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L’annonce de l’annexion de Netanyahu avait donc pris Trump par surprise

Le livre de Barak Ravid narre la colère de Kushner suite à l'annonce inattendue de Netanyahu, un Trump exaspéré et la peur du Premier ministre israélien avant l'accord avec les EAU

Le président américain Donald Trump, (à droite), regarde le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) lors d'un événement dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, le 28 janvier 2020, au cours duquel Trump a dévoilé sa vision "de la paix à la prospérité" dans le cadre d'un accord israélo-palestinien. (AP/Susan Walsh)
Le président américain Donald Trump, (à droite), regarde le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) lors d'un événement dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, le 28 janvier 2020, au cours duquel Trump a dévoilé sa vision "de la paix à la prospérité" dans le cadre d'un accord israélo-palestinien. (AP/Susan Walsh)

La droite israélienne avait été en extase. Enfin, pensait-elle, Israël allait prendre le contrôle des terres qui, espéraient les leaders du mouvement pro-implantation, resteraient israéliennes pour l’éternité – et avec la bénédiction du président des États-Unis, rien de moins.

Il n’y avait eu toutefois qu’un seul problème, selon de nouvelles informations qui ont filtré et qui ont révélé de nouveaux détails sur ces journées déterminantes : Personne, en définitive, n’avait pris la peine de demander son avis au président américain, le principal concerné.

Avec pour conséquence, selon un nouveau livre qui a été écrit par le journaliste israélien Barak Ravid, que Donald Trump et Jared Kushner – le principal concepteur du plan de paix américain – avaient été totalement pris par surprise lorsque Netanyahu avait déclaré avoir l’intention d’annexer de larges pans de la Cisjordanie pendant un événement organisé à la Maison Blanche.

Tous ces nouveaux détails ont été révélés dans deux podcasts diffusés lundi dans le cadre d’une nouvelle série du site d’information Axios intitulée « Comment c’est arrivé » et qui utilise les informations reprises par Ravid dans son nouveau livre en hébreu « La Paix de Trump », qu’il consacre à la transformation d’un échec, celui du plan de paix, en une réussite – la négociation des Accords d’Abraham.

Selon le Podcast, Netanyahu aurait décidé d’aller de l’avant et d’annoncer l’annexion après avoir reçu l’assurance de David Friedman, qui était ambassadeur américain en Israël à ce moment-là et qui est un soutien de longue date des implantations, que les États-Unis soutiendraient cette initiative – même si l’envoyé n’avait jamais évoqué la question dans le cadre de la Maison Blanche.

La proposition qui avait été faite par les États-Unis prévoyait qu’Israël annexerait toutes ses implantations, ainsi que la vallée du Jourdain, dans le cadre d’un accord de statut final. Toutefois, elle ne précisait aucun calendrier pour ce faire et elle ne stipulait absolument pas que l’initiative serait immédiate.

« Israël va faire appliquer sa loi dans la vallée du Jourdain, dans toutes les communautés juives de Judée-Samarie et dans tous les autres secteurs qui, conformément à votre plan, font maintenant partie d’Israël et que les États-Unis acceptent de reconnaître comme faisant partie intégrante d’Israël », avait dit Netanyahu.

Trump, à ce moment-là, se tenait derrière lui, debout, et il avait jeté un regard rapide vers un individu non-identifié qui se trouvait dans l’assistance, dans la salle, comme pour s’assurer de ce qu’il venait d’entendre, se souvient Ravid. Après le départ de Netanyahu de la Maison Blanche, Trump avait réuni ses conseillers et leur avait demandé : « Mais c’était quoi, ça ? »

Kushner, de son côté, était devenu fou de rage.

La plateforme parfaite

Revenant à la genèse du plan de paix, Ravid raconte, dans son livre, comment Kushner avait été chargé de prime abord de prendre en charge le dossier israélo-palestinien. Avant son investiture, Trump s’était entretenu avec le New York Times et il leur avait annoncé sa décision de confier ce dossier délicat à son gendre – qu’il n’avait pas encore prévenu par ailleurs.

Kushner devait ultérieurement dire en plaisantant que Trump lui avait confié cette mission parce qu’il ne l’appréciait pas beaucoup.

Moins d’un an après le début de son mandat, après une rencontre avec Netanyahu et avec le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, Trump avait pris la décision, en 2017, de reconnaître officiellement Jérusalem en tant que capitale d’Israël.

Kushner avait informé une délégation de l’AP en visite, avec à sa tête de négociateur palestinien Saeb Erekat, de cette décision au mois de décembre 2017. Erekat avait été choqué et l’avait averti que cette initiative ôterait aux États-Unis toute crédibilité en tant qu’intermédiaire de paix entre les deux parties et qu’elle risquait, par ailleurs, de faire sombrer la région dans la violence. Kushner, explique Ravid, avait mal pris cette critique et, furieux, il avait sèchement répondu à Erekat qu’il n’accepterait pas d’être menacé.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le président américain Donald Trump à l’hôtel Palace lors de la 72e Assemblée générale des Nations Unies le 20 septembre 2017, à New York. (AFP/Brendan Smialowski)

Trump devait lui-même téléphoner à Abbas pour l’informer en personne de la décision et il avait tenté, pendant leur entretien, de le calmer, assurant au leader de l’AP que Washington ferait aussi un geste en faveur de Ramallah très rapidement. Mais après avoir continué à parler pendant plusieurs minutes, Trump avait remarqué qu’Abbas avait déjà raccroché, dit Ravid. Cela devait être la dernière communication entre les deux hommes.

Trump devait ensuite se livrer à des représailles en réponse au refus de l’AP de s’investir dans les efforts de paix américains, coupant pratiquement toutes les aides apportées par les États-Unis aux Palestiniens, fermant le bureau diplomatique de l’OLP à Washington et fermant également le consulat américain à Jérusalem qui, depuis toujours, servait de mission de facto pour les Palestiniens.

De son côté, Netanyahu s’était rapproché de Trump, tentant de tirer profit de la colère de Trump à l’encontre des Palestiniens et de l’intérêt porté par l’occupant de la Maison Blanche au besoin de satisfaire sa base évangélique. Une stratégie qui s’était avérée payante pour le leader israélien, avec le retrait de l’Amérique de l’accord sur le nucléaire iranien au mois de mai 2018, l’ouverture de l’ambassade américaine à Jérusalem, la même année et la reconnaissance par Trump de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan au mois de mars 2019 – quelques semaines avant les élections en Israël (Trump confie à Ravid, dans un entretien qui vient tout juste d’être diffusé, qu’il avait reconnu le Golan en partie parce qu’il voulait aider Netanyahu à remporter les élections. Mais Netanyahu avait échoué à réunir une coalition au pouvoir et Israël devait se trouver une impasse politique pendant deux ans, deux années qui avaient été marquées par trois scrutins supplémentaires).

Netanyahu avait alors commencé à envisager d’exploiter encore un peu plus la générosité apparente de Trump, en cherchant à obtenir le soutien américain pour un plan d’annexion de larges pans de la Cisjordanie. Une initiative sous forme de clin d’œil au mouvement pro-implantations sur lequel Netanyahu s’appuyait de manière croissante dans un contexte marqué par des accusations de plus en plus nombreuses de corruption à son encontre.

Quand l’administration américaine avait commencé à réunir son plan de paix, en 2019, Netanyahu avait entrevu l’occasion de faire son annonce d’annexion, révèle Ravid dans le podcast d’Axios. Netanyahu était par ailleurs encouragé dans ce sens par Friedman qui avait garanti aux Israéliens que Trump apporterait son feu vert à cette initiative controversée. Ravid précise qu’en réalité, l’ambassadeur n’avait jamais présenté l’idée à Trump et à Kushner, qui y étaient opposés, inquiets qu’elle ne vienne torpiller l’ensemble de leur plan.

Le premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), l’ambassadeur américain en Israël David Friedman (au centre) et le ministre du Tourisme Yariv Levin lors d’une réunion pour discuter de l’extension de la cartographie de la souveraineté israélienne à des zones de la Cisjordanie, dans l’implantation d’Ariel, le 24 février 2020. (Crédit : David Azagury/Ambassade des Etats-Unis à Jérusalem)

Friedman, pour sa part, met en doute cette version du récit. Il a écrit dimanche sur Twitter que « non seulement le président était informé et conscient de ce processus de souveraineté, mais il l’a souligné dans son discours. Il y a eu de nombreuses discussions de suivi également, des discussions où j’étais moi-même présent. Un livre sur ce sujet, pour lequel je n’ai pour ma part jamais été consulté, doit être abordé avec circonspection ».

Encore dans l’ignorance de l’opposition de Trump à son projet d’annexion, Netanyahu était arrivé à Washington pour la cérémonie de révélation du plan de paix en date du 28 janvier 2020, et il avait fait son annonce déterminante.

Un conseiller de Trump a confié à Ravid que Netanyahu avait considéré le leader américain comme « une plante verte » pendant ce discours de « campagne », alors que le président américain avait pensé que le Premier ministre israélien utiliserait cette opportunité pour faire un geste de bonne volonté en direction des Palestiniens.

Peu après la cérémonie, Netanyahu avait rencontré les journalistes à Blair House, où il séjournait, et il leur avait dit qu’il prévoyait de présenter l’initiative d’annexion pour approbation au cabinet israélien dans les jours suivants.

Mais à peu près au même moment, Kushner avait convoqué Friedman dans son bureau. L’envoyé s’était fait réprimander pour avoir convaincu les Israéliens que les États-Unis soutiendraient le plan d’annexion. Il avait ensuite donné l’ordre à Friedman de se rendre à Blair House, de l’autre côté de la rue, pour informer le Premier ministre que l’administration Trump n’accepterait en aucun cas une telle initiative, explique Ravid.

Friedman avait alors fait comprendre à Netanyahu que le feu vert américain en faveur de l’annexion n’avait pas été donné et le Premier ministre n’avait eu d’autre choix que de reporter son projet – même s’il avait continué à insister sur le fait que le plan serait rapidement mis en œuvre.

Un mois s’était passé – avec peu de contact entre Israéliens et Américains. Puis, un jour, l’ambassadeur israélien aux États-Unis de l’époque, Ron Dermer, proche de longue date de Netanyahu, avait rendu visite à Kushner, reprochant à la Maison Blanche l’embarras dans lequel se trouvait le Premier ministre israélien suite à cette saga de l’annexion, explique Ravid.

Kushner avait riposté, martelant qu’aucun président américain n’avait jamais autant fait en faveur d’Israël. Dermer avait alors dit à Kushner que Netanyahu ne savait plus s’il pouvait encore faire confiance à l’administration Trump. Kushner avait perdu son sang-froid à ce moment-là et demandé à l’envoyé de quitter sans délai son bureau.

De gauche à droite : Jason Greenblatt, envoyé du président américain Donald Trump au Proche-Orient, David Friedman, ambassadeur des États-Unis en Israël, Jared Kushner, conseiller de Trump en charge du Moyen-Orient, le Premier ministre Benjamin Netanyahu, et Ron Dermer, ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, à Jérusalem, le 21 juin 2017. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

« Si vous voulez le faire, faites-le »

Encore déterminé à faire avancer son projet d’annexion, Netanyahu avait négocié le dossier dans son accord de coalition conclu avec le président du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, au lendemain des élections du mois de mars. Le Premier ministre avait même mis au point un calendrier, s’engageant à la mener à bien avant le 1er juillet de cette année-là.

A cette période, le seul à soutenir l’initiative au sein de l’administration Trump avait été Friedman qui avait décidé de s’envoler pour Washington, une semaine avant la date fatidique du 1er juillet, pour convaincre le président d’accepter l’annexion, déclare Ravid.

La réunion ne s’était toutefois pas bien déroulée – Trump utilisant cette occasion pour déplorer l’allocution faite par Netanyahu lors de la révélation du plan de paix. Friedman avait tenté de l’interrompre mais Trump avait répondu : « David, mais pourquoi sommes-nous seulement en train de parler de ça ? », selon le podcast.

Le président avait encore une fois insisté sur le fait qu’il avait fait davantage pour Israël que n’importe lequel de ses prédécesseurs puis il avait rapidement perdu toute patience et déclaré : « Si vous voulez le faire, faites-le » avant d’ajouter que ce serait son secrétaire d’État, Mike Pompeo, qui prendrait la décision finale.

Mais avant le départ de Friedman, Trump avait émis une mise en garde : « Vous devez savoir que s’il se passe quoi que ce soit, c’est vous qui en assumerez les conséquences ». Des propos qui avaient choqué Friedman, explique Ravid, qui ne voulait pas être considéré comme responsable des éventuels événements qui étaient susceptibles d’arriver.

Le journaliste israélien Barak Ravid (Crédit : Twitter)

Kushner avait ensuite envoyé Friedman aux côtés de l’envoyé de la Maison Blanche pour la paix, Avi Berkowitz, à Jérusalem pour convaincre Netanyahu de renoncer à son plan d’annexion.

Ces réunions avaient eu lieu au paroxysme de la première vague de la pandémie de coronavirus. Netanyahu s’était installé derrière une vitre lors de la rencontre – « on se serait cru dans un film de science-fiction », devait confier Berkowitz à Ravid.

Friedman avait quitté la pièce à un moment et Berkowitz en avait profité pour dire que « je ne suis pas certain que David vous l’ait raconté, mais la réunion avec le président sur la question de l’annexion s’est très mal passée ».

Berkowitz avait vivement recommandé à Netanyahu de renoncer à son plan, ajoutant que si le Premier ministre s’obstinait dans sa démarche, alors elle devrait être accompagnée d’une série de gestes significatifs en faveur des Palestiniens. Ce qui avait encore accru la colère de Netanyahu qui avait menacé d’annexer de manière unilatérale les territoires, selon Ravid.

L’envoyé américain avait reconnu que le Premier ministre avait le droit de faire mais qu’il devait être conscient qu’une telle initiative entraînerait une condamnation de Trump sur Twitter et qu’il pourrait perdre le soutien du président américain.

Avi Berkowitz, à gauche, le représentant spécial pour les négociations internationales du président américain Donald Trump, quitte la mission des Etats-Unis aux Nations unies après un déjeuner des membres du Conseil de sécurité à New York, le 7 février 2020 (Crédit : AP Photo/Mark Lennihan)

« Vous allez blesser celui qui est votre meilleur ami dans le monde, et vous allez vous en faire un ennemi. Je ne peux pas vous ordonner ce que vous devez faire mais en revanche, je peux vous déconseiller avec force de le faire », aurait dit Berkowitz à Netanyahu, explique Ravid.

Une solution prend forme

Après deux autres rencontres entre Netanyahu, Friedman et Berkowitz – des réunions qui n’avaient pas permis de faire progresser les choses – Berkowitz avait fait appel à Kushner et tous deux avaient décidé d’offrir à Netanyahu une carotte en échange de l’abandon de l’annexion.

Au mois de mars 2019, l’ambassadeur aux États-Unis des Émirats arabes unis, Yousef al-Otaiba, s’était rendu au domicile de Kushner, à Washington. Il avait confié à ce moment-là au conseiller et gendre de Trump que les EAU voulaient normaliser les liens avec Israël.

Conservant à l’esprit cette confidence, Kushner avait dit à Berkowitz de soumettre à Israël la demande faite par les EAU – en échange de l’abandon de l’annexion.

Netanyahu avait répondu qu’il allait réfléchir à cette proposition, insistant sur le fait qu’il n’était pas prêt à renoncer entièrement à l’annexion.

Berkowitz était retourné à Washington et il s’était directement rendu à la Maison Blanche pour s’y entretenir avec Kushner. Sur la route, l’envoyé avait reçu un appel téléphonique d’Otaiba qui avait suggéré exactement le même échange – la normalisation contre l’abandon de l’annexion.

Le président américain Donald Trump, entouré (de gauche à droite) de l’envoyé spécial américain pour l’Iran Brian Hook, d’Avraham Berkowitz, assistant du président et représentant spécial pour les négociations internationales, de l’ambassadeur américain en Israël David Friedman, du conseiller principal du président à la Maison Blanche Jared Kushner et du secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, applaudissent dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le mercredi 12 août 2020, à Washington. M. Trump a déclaré jeudi que les Emirats arabes unis et Israël ont convenu d’établir des relations diplomatiques complètes. (AP Photo/Andrew Harnik)

Berkowitz qualifie cette conversation de « don du ciel, l’un des meilleurs coups de téléphone jamais reçus dans ma vie », au cours d’une interview retransmise dans le podcast d’Axios.

L’envoyé américain avait alors déclaré à son interlocuteur qu’il venait tout juste de penser à la même proposition. Les Israéliens, les Émiratis et les Israéliens devaient ensuite se lancer dans des négociations-marathon. Ravid fait remarquer que les Émiratis n’avaient jamais directement négocié avec les Israéliens, Abou Dhabi voulant s’assurer que les engagements pris par l’État juif l’étaient vis-à-vis des États-Unis et non des EAU – peu enclins, à l’évidence, à croire à la sincérité de Netanyahu.

Les parties étaient parvenues à avancer mais les pourparlers avaient été presque rompus à plusieurs occasions – notamment quand Dermer avait dit à Berkowitz que Netanyahu renoncerait à l’annexion uniquement si trois pays arabes acceptaient de normaliser leurs liens avec Israël, et pas seulement un.

Berkowitz avait transmis ce message à Kushner, qui avait été hors de lui. « Il n’aura qu’un seul pays et s’il ne veut pas, qu’il aille se faire fou…e », s’était exclamé le gendre de Trump, selon Ravid.

Berkowitz avait donc répondu à Dermer que : « Je vais vous le dire gentiment : Prenez ce qui vous a été offert ».

L’ambassadeur des Émirats arabes unis aux États-Unis, Yousef al-Otaiba, lors d’une rencontre avec le président de la Chambre des représentants des États-Unis, Paul Ryan, à l’Académie diplomatique des Émirats arabes unis, à Abu Dhabi, le jeudi 25 janvier 2018. (AP Photo/Jon Gambrell)

Finalement, les deux parties avaient semblé mettre de côté toutes leurs différences et une date avait été fixée pour annoncer publiquement les accords : le 13 août 2020.

Ravid raconte que la veille, Netanyahu avait eu peur et qu’il avait demandé à Dermer d’appeler la Maison Blanche pour informer l’administration Trump que le Premier ministre israélien ne signerait pas les accords.

Friedman — qui s’était déjà envolé pour Washington pour le grand jour – avait alors téléphoné à Netanyahu, vociférant : « C’est demain. Vous n’avez pas le choix ». Ces paroles avaient eu l’effet escompté et Netanyahu avait bien été présent le lendemain.

Le jour de l’annonce, la Maison Blanche était encore en quête d’un nom pour les accords de normalisation, dit Ravid. Et cela avait été un membre du Conseil de sécurité national, Miguel Correa, qui avait suggéré « les Accords d’Abraham », en référence au patriarche biblique commun au judaïsme et à l’islam. L’idée avait été présentée à Trump – qui, en plaisantant, avait dit avoir personnellement une préférence pour le nom « d’Accords de Trump » – mais qui avait accepté la proposition.

De gauche à droite : Benjamin Netanyahu, alors Premier ministre, Donald Trump, alors président des États-Unis, et Abdullah bin Zayed Al-Nahyan, le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, à la signature des accords d’Abraham à la Maison Blanche le 15 septembre 2020. (Saul Loeb / AFP)

Quelques heures plus tard, il y avait eu une visioconférence qui avait réuni Trump, Netanyahu et le prince émirati Mohamed bin Zayed pour célébrer l’événement.

L’accord avait été rendu public par le biais d’un tweet posté sur le compte de Trump et qui avait été envoyé par Berkowitz.

Finalement, dans les jours qui avaient suivi, le ministre des Finances du Bahreïn, Salman ben Khalif, avait appelé la Maison Blanche en demandant d’être le deuxième pays à normaliser ses relations diplomatiques avec Israël, notant que les EAU avaient apporté la couverture politique nécessaire pour briser ce tabou de longue date.

Les trois pays avaient pris part à une cérémonie de signature à la Maison Blanche le mois suivant. Le Maroc devait pour sa part intégrer les accords d’Abraham au mois de décembre 2020.

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