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Le gouvernement Bennett envisage de reporter le verdict sur Sheikh Jarrah

Le cabinet de Bennett pourrait demander un report de 6 mois de la décision de la Cour suprême, attendu lundi, craignant qu'elle ne ravive les tensions avec les Palestiniens

Des centaines de Palestiniens et de militants juifs de gauche manifestent contre l'expulsion des résidents palestiniens de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le vendredi 16 avril 2021. (Aaron Boxerman/The Times of Israel)
Des centaines de Palestiniens et de militants juifs de gauche manifestent contre l'expulsion des résidents palestiniens de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le vendredi 16 avril 2021. (Aaron Boxerman/The Times of Israel)

Le gouvernement israélien pourrait chercher à reporter le verdict dans les affaires controversées d’expulsion de Sheikh Jarrah, a déclaré mardi au Times of Israël une source de la coalition proche du Premier ministre Naftali Bennett.

Quatre familles palestiniennes doivent être expulsées par les autorités israéliennes dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, sous réserve d’une audience finale de la Cour suprême lundi prochain.

Bien qu’aucune décision finale n’ait été prise par le bureau du Premier ministre, la source de la coalition a déclaré que le gouvernement de Bennett envisageait sérieusement de retarder cette audience. La source n’a pas précisé comment le gouvernement s’y prendrait pour assurer un tel report, mais a déclaré qu’il pourrait bien geler la procédure pendant six mois supplémentaires.

Les discussions au sein du bureau du Premier ministre sur cette question interviennent alors que Bennett prépare son premier voyage à la Maison Blanche en tant que Premier ministre. Aucune date n’a encore été fixée pour cette visite, mais il est plus probable qu’elle ait lieu à la mi-août, car la Knesset sera en vacances. Toutefois, si la décision d’aller de l’avant avec les expulsions est prise, le voyage aux États-Unis pourrait être compromis, étant donné la ferme opposition de Washington à cette mesure.

Les expulsions sont devenues un cri de ralliement pour les Palestiniens ces derniers mois et ont déclenché de violents affrontements à Jérusalem-Est qui se sont propagés bien au-delà de la ville contestée et ont été en partie responsables de l’embrasement entre Israël et les groupes terroristes de Gaza en mai.

Des tribunaux israéliens inférieurs ont déjà approuvé l’expulsion des quatre familles de Sheikh Jarrah, mais la Cour suprême n’a pas encore rendu sa décision.

Des centaines de Palestiniens et de militants juifs de gauche manifestent contre l’expulsion des résidents palestiniens de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le 16 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les tensions à Jérusalem-Est ont joué un rôle clé dans la récente escalade entre le Hamas et Israël. La situation de Sheikh Jarrah, ainsi que les affrontements sanglants sur le site sacré du mont du Temple, ont été cités par le groupe terroriste du Hamas comme l’une des raisons pour lesquelles il a tiré des roquettes en direction de Jérusalem au début du mois de mai, déclenchant 11 jours de combats avec Israël.

Un jour seulement avant que les roquettes du Hamas n’atteignent Jérusalem, la Cour suprême a annulé une audience qui aurait pu déterminer si les quatre familles palestiniennes allaient être expulsées.

Après que les familles ont demandé au procureur général Avichai Mandelblit de devenir partie à l’affaire, le bureau de Mandelblit a demandé à la Cour suprême d’examiner la question, mais a finalement décidé de ne pas le devenir.

Mandelblit a remis à la Cour un document scellé contenant les recommandations des « décideurs politiques concernés » concernant l’affaire Sheikh Jarrah. Selon le site d’information Walla, le document contenait des avis de hauts responsables de la sécurité israélienne avertissant que l’expulsion des familles pourrait entraîner une escalade des tensions entre Israéliens et Palestiniens.

Le Premier ministre Naftali Bennett dans le plénum de la Knesset pour une session spéciale en mémoire de Ze’ev Jabotinsky, le 13 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Au total, plus de 70 Palestiniens de Sheikh Jarrah doivent être expulsés dans le cadre de ces affaires. Les Palestiniens vivent dans des maisons construites sur des terrains qui, selon les tribunaux, appartenaient à des associations religieuses juives avant la création d’Israël en 1948.

Les nationalistes juifs de droite considèrent cette affaire comme une lutte pour étendre la présence juive à Jérusalem-Est par des moyens légaux. Les Palestiniens la considèrent comme faisant partie d’un projet visant à supprimer leur présence dans la ville. Le gouvernement israélien, quant à lui, a déclaré qu’il considérait les expulsions comme un litige immobilier pur et simple.

Le terrain sur lequel les quatre maisons ont été construites appartenait à des Juifs avant la guerre d’indépendance israélienne de 1948, lorsqu’il a été saisi par la Jordanie et loué à des familles palestiniennes. Après la prise de la région par Israël lors de la guerre de 1967, une loi israélienne de 1970 a transféré toutes les propriétés abandonnées encore détenues par le gouvernement jordanien, y compris les maisons de Sheikh Jarrah, à la garde du gouvernement israélien.

La loi obligeait en outre à restituer les propriétés aux propriétaires d’origine lorsque cela était possible. Les fiducies juives qui possédaient le site ont demandé qu’il leur soit rendu, ce qui a déclenché une bataille juridique de cinq décennies avec les résidents palestiniens, qui ont juré de rester sur place.

Selon Ir Amim, un groupe de défense des droits de l’homme de gauche qui se concentre sur Jérusalem, environ 200 familles de Jérusalem-Est sont menacées d’expulsion de la même manière, et les dossiers avancent lentement dans les instances administratives et les tribunaux israéliens.

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