Rechercher

Lapid condamne l’attitude du bloc de Netanyahu face aux critiques de ses initiatives

Le Premier ministre sortant a dénoncé l'arrogance des membres du futur gouvernement face aux inquiétudes liées aux lois qui pourraient nuire à la démocratie

Le Premier ministre sortant Yair Lapid s'exprime devant la Knesset, le parlement israélien de Jérusalem, le 13 décembre 2022. (Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre sortant Yair Lapid s'exprime devant la Knesset, le parlement israélien de Jérusalem, le 13 décembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Premier ministre sortant Yair Lapid a lancé une attaque cinglante à la Knesset, lundi, dénonçant la « totale indifférence » de la part de la coalition en cours de formation face aux inquiétudes, dans le public, que suscitent ses politiques prévues et l’adoption de législations controversées qui font craindre une altération de la démocratie dans le pays.

Lapid a pris la parole, en séance plénière, au cours d’un débat consacré à un projet de loi, parrainé par le parti du Likud du futur probable Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui veut changer les règles existantes pour rendre plus difficile la scission d’un député de sa faction d’origine. Ce texte a ensuite été adopté et il est donc dorénavant inscrit dans la loi.

Netanyahu a mené son bloc (droite, ultra-orthodoxes et extrême droite) à la victoire au cours des élections du 1er novembre et il a jusqu’à la semaine prochaine pour investir le prochain gouvernement qu’il a rassemblé. Mais avant cela, il a lancé une course contre la montre pour faire approuver plusieurs législations réclamées par ses alliés politiques – des textes qui, selon les critiques, porteront un coup dangereux à la nature démocratique d’Israël.

« La future coalition a un nouveau slogan : ‘Allez vous faire voir’, » a dit Lapid, en référence à des propos récemment tenus par des législateurs des partis alliés de Netanyahu dans des entretiens dans les médias ou sur les réseaux sociaux en réponse aux critiques de leurs exigences.

Lapid a accusé la prochaine coalition d’avoir « introduit un nouveau concept dans l’histoire de la démocratie », un concept dans lequel le gouvernement dirait aux citoyens du pays : « Nous ne travaillons pas pour vous » et où il contrerait toute critique en disant : « Allez vous faire voir ».

« C’est leur slogan, c’est leur attitude », a dit Lapid. « Vous payez vos impôts dans ce pays ? Allez vous faire voir. Vous travaillez ? Allez vous faire voir. Vous envoyez vos enfants dans les écoles publiques ? Allez vous faire voir ».

Certaines de ces paroles étaient apparemment adressées aux factions ultra-orthodoxes qui représentent une communauté moins intégrée que les autres sur le marché du travail. Une majorité d’entre eux ne sont pas soumis au service militaire obligatoire, ils ont un système d’éducation indépendant et ils bénéficient de différents avantages et allègements d’impôt en raison des grandes familles qui les caractérisent.

Le Premier ministre israélien désigné, Benjamin Netanyahu, lors d’une session pour élire le nouveau président de la Knesset, à Jérusalem le 13 décembre 2022. (Crédit : Gil Cohen-Magen/AFP)

Lapid a indiqué que le futur gouvernement voulait gouverner « sans se soumettre au devoir de tous les gouvernements – un devoir qui est de travailler pour les citoyens et de respecter leurs droits, ajoutant que la coalition voulait prendre le pouvoir « sans pour autant assumer les responsabilités qui incombent à un gouvernement ».

Le principe même de responsabilité à l’égard du citoyen, a-t-il dit, a « été abandonné ».

« Ils ne tentent même pas de préserver un équilibre – ils n’ont aucun intérêt à vivre en coopérant, ils n’ont aucun intérêt à administrer le pays de manière appropriée, à respecter la loi, à respecter l’équilibre entre judaïsme et démocratie, entre sécurité et droits civils. Toutes les valeurs les plus sacrées de l’État ont été remplacées par ces mots : ‘Allez vous faire voir’, » a-t-il continué.

Lapid a affirmé que même les électeurs du Likud ne comprenaient pas pourquoi leur formation avait « rendu les armes » devant les factions ultra-orthodoxes et d’extrême-droite, partenaires de Netanyahu.

Il a averti que cette attitude pourrait entraîner un retour de bâton pour le camp politique de Netanyahu, à l’avenir : « Parfois, vous êtes en haut de l’échelle et parfois, vous vous retrouvez en bas. Parfois, vous êtes dans la coalition et parfois, vous êtes dans l’opposition. Parfois, vous lancez ‘Allez vous faire voir’ à tous les citoyens d’Israël et le moment des élections venu, ils vous diront très exactement la même chose ».

Netanyahu s’en est ensuite pris à Lapid, écrivant sur Twitter que « Lapid ne peut pas marquer un but même après le coup de sifflet final de l’arbitre. Il n’a pas encore intériorisé les résultats des élections. Lapid a perdu et la droite l’a emporté. Nous formerons très vite un gouvernement de droite fort qui corrigera les erreurs de Lapid et qui se préoccupera de tous les Israéliens ».

Les législations prévues par la coalition en cours de formation contiennent une clause dite « dérogatoire » qui neutralisera le système judiciaire en permettant au Parlement de réadopter des textes jugés par ailleurs inconstitutionnels par la plus haute instance judiciaire de l’État juif.

Les membres de la prochaine coalition se sont promis de faire approuver cette clause. Ils se sont aussi engagés à donner à l’alliance au pouvoir le contrôle du panel chargé de sélectionner les juges.

Les changements judiciaires proposés – et en particulier la clause dite « dérogatoire » – ont été largement dénoncés par les adversaires politiques de Netanyahu et par d’éminentes personnalités du système législatif qui avertissent qu’elles détruiront le système démocratique israélien, et qu’il n’y aura plus aucun frein sur les pouvoirs d’une majorité parlementaire donnée.

Parmi les autres législations en préparation, un texte qui élargira considérablement l’autorité du nouveau ministre de la Sécurité nationale – un poste qui devrait être occupé par le chef d’Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir – sur la police. Une autre rendra plus difficile la rébellion des parlementaires face à leurs factions, avec un durcissement des sanctions contre ceux qui ne votent pas selon la ligne du parti.

Par ailleurs, le bloc a fait avancer, cette semaine, un autre projet de loi demandé par les partenaires d’extrême-droite et religieux du Likud. Le texte permettra à Aryeh Deri, du Shas – qui est actuellement sous le coup d’une peine avec sursis – de prendre la tête de trois ministères et il autorisera aussi un membre de Hatzionout HaDatit (probablement le leader de la faction, Bezalel Smotrich) de devenir ministre indépendant au sein du ministère de la Défense, en charge des constructions en Cisjordanie. Ce qui signifie que le leader d’extrême-droite aura un contrôle sans précédent sur le quotidien des Israéliens et des Palestiniens.

La prochaine coalition veut que les projets de loi soient adoptés avant l’investiture du gouvernement. Netanyahu a jusqu’à mercredi soir pour annoncer qu’il a rassemblé une coalition et une semaine supplémentaire pour sa prestation de serment officielle.

En savoir plus sur :
S'inscrire ou se connecter
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
Se connecter avec
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation
S'inscrire pour continuer
Se connecter avec
Se connecter pour continuer
S'inscrire ou se connecter
Se connecter avec
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un email à gal@rgbmedia.org.
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.