Le film de Spielberg, ô combien d’actualité, ‘The Post’, touche juste
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Le film de Spielberg, ô combien d’actualité, ‘The Post’, touche juste

Il ne pouvait y avoir de moment plus opportun pour ce long-métrage qui dépeint des journalistes face un président belliqueux, à une époque où les femmes étaient dévalorisées

Le grand Maïmonide disait : « nous devrions accepter la vérité, d’où qu’elle vienne ». Mais que dire d’une époque où des puissants nous empêchent de connaître la vérité ? Ou bien quand connaître cette vérité pourrait, comme l’administration Nixon le suggérait au moment des « Pentagon papers », nuire à l’intérêt national ?

Ce sont les questions que posent le dernier film de Spielberg, l’excellent thriller historique qui se passe dans une salle de rédaction, « The Post ». Mais on passe vite à d’autres questions. « Que croyez-vous que nous fassions ici ? » répond Tom Hanks quand on lui demande si « c’est légal » de monter de Washington à New York pour voir sur quoi un journal concurrent travaille ?

La décision de publier – ou non – le rapport explosif sur le Vietnam, suite à une fuite du ministère de la Défense, dépendait tout d’abord du New York Times. Mais – et c’est là où Spielberg est génial- son histoire se déroule au Washington Post, qui n’était pas alors, en 1971, le journal mainstream qu’il est devenu. Il traversait à l’époque une crise existentielle (une introduction en bourse) à un moment où l’héritière du journal allait certainement en prendre la direction.

L’héritière était Katherine Graham qui, après l’histoire du « Post », deviendra la première femme PDG d’une des plus grandes sociétés du pays. Ce n’est donc pas seulement un film sur des journalistes qui se dressent avec pugnacité contre un président, incarnant le quatrième pouvoir, c’est aussi un film qui montre (souvent subtilement) la façon dont les hommes se méfient, ignorent ou même dénigrent les femmes de pouvoir. Il ne peut donc y avoir de film plus opportun.

Graham est interprétée par Meryl Streep – et je sais combien nous sommes tous lassés d’entendre à quel point elle est fantastique – mais elle est vraiment extraordinaire. Au début du film, c’est une femme très sociable, remplie de doute, et avant que l’on s’en aperçoive, on applaudit sa force morale.

Quiconque a étudié le jeu d’acteur verra comment elle fait d’une petite phrase anodine une musique magnifique. Et tout en regardant le film, je me dis « quel génie peut à ce point prononcer une phrase de rien du tout de cette façon ? ». « Chuuuut » gronde-t-on autour de moi, car je les empêche d’entendre Meryl Streep.

Meryl Streep dans le film de Steven Spielberg’s « The Post » (Crédit : Courtesy 20th Century Fox)

Tom Hanks partage l’affiche et joue Ben Bradlee, le pugnace rédacteur-en-chef qui ne supporte pas d’être battu et qui motive son équipe avec un mélange parfait de la carotte et du bâton. Quand Nixon et ses hommes de main traînent le New York Times en justice (Michael Stuhlbarg et Abe Rosenthal), les documents, dérobés par un de ses auteurs, Daniel Ellsberg, atterriront sur le bureau de Bradlee et de son journal.

On pourrait croire que ce n’est pas très cinématographique de regarder un film où des journalistes lisent des dossiers et tapent des rapports pendant que les avocats se rendent aux procès. Mais c’est là où vous vous trompez lourdement !

Affiche du film de Steven Spielberg’s « The Post » (Crédit : Courtesy 20th Century Fox)

Comme le récent « Pont des espions » et « Lincoln », Steven Spielberg complète sa « trilogie civique » avec un rythme enjoué et exubérant. On rit beaucoup dans ce film (qui n’aime pas Tom Hanks, au sommet de son jeu ?), et quand ces énormes imprimantes, tels de monstrueux linotypes, se mettent en marche, c’est comme si l’on regardait une version cérébrale de la course maladroite des dinosaures dans Jurassic Park.

J’imagine que ce n’est pas une révélation : les documents du Pentagone furent en effet publiés, révélant au grand jour ce que l’on suspectait, à savoir que Eisenhower, Kennedy, Johnson et Nixon (surtout) étaient conscients qu’ils menaient une guerre impossible à gagner. Mais un ego d’un autre âge les a empêchés de l’accepter, laissant le marasme s’installer et des centaines de milliers de personnes mourir. Encore une fois, un film d’actualité.

Et encore : à toutes les personnes qui font un travail de journaliste, il y a un gag au sujet des salles de rédaction qui pourrait être la plus grande « private joke » des films de cette année. Sachant que j’ai vu le film lors d’une projection-presse, j’ai bien cru que le ciel allait nous tomber sur la tête.

Le film sortira en France le 24 janvier prochain, sous le titre ‘Pentagon papers’.

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