Le fonds Soros quitte la Hongrie à cause de la « répression » du gouvernement
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Le fonds Soros quitte la Hongrie à cause de la « répression » du gouvernement

L'Open Society Foundations du philanthrope juif affirme qu'elle ne peut plus protéger ses activités et son personnel de l'ingérence, et prévoit de déménager à Berlin

Panneau publicitaire représentant le milliardaire juif George Soros, à Szekesfehervar, en Hongrie, dans le cadre d'une campagne gouernementale, le 6 juillet 2017. (Crédit : Attila Kisbenedek/ AFP/Getty Images)
Panneau publicitaire représentant le milliardaire juif George Soros, à Szekesfehervar, en Hongrie, dans le cadre d'une campagne gouernementale, le 6 juillet 2017. (Crédit : Attila Kisbenedek/ AFP/Getty Images)

La pression du gouvernement de Viktor Orban aura eu raison de décennies de présence en Hongrie pour la fondation du milliardaire juif George Soros qui déménage ses activités de Budapest à Berlin et dénonce la politique « répressive » des autorités hongroises.

La fondation Open Society (Open society Foundations – OSF), qui finance de nombreuses ONG en Hongrie et dans le monde, a annoncé mardi son départ avec des mots très durs pour l’hostilité croissante à laquelle elle est confrontée depuis plus d’un an dans ce pays.

Ses responsables disent faire face à « un environnement politique et juridique de plus en plus répressif en Hongrie » et jugent « impossible de protéger la sécurité des opérations et du personnel contre l’ingérence arbitraire du gouvernement », a déclaré Patrick Gaspard, président de l’OSF dans un communiqué publié mardi.

Si l’OSF dispose de succursales dans de nombreux pays, dont un important bureau à New York, le transfert de ses activités et d’une centaine d’employés de Budapest à Berlin a une portée hautement symbolique.

C’est en Hongrie, où il est né et dont il s’est exilé en 1946 après avoir échappé au nazisme, que le milliardaire américain George Soros, 87 ans, a démarré son activité philanthropique en 1984, sous le régime communiste.

Les pays de l’ancien bloc soviétique sont devenus, après la transition, le champ d’action privilégié de l’OSF, qui y a déversé des milliards d’euros au profit de réformes de l’économie, de la santé, de la justice et de l’éducation, de la promotion du droit des minorités et de la lutte contre la corruption.

A l’approche des législatives qui se sont déroulées le 8 avril, Viktor Orban, ancien dissident anti-communiste qui a bénéficié d’une bourse de Soros, a tourné sa vindicte contre l’homme d’affaires, qu’il a élevé au rang d’ennemi numéro un du pays.

Le thème de la lutte contre les prétendues tentatives de Soros visant à encourager l’immigration a dominé la campagne électorale au cours de laquelle Orban a déclaré que quelque 2 000 « mercenaires » payés par Soros travaillaient en Hongrie.

« Nous ne verserons pas de larmes de crocodile » sur l’annonce du départ d’OSF, a réagi le gouvernement hongrois dans une déclaration transmise à l’AFP.

« Campagne de haine »

Le Premier ministre hongrois, qui vient d’être largement réélu pour un troisième mandat consécutif, a fait du rejet de l’immigration, dans un pays qui n’accueille qu’une poignée de demandeurs d’asile, l’axe de sa campagne électorale à coup de formules choc contre « l’invasion migratoire ».

Il accuse George Soros de vouloir inonder la Hongrie et l’Europe d’immigrants, via les organisations qu’il finance.

Le gouvernement hongrois « a injecté plus de 100 millions d’euros de fonds publics dans une campagne de haine » destinée à « répandre des mensonges sur la fondation et ses partenaires », s’est indigné OSF mardi.

A l’été 2017, le visage du financier flanqué d’avertissements à la population a été placardé dans toute la Hongrie et des « questionnaires » contre Soros envoyés à tous les foyers. Cette campagne s’est notamment vu reprocher ses relents d’antisémitisme, Viktor Orban présentant George Soros, qui est juif, comme figure de « l’élite mondialiste » et des spéculateurs « sans patrie ».

Le gouvernement de Viktor Orban a affiché sa volonté de poursuivre son offensive contre le milliardaire et s’apprête à faire voter au Parlement un nouveau paquet législatif baptisé « Stop Soros » qui prévoit notamment de taxer les ONG « qui soutiennent l’immigration » et de faire surveiller leur personnel par les services de renseignement.

Les organisations de défense des droits en Hongrie et à l’étranger ont dénoncé ces propositions comme un moyen de sévir contre les groupes critiques à l’égard du gouvernement.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orban et les membres de son parti FIDESZ fêtent la victoire aux élections législatives du 8 avril 2018 à Budapest depuis le podium sur les rives du Danube. (AFP PHOTO/ATTILA KISBENEDEK)

Ces nouvelles contraintes à venir ont pesé dans la décision d’OSF de quitter le pays, a indiqué la fondation.

En 2017, plusieurs dispositions renforçant le contrôle gouvernemental sur les ONG bénéficiant de fonds étrangers avaient déjà ciblé les organisations soutenues par le financier américain. Ces ONG mènent des projets dans les domaines de l’éducation, de la santé, des médias, de la défense des droits ou de l’aide aux personnes vulnérables. L’OSF a indiqué mardi qu’elle continuerait de « soutenir » le travail de la société civile en Hongrie.

Pointé du doigt pour avoir muselé de nombreux contre-pouvoirs et porté atteinte à l’Etat de droit, Viktor Orban avait aussi fait adopter l’an dernier une loi controversée sur les universités étrangères qui pourrait à terme menacer la présence à Budapest de la prestigieuse Université d’Europe centrale (CEU), fondée par George Soros.

« Le gouvernement hongrois a dénigré et déformé notre travail et a réprimé la société civile au nom de l’intérêt politique, en utilisant des tactiques sans précédent dans l’histoire de l’Union européenne », a déclaré Patrick Gaspard.

OSF a déclaré que plus de 100 membres de son personnel à Budapest seraient impactés par le déménagement à Berlin, dont environ 60 % sont des ressortissants hongrois.

Toutes ces mesures ont valu à la Hongrie de sévères et nombreuses mises en garde de l’Union européenne.

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