Le couple Netanyahu, des « tyrans assoiffés de pouvoir », lâche Shaked
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Le couple Netanyahu, des « tyrans assoiffés de pouvoir », lâche Shaked

Le Premier ministre doit partir, estime la députée de Yamina dans un enregistrement explosif ; elle rejette néanmoins la perspective d'une "coalition ridicule" avec la gauche

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), avec sa ministre de la Justice, Ayelet Shaked, à la Knesset, le 21 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), avec sa ministre de la Justice, Ayelet Shaked, à la Knesset, le 21 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La numéro 2 de Yamina, Ayelet Shaked, a qualifié le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse, Sara, de « tyrans », de « dictateurs », disant que le couple était « assoiffé de pouvoir » et ajoutant que le chef de gouvernement ne se préoccupait que de son procès pour corruption actuellement en cours. Ces propos ont été révélés par le biais d’un enregistrement explosif qui a été rendu public lundi.

C’est la Douzième chaîne qui les a diffusés au moment même où Netanyahu tente, jusqu’à mardi 23h59, de rallier Yamina au sein d’une coalition de droite.

Selon Maariv, ces propos de Shaked, ex-ministre de la Justice, ont été tenus lundi dans le cadre d’une réunion avec des rabbins issus du mouvement nationaliste-religieux, et ils ont été enregistrés par l’un des participants. La Douzième chaîne n’a pas précisé à qui elle s’adressait à ce moment-là.

Selon d’autres informations, Shaked préférerait une coalition conclue avec Netanyahu à un gouvernement d’unité liant Yamina au parti centriste Yesh Atid – un gouvernement dans lequel le dirigeant de sa formation, Naftali Bennett, deviendrait Premier ministre dans le cadre d’un accord de rotation. Mais l’enregistrement de lundi a révélé qu’elle était encore prête à soutenir un gouvernement d’unité si les efforts livrés pour rassembler une coalition de droite devaient échouer.

Ayelet Shaked, ancienne ministre de la Justice et députée de Yamina, s’exprime lors de la conférence du « Maariv » à Herzliya, le 26 février 2020. (Miriam Alster/Flash90)

Shaked insiste, dans l’enregistrement, sur le fait que Yamina serait « ravi » si Netanyahu parvenait à convaincre Bezalel Smotrich, président du Parti sioniste religieux, de rejoindre un gouvernement de droite s’appuyant sur le soutien extérieur du parti islamiste Raam.

Elle explique qu’une autre option serait que Netanyahu demande au président Reuven Rivlin de transférer le mandat de formation du gouvernement à Bennett, affirmant que le chef de Yamina aurait plus de facilité à former un gouvernement de droite avec le Likud et qu’il pourrait même y intégrer Kakhol lavan, de Benny Gantz, et Tikva Hadasha de Gideon Saar – les deux responsables politiques ont juré de ne pas siéger aux côtés du Premier ministre dans le cadre d’une coalition.

Shaked indique que si Bennett reçoit l’approbation des députés de droite pour mettre en place un gouvernement, « il ne s’aventurera pas à gauche ».

« Mais si Netanyahu donne le mandat à Bennett et que nous ne parvenons pas à former un gouvernement de droite parce que Gideon et Gantz ne cèdent pas, nous ne sommes pas prêts à aller vers un nouveau scrutin », ajoute-t-elle, prenant pour hypothèse que le centre-gauche ne finisse par réussir à rassembler une coalition avec l’aide des partis à majorité arabe en cas de nouveau vote national.

Shaked explique qu’en cas d’échec de Yamina à rassembler un gouvernement de droite, « nous nous pencherons sur l’option de gouverner avec la gauche et nous tenterons de persuader Bezalel de venir avec nous, de manière à ne pas devoir compter sur Raam ».

Dans l’enregistrement, Shaked rejette les propos de Smotrich qui avait affirmé que son opposition à un gouvernement soutenu par Raam était idéologique.

« Ce n’est pas une question d’idéologie… Si l’État est important, s’il pense que l’État ne doit pas s’appuyer sur Abbas, alors faisons en sorte de ne pas avoir à compter sur Abbas », assène-t-elle, estimant que le chef du Parti sioniste religieux prête moins attention aux discours des rabbins que ne le fait Yamina.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une conférence de presse à son bureau de Jérusalem, le 20 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Mais Shaked qui, selon d’autres rumeurs, pourrait réfléchir à retourner dans les rangs du Likud, ayant commencé sa carrière en travaillant pour Netanyahu au bureau du Premier ministre, réserve ses mots les plus durs au chef de gouvernement.

« Il veut rester au pouvoir. Il est assoiffé de pouvoir – lui et son épouse. Ils se comportent comme des tyrans, comme des dictateurs. Ils ne sont pas prêts à se retirer du jeu. Nous, nous ne sommes pas comme ça », explique-t-elle.

« Il est vrai que Netanyahu doit partir. Il doit partir. Mais j’ai dit à Gideon [Saar, leader du mouvement Tikva Hadasha] : ‘Il y a un pays qu’il faut diriger. Alors, qu’est-ce qu’on va faire aujourd’hui ? Tu vas mettre en place cette coalition absurde, avec tel et tel parti, parce qu’il doit absolument partir ?’, » ajoute-t-elle, se référant aux négociations visant à établir une coalition constituée des partis de droite, centristes et de gauche pour tenter de remplacer Netanyahu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara devant leurs partisans pendant la nuit des élections israéliennes au siège du parti du Likud, à Tel Aviv, le 3 mars 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« A cause de ce procès, il va se pencher encore à droite », continue Shaked, évoquant Netanyahu. « C’est le contraire de ce qu’il s’était passé avec [l’ancien Premier ministre Ariel] Sharon [qui avait glissé de la droite vers le centre lorsqu’il était chef de gouvernement dans le cadre d’une enquête pour corruption ouverte à son encontre]. Il ne se préoccupe que de ce son procès actuellement, c’est la réalité. Il se moque absolument de tout le reste. C’est vrai… Toutes ses réflexions, son comportement, ses actes – tout tourne autour de son procès », poursuit-elle.

« Il a peur d’un arrangement judiciaire, parce qu’il le redoute. Il craint de devoir finalement plaider coupable et que ça ne fonctionne pas… Après tout, c’est un homme très paranoïaque. Il a peur », explique Shaked, parlant du procès en cours du Premier ministre, qui a été mis en examen dans trois dossiers pour corruption.

Le député Yamina Bezalel Smotrich s’exprime lors d’une session plénière de la Knesset à Jérusalem le 24 août 2020. (Oren Ben Hakoon / Pool / Flash90)

Shaked note que Yamina cherche à conclure un accord avec Netanyahu dans lequel Bennett serait au poste de chef de gouvernement pendant un an et demi – le leader du Likud avait initialement proposé seulement un an. Netanyahu prendrait pour sa part la tête du pays pendant deux ans et demi.

Shaked affirme par ailleurs que Bennett s’est engagé dans des pourparlers avec Lapid portant sur la formation d’un gouvernement d’unité en partie pour convaincre Netanyahu de venir à la table des négociations et pour qu’il cesse ses initiatives visant à contraindre le pays à retourner une cinquième fois aux urnes en moins de deux ans.

« [Netanyahu] a compris la situation, que Bennett a un gouvernement alternatif dans sa poche – et en résultat, Netanyahu a été prêt à offrir à Bennett le poste de Premier ministre, en premier, pendant un an et demi. Cette offre n’aurait jamais été faite, le cas échéant. Il aurait directement emmené le pays vers d’autres élections », dit-elle.

Elle déclare que Yamina a payé le « prix lourd », dans sa base, pour cette tactique de négociation, ajoutant que « j’espère que si nous parvenons à former un gouvernement, alors nous serons en mesure d’expliquer » cette stratégie aux partisans de la formation.

Le président de Tikva Hadasha Gideon Saar dirige une réunion de faction à la Knesset, le 26 avril 2021. (Yonatan Sindel/Flash90)

Elle décrit également les tentatives de la part du Likud d’employer la manière forte pour faire entrer dans le gouvernement Tikva Hadasha, le parti de Gideon Saar.

« Le Likud a offert de payer les dettes de Tikva Hadasha… Les pressions exercées sur Saar ont été fortes. Je me suis entretenue avec Saar pendant des heures. Et avant tout, il faut le reconnaître, il a raison : Netanyahu doit partir. Il a raison là-dessus, mais que faire ? Alors je lui ai dit, de mon côté, qu’il y avait un cadre qui permettrait que Netanyahu ne soit pas Premier ministre pendant un an, au début d’une nouvelle coalition, et que nous limiterions son mandat plus tard… Ce serait son dernier mandat. Alors donnons-lui ce dernier mandat… Gideon et Yvet [Liberman] pensent réellement que Netanyahu est un danger pour l’État d’Israël. Ils en sont convaincus… Mais pas nous. »

« De plus, maintenant que Netanyahu a rendu les Arabes casher, personne n’aura de problème à former un gouvernement avec eux. C’est le principal dégât qui a d’ores et déjà été fait », indique Shaked, se référant à la volonté explicite de Netanyahu de s’appuyer sur le soutien de Raam.

Par ailleurs, la Douzième chaîne a noté que devant la colère exprimée par Shaked et d’autres membres de Yamina – qui se sont indignés des pourparlers entamés par Bennett avec Lapid – le leader du parti de droite aurait déclaré à ses députés, pendant la réunion de faction de son mouvement qui a eu lieu lundi, que s’ils étaient mal à l’aise à l’idée d’un gouvernement d’unité, ils devaient partir maintenant plutôt que d’attendre la veille de la prestation de serment de la coalition pour tenter de déjouer l’initiative.

Le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, lors de la réunion hebdomadaire de son groupe à la Knesset, le 5 mai 2021. (Autorisation)

Alors qu’il ne lui restait que moins de deux jours pour former une coalition, Netanyahu a déclaré, lundi après-midi, qu’il était prêt à abandonner son poste de Premier ministre dans l’immédiat en laissant Bennett devenir chef de gouvernement en premier dans le cadre d’un accord de rotation – une proposition qui a été immédiatement rejetée par Bennett, qui a dit en réponse que Netanyahu n’avait tout simplement pas les votes nécessaires.

Pour sa part, le leader de l’opposition, Yair Lapid, à la tête du parti Yesh Atid, a dit s’attendre à ce que le président Reuven Rivlin le charge de former un gouvernement après l’expiration du mandat de 28 jours du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour le faire lui-même, « s’il n’y a pas de surprise de dernière minute ». Il a ajouté qu’il était prêt à laisser Bennett prendre la tête du gouvernement le premier dans un éventuel accord de rotation.

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Netanyahu a déclaré que lors des négociations avec Bennett, « je lui ai dit que je souhaitais accepter sa demande portant sur la conclusion d’un accord de rotation qui lui permettrait de devenir chef de gouvernement le premier, pendant un an. Les membres de la formation Yamina entreront alors au gouvernement et à la Knesset en assumant des rôles importants ».

Bennett, de son côté, a répondu ne pas avoir demandé à devenir Premier ministre et il a rappelé sa promesse faite antérieurement de ne rejoindre Netanyahu que si ce dernier parvenait à réunir suffisamment de soutiens pour mettre en place une coalition. Le cas échéant, a ajouté Bennett, il soutiendra un gouvernement alternatif.

Netanyahu a rapidement riposté, disant que si Bennett se ralliait à lui, d’autres suivraient – ce qui rendrait possible l’obtention d’une majorité de droite.

Smotrich et Saar ont néanmoins clairement établi une fois encore, lundi, qu’ils ne chercheraient pas à dynamiser les chances de Netanyahu.

Le président Reuven Rivlin, le 6 janvier 2021. (Amos Ben Gershom / GPO)

Même si Yamina n’a remporté que sept sièges lors du scrutin du mois de mars, il est devenu un arbitre potentiel dans le processus de mise en place du gouvernement, n’ayant pas encore fait savoir qui il soutiendrait au poste de Premier ministre. Il a déclaré de manière répétée qu’il soutiendrait un gouvernement de droite dirigé par Netanyahu si le Premier ministre disposait des votes nécessaires mais qu’il œuvrerait en faveur d’un gouvernement d’unité si ce n’était pas le cas.

Netanyahu, le Premier ministre qui est resté le plus longtemps à sa fonction de toute l’Histoire de l’État juif, lutte actuellement pour sa survie politique et judiciaire après le scrutin du 23 mars, s’efforçant de rassembler un gouvernement alors qu’il est actuellement traduit devant les juges. Si son mandat officiel de mise en place d’une coalition expire mardi soir, il peut réclamer une prolongation de 14 jours au président Reuven Rivlin.

Les dernières élections – ce sont les 4e depuis le mois d’avril 2019 – se sont terminées dans l’impasse, le bloc religieux de droite de Netanyahu n’étant pas parvenu à rassembler une majorité, en partie parce que différentes listes de droite se sont présentées avec l’objectif déclaré de le remplacer. Sauf surprise de dernière minute, Netanyahu n’a aucune moyen clair de mettre aujourd’hui sur pied une coalition au pouvoir.

Rivlin qui, en tant que président israélien, est chargé de donner pour mission à un député choisi de former un gouvernement, peut donner à Netanyahu 14 jours supplémentaires pour réussir, donner le mandat à un autre législateur ou le confier à la Knesset pour une période de 21 jours. En cas d’échec, de nouvelles élections seront automatiquement organisées.

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