L’AP arrête puis libère un entrepreneur palestinien présent au sommet du Bahreïn
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L’AP arrête puis libère un entrepreneur palestinien présent au sommet du Bahreïn

Selon un responsable palestinien, Ramallah, avec cette arrestation, pourrait vouloir récolter des renseignements sur la conférence organisée par les Etats-Unis

Des policiers palestiniens participent à une formation à leur siège de Hébron, en Cisjordanie, le 30 janvier 2019 (Crédit :  HAZEM BADER / AFP)
Des policiers palestiniens participent à une formation à leur siège de Hébron, en Cisjordanie, le 30 janvier 2019 (Crédit : HAZEM BADER / AFP)

Les services de renseignement palestiniens ont arrêté samedi un Palestinien ayant participé à une conférence à Bahreïn sur le volet économique du plan de paix américain pour le Proche-Orient, boycottée par l’administration de Ramallah, a indiqué samedi un haut-responsable de l’Autorité palestinienne. Il a été libéré dimanche.

Saleh Abu Mayala a été appréhendé à Hébron par les renseignements palestiniens dans une zone placée sous le contrôle sécuritaire de l’AP, a précisé auprès du Times of Israel ce haut-responsable, basé dans la ville.

L’homme avait déclaré ne pas avoir connaissance des raisons de cette arrestation, expliquant toutefois qu’il était possible que Ramallah cherche à avoir de plus amples informations sur la conférence qui a eu lieu au Bahreïn.

La famille de ce septuagénaire avait indiqué n’avoir « aucune information à propos de cette arrestation ».

A Washington, la Maison Blanche s’est félicitée de la libération de M. Abou Mayala, selon Jason Greenblatt, conseiller du président Donald Trump et l’un des architectes de la conférence de Manama.

L’administration américaine « a hâte » de reprendre les discussions avec ceux qui ont participé à la rencontre « et avec tous ceux qui souhaitent un meilleur futur pour les Palestiniens », a-t-il dit dimanche.

Les officiels palestiniens avaient boycotté la conférence, recommandant vivement aux autres Etats arabes de faire de même. Des entrepreneurs palestiniens avaient toutefois fait le déplacement.

L’homme d’affaires palestinien Saleh Abu Mayala. (Crédit : Facebook)

Les forces de sécurité de l’AP ont également tenté d’arrêter à Hébron Ashraf Ghanam, un autre homme d’affaires palestinien présent lors du sommet, mais il est parvenu à se réfugier dans la zone de la ville placée sous contrôle israélien, a indiqué un entrepreneur palestinien ayant assisté au sommet dans un entretien téléphonique.

L’homme, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, a expliqué que l’AP était à sa poursuite et recherchait également les autres hommes d’affaires ayant assisté à l’événement.

« Nous sommes traqués et menacés. Nous nous trouvons tous dans une situation précaire », a-t-il noté. « Pourquoi des personnes qui travaillent pour que la paix avance, pour construire un avenir meilleur, sont-ils soumis à ce type de traitement ? », a-t-il continué.

Des sources palestiniennes non-identifiées ont fait savoir à la chaîne Kan que les entrepreneurs qui s’étaient rendus au sommet étaient recherchés par les forces de sécurité palestiniennes pour des soupçons liés à des délits fiscaux en suspens.

La liste des hommes d’affaires présents lors de l’événement – certains vivent dans des zones palestiniennes, d’autres à l’étranger – a circulé sur les réseaux sociaux palestiniens, a fait savoir le site d’information Ynet.

Même si les responsables palestiniens ont boycotté la conférence, Saeb Erekat, secrétaire-général du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine, avait affirmé mardi qu’aucun Palestinien n’avait eu l’interdiction d’aller à Manama.

« Il est scandaleux de clamer que des Palestiniens auraient été menacés ou empêchés » de se rendre à la conférence, avait noté Erekat dans un tweet. Il avait également écrit un second post dans lequel il avait appelé ceux qui se sentaient menacés à entrer en contact avec son bureau.

« Si un Palestinien a été invité à la session de travail de Manama et qu’il n’y est pas allé parce qu’il/elle s’est senti menacé ou empêché par l’OLP, l’Autorité nationale palestinienne, les factions ou partis palestiniens : Veuillez ne pas hésiter à entrer en contact avec moi de la manière que vous jugerez la mieux adaptée », avait-il écrit.

Un petit nombre d’homme d’affaires palestiniens ont assisté à ce sommet et seul Ashraf Jabari – un entrepreneur basé à Hébron entretenant des relations avec les habitants d’implantation israéliennes et l’ambassadeur américain David Friedman – a pris la parole lors d’une réunion de groupe.

Jabari est âprement critiqué pour ses relations avec les résidents israéliens d’implantation et il est souvent raillé par les Palestiniens pour s’être placé en marge de sa communauté d’origine.

Lors de la conférence, il avait refusé à plusieurs reprises de commenter la position de l’Autorité palestinienne. « Nous ne venons pas ici pour parler de politique. La politique, c’est pour l’Autorité palestinienne », avait-il dit.

Ashraf Jabari, (à gauche), assiste à une conférence à Jérusalem sur la souveraineté d’Israël sur la Cisjordanie le 12 février 2017. (Gershon Elinson/Flash90)

Mayala est connu pour être un proche de Jabari.

La conférence, qui a eu lieu mardi et mercredi, s’est focalisée sur le volet économique du plan de paix soumis par l’administration américaine pour résoudre le conflit israélo-palestinien, avec notamment la proposition d’une somme de plus de 50 milliards d’investissement au cours des dix prochaines années en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et dans les pays arabes voisins.

Dans un communiqué, le porte-parole de Mahmoud Abbas, Nabil Abou Roudeinah, avait critiqué samedi la rencontre de Bahreïn, la qualifiant « d’échec ».

Il s’agissait là, selon lui, d’un « message clair pour (le président américain Donald) Trump et son administration, que la politique de menaces et d’intimidation ne fonctionne plus ».

Le président de l’AP Mahmoud Abbas avait pour sa part expliqué jeudi que les autorités palestiniennes, à Ramallah, avaient rejeté la conférence, affirmant qu’une solution politique au conflit israélo-palestinien devra précéder les projets de développement de l’économie palestinienne.

« Nous disons que les droits nationaux ne sont pas des biens immobiliers achetés et vendus et qu’une solution politique garantissant la liberté, la dignité, l’indépendance et la justice pour notre peuple doit précéder tout programme ou projet économique qui créera la stabilité et la sécurité pour tous », avait-il clamé.

« Pour cette raison, l’Etat de Palestine n’a pas participé à l’atelier américain qui a eu lieu à Manama il y a deux jours », avait-il ajouté.

L’AFP a contribué à cet article.

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