliens, et rendant à chaque fois moins viable la « solution à deux Etats » prônée par la communauté internationale.

Au cours de la dernière décennie, la population des implantations a bondi de 50 % : un total de 450 000 personnes y vivent désormais, au côté de quelque 2,7 millions de Palestiniens.

« Nous avons été envoyés ici par l’État d’Israël », clame M. Damri ,dont les parents ont fondé Otniel, une implantation religieuse d’environ 1 000 habitants, il y a près de 40 ans.

Mardi dernier, M. Damri a rencontré Benjamin Netanyahu avec d’autres représentants des implantations pour faire part de leurs inquiétudes quant à la création d’un Etat palestinien, bien que sur un territoire réduit et sans Jérusalem-Est pour capitale, et sur le tracé de l’annexion en cours de réalisation côté israélien.

Yochai Damri qualifie de « justice historique » le projet d’annexion car rattachant des terres de Judée-Samarie, nom biblique de la Cisjordanie, à Israël.

Dafna Meir, assassinée à son domicile d’Otniel, le 17 janvier 2016 (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

« Mais nous voulons vérifier que (…) nous ne serons pas mis en péril » par ce plan, ajoute l’homme qui garde en mémoire la mort, en 2016, de Dafna Meïr, poignardée à mort devant ses enfants, chez elle, à Otniel, par un jeune Palestinien.

Troisième Intifada ?

Selon un sondage publié par l’Institut démocratique d’Israël, centre de recherche basé à Jérusalem, si 50 % des Israéliens appuient le projet d’annexion, 58 % pensent également qu’il pourrait mener à une troisième intifada – soulèvement palestinien -, après celles de 1987-1993 et 2000-2005.

« J’ai construit cette maison dans laquelle j’ai énormément investi, je travaille très dur pour subvenir aux besoins de ma famille, je veux savoir ce qui va se passer », confie Assaf Fassi, homme d’affaires au style décontracté qui a planté des arbres fruitiers dans son jardin.

« On ne sait pas si on va pouvoir construire, si on va pouvoir se développer, si mes enfants pourront vivre ici », explique l’homme qui a gardé des traces de la seconde intifada – il avait été grièvement blessé en 2002 lorsque des Palestiniens s’étaient introduits à Otniel, tuant quatre de ses amis.

Ces jours-ci, à Jérusalem et dans les implantations, les yeux sont aussi tournés vers les Etats-Unis : une défaite de Donald Trump à la présidentielle de novembre pourrait saper le soutien américain au projet d’annexion d’où, selon des analystes, la courte fenêtre d’opportunité d’environ six mois.

David Elhayani, maire du Conseil régional de la vallée du Jourdain, s’adresse à l’AFP dans son bureau en Cisjordanie, le 11 septembre 2019. (AHMAD GHARABLI/AFP)

Dans un entretien au journal israélien HaaretzDavid Elhayani, le président du Conseil de Yesha, ne s’est lui pas montré tendre avec M. Trump.

Aussitôt rabroué par Benjamin Netanyahu, le leader des implantations ne s’est pas tu pour autant. Le plan actuel est une « sentence de mort » pour des implantations isolées comme Otniel, a-t-il estimé.

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