S’adressant à la Haute-Cour, Netanyahu dit que la responsabilité de la sécurité lui incombe entièrement
Un recours conteste la nomination de Roman Gofman à la tête du Mossad ; Le Conseil d'octobre affirme que le Premier ministre, dans sa réponse, a involontairement assumé la responsabilité des échecs du 7-Octobre
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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a soumis, dans la journée de vendredi, sa réponse à une requête qui avait été déposée devant la Haute Cour de justice contre la nomination du général de division Roman Gofman au poste de directeur de l’agence de renseignement du Mossad.
Le Premier ministre a affirmé que la nomination de Gofman relevait d’une décision de sécurité et qu’elle devait donc, en principe, être soustraite au contrôle des juges.
« Il y a en effet de bonnes raisons de supposer que la rationalité de la décision prise par le Premier ministre est dix fois supérieure à la ‘rationalité’ de qui que ce soit d’autre – y compris de celle de l’honorable Cour », a-t-il écrit.
« La responsabilité de la sécurité de l’État et de ses citoyens incombe au Premier ministre, et à lui seul », a affirmé Netanyahu.
La requête dénonçant la désignation de Gofman, qui occupe actuellement le poste de secrétaire militaire de Netanyahu, avait été déposée par Ori Elmakayes, en collaboration avec le groupe « Telem — Mouvement pour l’intégrité au sein du gouvernement ».
Elle porte sur l’autorisation qui avait été donnée par Gofman en 2022, alors qu’il commandait la 210e division régionale « Bashan » de Tsahal sur le plateau du Golan, d’utiliser Elmakayes, qui était alors âgé de 17 ans, dans le cadre d’une campagne d’influence en langue arabe.
Suite aux agissements de Gofman, Elmakayes avait été arrêté et interrogé par l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet. Il avait été conservé à l’isolement pendant deux mois, mis en examen pour espionnage et placé en détention pendant 18 mois avant que les charges à son encontre ne soient abandonnées.
Telem a fait savoir que la requête se référait à cette affaire ainsi qu’à l’incapacité, selon elle, de Gofman de dire la vérité aux enquêteurs de l’armée israélienne qui avaient lancé des investigations sur l’incident.
Telem avait noté, de plus, que Gofman « avait gardé le silence » tout au long de la procédure judiciaire intentée à l’encontre d’Elmakayes, et l’organisation a invoqué « son refus d’assumer la responsabilité de cette affaire et la responsabilité des abus à l’encontre d’un mineur qui n’avait commis aucune infraction, ainsi que son manque de fiabilité ».
Premier ministre : Grunis a « outrepassé son autorité » en s’opposant à la nomination
La requête avait également souligné l’opposition du président de la Commission consultative des nominations de haut niveau, l’ex-président de la Cour suprême Asher Grunis, qui est aujourd’hui à la retraite, à la nomination de Gofman.
Dans leur décision conjointe, les trois membres subalternes de la Commission avaient approuvé la nomination de Gofman et ils avaient fait savoir que l’incident ne devait pas empêcher Gofman d’exercer les fonctions de chef du Mossad, tandis que Grunis, dans un avis séparé, avait recommandé que l’homme soit disqualifié.
Dans sa réponse apportée vendredi, Netanyahu a estimé que Grunis avait « outrepassé son autorité » en recommandant la disqualification de Gofman.
Selon le Premier ministre, « le rôle de la Commission n’est pas de ‘recommander’ ou de ‘ne pas recommander’ la nomination de telle ou telle personne, mais simplement de tirer des conclusions sur la personnalité de ce candidat ».
Ces conclusions « ne constituent pas la fin de l’histoire, mais plutôt un élément parmi de nombreux autres concernant la question de la nomination » de la personnes concernée, a poursuivi Netanyahu, qui a précisé que la décision finale revenait au Premier ministre.
Gofman est pressenti pour remplacer le chef sortant du Mossad, David Barnea, dont le mandat de cinq ans prendra fin au mois de juin.
Cette nomination a entraîné les critiques de responsables de la sécurité, actuels et anciens, qui ont expliqué aux médias israéliens que Gofman ne disposait pas de l’expérience opérationnelle et en matière de renseignement qui est traditionnellement requise pour diriger l’agence de sécurité.
La polémique autour de sa nomination avait fait suite à une autre bataille juridique qui avait éclaté lorsque le gouvernement de Netanyahu avait limogé Ronen Bar de son poste de chef du Shin Bet, pour le remplacer par David Zini, un autre choix controversé.
La Haute Cour a rejeté les recours contre la nomination de Zini.
Le Conseil d’octobre affirme que Netanyahu a reconnu sa responsabilité dans le 7-Octobre
Après que Netanyahu a soumis sa réponse vendredi, le Conseil d’octobre — un forum composé de familles endeuillées qui exigent la formation d’une commission d’enquête nationale sur le pogrom qui avait été commis par le Hamas, le 7 octobre 2023 — a annoncé que le Premier ministre avait, sans le vouloir, endossé la responsabilité des défaillances qui avaient conduit au massacre.
« Le Premier ministre d’Israël a en effet déclaré aujourd’hui que la responsabilité du massacre du 7 octobre lui incombait, à lui et à lui seul », a dit le Conseil d’octobre.
« Aujourd’hui, pour la première fois, le Premier ministre a assumé la responsabilité des 2 100 personnes qui ont été assassinées, des 251 personnes qui ont été enlevées et des dizaines de milliers de personnes qui ont été déplacées de leurs foyers », a-t-il ajouté.
Le Premier ministre a rejeté les appels à la création d’une commission d’enquête nationale, malgré le soutien apporté par la majorité des Israéliens, dans la mesure où ses membres seraient sélectionnés par les autorités judiciaires.
Netanyahu accuse ces dernières de faire preuve de partialité à son égard.
Il a proposé à la place de lancer une enquête qui serait menée par des personnalités nommées par les politiciens – que ses opposants ont promis de boycotter.
Netanyahu n’a jamais reconnu sa responsabilité directe dans les défaillances liées au 7 octobre et il a, au contraire, tenté de rejeter la faute sur d’autres, en particulier sur les services de sécurité.
Jeremy Sharon a contribué à cet article.
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