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Lapid rencontre Erdogan, salue le rétablissement des liens avec la Turquie

Le dirigeant israélien a remercié le président turc pour sa coopération en matière de renseignements sur les tentatives iraniennes de cibler les touristes à Istanbul cet été

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le Premier ministre Yair Lapid, à gauche, rencontre le président turc Recep Tayyip Erdogan à New York, le 20 septembre 2022. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)
Le Premier ministre Yair Lapid, à gauche, rencontre le président turc Recep Tayyip Erdogan à New York, le 20 septembre 2022. (Crédit : Avi Ohayon/GPO)

Le Premier ministre israélien Yaïr Lapid a rencontré le président turc Recep Tayyip Erdogan en marge de la 77e Assemblée générale des Nations unies à New York, un mois après le rétablissement complet des relations diplomatiques entre les deux pays.

Il s’agissait de la première rencontre entre les deux hommes depuis 2008, qui a marqué l’apogée d’un processus d’un an au cours duquel les deux pays ont renoué leurs liens après plus d’une décennie.

La réunion a eu lieu un peu plus d’un mois après un entretien téléphonique entre les deux dirigeants, qui avaient convenu d’aller de l’avant avec notamment le retour des ambassadeurs dans les capitales respectives.

Lapid a salué le retour des envoyés respectifs, qui avaient jusqu’à présent le niveau de chargé d’affaires, plutôt que celui d’ambassadeur, selon une déclaration de son bureau.

La chargée d’affaires israélienne en Turquie Irit Lillian (Crédit : ministère des Affaires étrangères)

Il a notamment souligné la nomination lundi de la chargée d’affaires israélienne Irit Lillian au poste d’ambassadrice à Ankara, a indiqué son bureau. La Turquie n’a pas encore annoncé qui sera son ambassadeur en Israël.

La dernière rencontre d’Erdogan avec un Premier ministre israélien remonte à décembre 2008, avec la visite de l’ancien Premier ministre Ehud Olmert à Ankara. Cette rencontre était la dernière d’une série de rencontres entre les deux hommes, qui avaient discuté, entre autres, d’éventuels pourparlers de paix entre Jérusalem et Damas.

Le bureau d’Erdogan a confirmé que la rencontre avait bien eu lieu mais sans fournir d’autres détails.

Leur discussion a porté sur le terrorisme en Israël et à l’étranger, a indiqué le bureau du Premier ministre, qui a remercié Erdogan pour avoir partagé des renseignements avec Jérusalem au début de l’été, lorsqu’Israël avait émis un avertissement aux voyageurs par crainte que des agents iraniens ne cherchent à cibler des civils israéliens en visite en Turquie.

Des agents de la police anti-émeute turque patrouillent devant la Mosquée bleue à Istanbul, le 14 juin 2022. (Crédit: Yasin Akgul/AFP)

Fin juillet, les forces de sécurité turques avaient en effet démantelé une cellule iranienne qui prévoyait d’assassiner ou d’enlever des touristes israéliens à Istanbul.

Lapid a salué la récente reprise des vols israéliens vers la Turquie, qui avaient été interrompus en raison de l’avertissement aux voyageurs, soulignant que ce développement entraînera une augmentation du tourisme pour les deux pays, a déclaré son bureau.

Des manifestants marchant avec une bannière montrant les visages du captif Avera Mengistu, et des soldats décédés Oron Shaul et Hadar Goldin arrivant au kibboutz Karmia, le 5 août 2022. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Lapid a également évoqué la situation de deux civils israéliens et des dépouilles de deux soldats de Tsahal tués et détenus par le groupe terroriste du Hamas à Gaza depuis juillet 2014, a indiqué le bureau du Premier ministre.

Le Hamas a des bureaux à Istanbul. Et Erdogan est proche du groupe terroriste.

Jérusalem fait depuis longtemps pression sur Ankara pour qu’elle réprime les activités du Hamas en Turquie, arguant que le groupe basé à Gaza utilise le bureau d’Istanbul pour orchestrer des attaques terroristes contre des Israéliens. Ces derniers mois, la Turquie aurait réprimé certaines activités du Hamas sur son sol.

Illustration : Un manifestant turc tenant une bannière avec une croix gammée nazie et une étoile de David à Istanbul, le 2 janvier 2009. (Crédit : Mustafa Ozer/AFP/Getty Images)

Au cours des années 2010, Erdogan a été l’un des critiques les plus virulents d’Israël, et lui et Netanyahu se sont souvent lancés des piques sévères, y compris des accusations de génocide. Malgré cette relation difficile, les liens n’ont jamais été totalement rompus, les deux pays conservant des liens commerciaux et touristiques lucratifs intacts.

Les relations ont commencé à s’améliorer lentement l’année dernière, Erdogan et le président Isaac Herzog ayant échangé des messages personnels, suivis d’une série de contacts diplomatiques de plus en plus nombreux sur diverses questions.

L’abandon du projet de l’EastMed par les États-Unis en avril dernier, qui consistait à acheminer du gaz naturel vers l’Europe via un partenariat avec les rivaux turcs que sont la Grèce et Chypre, a contribué à rapprocher Ankara et Jérusalem.

Les dirigeants turcs ont exprimé le souhait de voir le gaz naturel israélien passer par un gazoduc vers la Turquie, puis vers l’Europe.

Le bureau de Lapid a déclaré que les deux hommes avaient discuté du développement de la coopération économique et énergétique, mais sans fourni plus de détails.

Le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, s’adresse à la 77e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 20 septembre 2022, au siège de l’ONU à New York. (Crédit : AP Photo/Mary Altaffer)

Lundi, Erdogan a déclaré à un groupe de dirigeants juifs à New York qu’il avait l’intention de se rendre en Israël. Il a également indiqué que l’antisémitisme était un « crime contre l’humanité ».

Autre signe du réchauffement des liens, Erdogan a limité ses critiques à l’égard d’Israël lors de son discours devant l’Assemblée générale, quelques heures avant sa rencontre avec Lapid.

Dans son discours à la tribune de l’ONU, le président turc a réitéré mardi son appel en faveur de la création d’un Etat palestinien avec Jérusalem-est comme capitale mais il a aussi exprimé le souhait de « continuer à développer nos relations avec Israël dans l’intérêt de l’avenir, de la paix et de la stabilité, non seulement de la région mais aussi Israël, le peuple palestinien et le nôtre ».

Il a appelé au maintien du statu quo sur le mont du Temple de Jérusalem et à la fin des « colonies illégales » en Cisjordanie, mais la rhétorique était moins furieuse que certains de ses autres discours de ces dernières années, dont un en 2018 dans lequel il avait comparé Israël aux nazis et accusait l’État juif de mener un « génocide » contre les Palestiniens.

A moins d’un an de l’élection présidentielle prévue pour la mi-juin 2023, le président turc multiplie les initiatives pour normaliser les relations avec plusieurs puissances régionales – dont l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis – en quête d’investissements.

Lapid est à New York pour l’Assemblée générale des Nations unies pour la première fois en tant que Premier ministre. Il doit prendra la parole jeudi, ce qui sera sa plus grande tribune depuis son entrée en fonction en juin.

Lapid a rencontré mardi le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qu’il a poussé à « agir pour rectifier le traitement discriminatoire d’Israël à l’ONU », selon une déclaration du bureau de Lapid.

Lapid a mis l’accent sur la Commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme sur le traitement des Palestiniens par Israël, dont Jérusalem affirme qu’elle est intrinsèquement biaisée contre l’Etat juif.

Un porte-parole de Guterres a déclaré que les deux hommes ont également « discuté de la coopération entre Israël et les Nations Unies, y compris des efforts pour combattre l’antisémitisme. Ils ont également échangé leurs points de vue sur la voie à suivre pour le processus de paix au Moyen-Orient. »

Lazar Berman, Luke Tress et l’AFP ont contribué à cet article.

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