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Le « grand remplacement », thèse complotiste aux origines néo-nazies

Après 1945, l'extrême droite radicale développe la thématique de la destruction de l'Europe par une "colonisation" d'immigrés africains, en la disant œuvre du complot juif

Les membres du Bataillon de volontaires finlandais de la division Viking des Waffen-SS pendant la Seconde guerre mondiale (Crédit : Wikipedia/domaine public)
Les membres du Bataillon de volontaires finlandais de la division Viking des Waffen-SS pendant la Seconde guerre mondiale (Crédit : Wikipedia/domaine public)

La thèse du « grand remplacement » supposé de la population européenne par une population immigrée, citée par Valérie Pécresse à son meeting dimanche, a été conçue par d’anciens nazis après la guerre, avant d’être popularisée après les attentats du 11 septembre 2001.

La candidate LR a redit lundi, comme dimanche, qu' »il n’y a pas de fatalité au grand remplacement et au grand déclassement » en expliquant qu’elle ne se « résignait pas justement aux théories d’Éric Zemmour et aux théories de l’extrême droite, parce que je sais qu’une autre voie est possible ».

Après 1945, l’extrême droite radicale va développer la thématique de la destruction de l’Europe par une « colonisation » d’immigrés africains, en la disant œuvre du complot juif, explique l’historien Nicolas Lebourg.

Après les attentats du 11 septembre 2001, ses partisans vont en extraire « l’argumentaire antisémite, pour le faire seulement mythe mobilisateur raciste et islamophobe », précise-t-il dans Médiapart.

Nicolas Lebourg, historien. (Capture d’écran YouTube)

« Dès 1946, des groupes d’anciens Waffen-SS affirmaient que désormais toute l’Europe était occupée par les ‘nègres’ (les soldats américains) et les ‘mongols’ (les soldats russes), et qu’il s’agissait de libérer le continent de ‘l’occupation’ par ‘une nouvelle résistance' ».

Mais c’est l’ancien trotskyste et ancien Waffen-SS français René Binet qui va diffuser, sur le plan international, la thématique d’un grand remplacement organisé par les juifs.

Après les attentats du 11 septembre 2001, les partisans de cette thèse accusent le « multiculturalisme », au lieu du métissage, pour avancer que les populations immigrées musulmanes vont « remplacer » les populations « blanches et chrétiennes ».

Le tueur de Christchurch en 2019 (ses attentats contre 2 mosquées avaient fait 51 morts) avait repris l’expression dans un manifeste, où il faisait référence à un « génocide blanc ».

Capture d’écran d’une vidéo retransmise le 15 mars 2019 montre le tireur Brenton Tarrant dans une voiture avant les fusillades massives dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. (Capture d’écran : Shooter’s Video via AP)

Cette thèse comporte un aspect complotiste car le « remplacement » est présenté « comme sciemment organisé par les ‘représentants de la superclasse mondiale' », note l’historienne Valérie Igounet dans une étude pour la Fondation Jean Jaurès.

L’écrivain Renaud Camus l’a popularisée dans un ouvrage publié en 2011 intitulé « Le grand remplacement », où il « insiste sur une +colonisation démographique+ ». « En d’autres termes, la France s’apprêterait à passer sous domination musulmane », explique Mme Igounet.

Parmi les mesures proposées par M. Camus pour faire échec au « remplacisme » figurent la suppression du droit du sol, l’abrogation du regroupement familial, l’interdiction d’adopter des enfants extra-européens, la création d’un haut-commissariat à la Remigration, ou l’attribution exclusive des aides sociales aux nationaux et ressortissants européens.

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