Le Conseil de sécurité nationale suspend ses travaux sur le dérèglement climatique
Le CSN a annoncé la dissolution des deux groupes de travail créés par le précédent gouvernement, suscitant un tollé parmi les associations environnementales
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Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

C’est une décision pour le moins choquante, alors que les prévisions font état d’une hausse des températures et des inondations : le Conseil de sécurité nationale d’Israël a suspendu ses travaux sur la politique climatique, quatre ans seulement après avoir créé deux unités dédiées à la question.
Le site d’investigation Shakuf a publié, mardi, ce qu’il présente comme une note interne rédigée par le vice-président du Conseil de sécurité nationale, informant le personnel que le Forum sur le climat et la sécurité nationale et le Forum sur le renseignement climatique du Conseil avaient cessé leurs activités le 1er avril dernier.
Sans plus d’explications, la note indique que les travaux sur les situations d’urgence nationale se poursuivent.
Ces deux forums sur le climat avaient été créés du temps du gouvernement Bennett-Lapid, en 2022, et étaient dirigés par Victor Weiss, une figure très respectée des milieux environnementaux israéliens, qui a démissionné en février dernier.
Ces forums réunissaient des représentants des ministères et d’autres organismes publics pour traiter de questions telles que la sécurité alimentaire et hydrique ainsi que la pérennité des infrastructures nationales, alors que le Moyen-Orient se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale.
Le Forum sur l’intelligence climatique surveillait les effets du changement climatique sur les pays voisins d’Israël et les menaces potentielles pour la sécurité qui en découlent.
Le Forum sur le climat et la sécurité nationale examinait, lui, l’impact du changement climatique sur le secteur de la défense, où le réchauffement climatique devrait avoir des répercussions sur absolument tous les paramètres, des pistes d’atterrissage aux calendriers d’entraînement en plein air.
« L’un de nos défis, c’est l’imagination », avait déclaré Weiss l’an dernier, selon Shakuf. « Les gens pensent à une vague de chaleur et se disent : ‘Il fera un peu chaud.’ Mais les vagues de chaleur affectent l’économie, l’agriculture, les infrastructures, ainsi que les autorités chargées de la sécurité et des secours. Pensez à tous les systèmes de communication et à tous les centres de données qui sont refroidis par des climatiseurs. Dès que les climatiseurs cessent de fonctionner, cela cause des dommages économiques à l’échelle du pays tout entier. C’est pourquoi le Conseil de sécurité nationale est supposé traiter ces questions. »
Les experts en environnement ont fait part de leur incrédulité suite à la décision du CSN de stopper ses activités liées au changement climatique, lequel est pourtant largement reconnu comme un « multiplicateur de menaces » qui en exacerbe et en aggrave d’autres. Le risque climatique a d’ailleurs été intégré à la planification par des organismes internationaux allant de la Banque mondiale et des Nations unies à l’OTAN ou à l’UE.
Une quarantaine des pays les plus menacés par les pénuries d’eau se trouvent au Moyen-Orient. Depuis 2011, des dizaines de conflits violents liés à l’eau ont été recensés dans la région. Dans le cas le plus grave, les pénuries d’eau ont contraint 1,5 million de Syriens à quitter leur village pour rejoindre les villes, un mouvement précurseur de la guerre civile.
Selon Amit Bracha, directeur exécutif de l’ONG de défense de l’environnement Adam Teva V’Din : « À l’heure où le monde éclairé comprend que la crise est une question de sécurité stratégique, le gouvernement israélien choisit de s’aligner sur ceux qui répriment et nient la crise climatique. Le CSN est l’organe qui doit inscrire cette question sur la carte des menaces sécuritaires d’Israël. Il doit produire des prévisions constamment mises à jour pour la préparation au changement climatique sous l’angle de la sécurité de l’État et de ses habitants. Espérons que le prochain gouvernement rétablira cet organe, important et même essentiel pour les humains et l’environnement, et qu’il lui allouera un budget approprié. »
Le porte-parole de Green Course a pour sa part déclaré : « Alors que les systèmes de sécurité, ailleurs dans le monde, se préparent déjà à des scénarios de conditions météorologiques extrêmes, de menaces pour la sécurité alimentaire et de perturbations de l’approvisionnement énergétique, en Israël, on choisit de démanteler les mécanismes de préparation… C’est une décision qui révèle une dangereuse cécité face à la menace croissante que représente la crise climatique pour les citoyens d’Israël, la sécurité et les soldats de l’armée israélienne. »
Le changement de cap du CSN intervient également alors que le monde entre dans ce qui devrait être une année marquée par un El Niño important. El Niño est un phénomène qui se produit tous les deux à sept ans, au cours duquel les températures de surface, dans le centre et l’est de l’océan Pacifique équatorial, se réchauffent et la circulation des courants est perturbée à l’échelle mondiale.
Les prévisions font état d’un temps plus humide et d’inondations côtières aux États-Unis, d’une sécheresse sévère et de températures supérieures à la moyenne en Australie, en Indonésie et dans certaines parties de l’Asie du Sud-Est, de perturbations des pluies de la mousson en Inde et de températures plus élevées couplées à un hiver plus humide dans la région méditerranéenne.
Par voie de communiqué, la Société pour la protection de la nature en Israël a déclaré qu’il était regrettable que le gouvernement ait annulé ces travaux alors même que le Service météorologique israélien a mis en garde contre les risques liés à un été particulièrement chaud et un hiver marqué par des inondations. Selon elle, le gouvernement continue de fermer les yeux sur l’un des plus grands dangers auxquels le pays soit exposé.
la Communauté du Times of Israël !







