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Le CRIF attend une « nouvelle stratégie » pour lutter contre l’antisémitisme

Au traditionnel dîner du CRIF, les représentants des partis extrêmes, jugés "dangereux pour la France et dangereux pour les Juifs, ne sont pas invités", souligne Francis Kalifat

Le président du CRIF, Francis Kalifat, lors du 32e dîner du CRIF, en février 2017. (Crédit : CRIF)
Le président du CRIF, Francis Kalifat, lors du 32e dîner du CRIF, en février 2017. (Crédit : CRIF)

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) attend des pouvoirs publics une « nouvelle stratégie », « ciblée », pour lutter contre l’antisémitisme, à la veille de son traditionnel dîner « républicain » auquel les candidats des « extrêmes » à la présidentielle ne sont pas conviés.

Après avoir été annulée deux années de suite, en raison de la crise sanitaire, cette 36e édition réunira jeudi, comme à son habitude, politiques, ambassadeurs, religieux, syndicalistes, artistes, personnalités des médias, etc, soit au total un petit millier de personnes attendues au Caroussel du Louvre, selon les organisateurs.

Elle aura l’élection présidentielle comme toile de fond. Le presque candidat Emmanuel Macron y est attendu pour un discours, mais en tant que chef de l’État. Autres prétendants à l’Élysée présents, mais qui ne s’exprimeront pas : Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, Anne Hidalgo, maire de Paris, ou encore le candidat écologiste Yannick Jadot. Fabien Roussel (PCF) a décliné pour cause de meeting.

En revanche Marine Le Pen (RN), Eric Zemmour (Reconquête), et Jean-Luc Mélenchon (LFI) n’ont pas été conviés. « Comme traditionnellement depuis que ce dîner existe, les représentants des partis extrêmes ne sont pas invités », affirme à l’AFP Francis Kalifat, président du CRIF, vitrine politique de la première population juive d’Europe (un demi-million de personnes).

« Les extrêmes sont dangereux pour la France et dangereux pour les Juifs. L’Histoire nous l’a montré », ajoute-t-il.

Emnanuel Macron et Francis Kalifat lors de la soirée débat organisée par le CRIF au Grand Hotel Intercontinental de Paris, en mars 2017. (Crédit : Eric Feferberg/AFP)

Parmi les thèmes qui lui sont chers et qu’il entend rappeler jeudi, figure la lutte contre l’antisémitisme.

« La stratégie, à travers des plans globaux de lutte contre différentes haines, n’est pas la bonne », dit-il, faisant allusion aux derniers plans triennaux de lutte contre le racisme et l’antisémitisme mis en place en 2012, en 2015, et 2018.

« Il faut passer à une stratégie ciblée, parce que chacune des haines répond à des ressorts différents », souligne-t-il. « Je sais que c’est une préoccupation des gouvernements » ces dernières années. « Mais force est de constater que l’antisémitisme progresse », estime M. Kalifat.

Il fait valoir que les actes antisémites répertoriés par le ministère de l’Intérieur à partir des dépôts de plainte « ont augmenté de 74 % », passant de 339 en 2020 à 559 en 2021.

Ils ont au contraire « diminué de 14 % » par rapport à 2019 (617 actes), souligne le ministère, interrogé par l’AFP. La place Beauvau considère que l’année 2020 n’est pas représentative en raison de la crise sanitaire.

En 2018, 541 actes avaient été recensés, en deçà des pics de 2014 (851) et 2004 (974).

(A partir de la gauche) Serge Klarsfeld et son épouse Beate Klarsfeld, son fils, l’avocat franco-israélien Arno Klarsfeld, le président français Emmanuel Macron et le président du CRIF Francis Kalifat lors du 33e dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), le 7 mars 2018, à Paris. (Crédit : AFP PHOTO / POOL / MARIN LUDOVIC)

« Rumeurs » et « complotisme »

Mais pour M. Kalifat, « si on ajoute le fait que 80 % des victimes ne portent pas plainte » et les propos haineux visant les Juifs sur internet, « on a la mesure réelle de ce que représente l’antisémitisme dans notre pays ».

Le CRIF a mis en place il y a deux ans un « observatoire de la haine antisémite en ligne », qui recense environ « 50 000 à 60 000 contenus haineux chaque année » sur la Toile, relève-t-il.

Pour sa part, Ariel Goldmann, président du Fonds social juif unifié, relève que « des moyens ont été déployés », ou encore que la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah, qui procède notamment à de nombreux signalements de haine en ligne), « a beaucoup travaillé ».

Gala du cinquantenaire de l’AUJF, Ariel Goldmann, président de l’AUJF. Paris le 15 février 2018. (Crédit : Ludovic Boulnois autorisation AUJF)

« Mais on voit bien que la crise du COVID a libéré la parole antisémite, que dans les manifestations anti-vaccins réapparaissent des manifestations d’antisémitisme », dit-il. « Comme toujours dans l’Histoire, les crises, même sanitaires, sont l’occasion de rumeurs et de complotisme », regrette-t-il, attendant du chef de l’État qu’il « s’engage fortement » sur ces sujets.

Lors du dîner du CRIF 2019, Emmanuel Macron avait annoncé vouloir élargir la définition de l’antisémitisme à l’antisionisme. À la suite de cela, l’Assemblée nationale (en 2019), puis le Sénat (en 2021) ont adopté un texte reprenant la définition de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA), déjà validée par le Parlement européen et une vingtaine de pays dont 16 de l’UE. Ce texte n’a toutefois pas de valeur contraignante.

« On a l’impression que ce sont des déclarations qui n’ont pas de conséquences », regrette M. Kalifat.

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