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Le Likud, mais pas Netanyahu, soutient la loi sur les bourses d’études des soldats

Le chef de l'opposition fait face à une rare rébellion au sein de son propre parti suite à sa décision de ne pas soutenir le projet de loi de la coalition

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le leader de l'opposition et chef du Likud, Benjamin Netanyahu, dirige une réunion de faction du Likud à la Knesset à Jérusalem, le 16 mai 2022. (Crédit: Olivier Fitoussi/Flash90)
Le leader de l'opposition et chef du Likud, Benjamin Netanyahu, dirige une réunion de faction du Likud à la Knesset à Jérusalem, le 16 mai 2022. (Crédit: Olivier Fitoussi/Flash90)

Le chef du Likud et chef de l’opposition Benjamin Netanyahu fait face à une rare rébellion ouverte au sein de son parti suite à sa décision de ne pas soutenir le projet de loi de la coalition visant à financer des bourses d’études pour les soldats israéliens récemment libérés.

Bien que soutenant idéologiquement le projet de loi, Netanyahu a fait valoir qu’il était plus important de montrer que le gouvernement, qui a récemment perdu sa majorité, est incapable de faire passer des lois que de faire avancer cette mesure spécifique.

Mais la question de la protection sociale et des avantages pour les soldats et les vétérans de Tsahal est une pierre angulaire pour de nombreux segments de la société israélienne ; s’y opposer ouvertement était trop pour de nombreux membres de la faction du Likud.

« Les soldats de Tsahal sont le mur de fer qui se dresse entre nous et nos ennemis et qui donne vie à l’État d’Israël », a tweeté mercredi le député Yoav Galant, un ancien général de Tsahal. « Je continuerai à mener l’effort pour persuader les membres du Likud de soutenir unanimement la proposition. »

Fateen Mulla, député du parti druze, a également tweeté qu’il soutiendra le « projet de loi et toute loi future qui bénéficie à nos soldats qui font beaucoup pour nous garder en sécurité. Je ferai de mon mieux pour que cette loi soit adoptée ! »

Conscients de la situation difficile dans laquelle se trouvaient les législateurs du Likud, le Premier ministre Naftali Bennett, le ministre de la Défense Benny Gantz et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid ont déclaré dans une déclaration commune qu’ils soumettraient le projet de loi à un appel nominal lundi.

Lors d’un vote par appel nominal, les noms des députés de la Knesset sont énumérés et chaque député vote à haute voix.

« Tous les soldats libérés et leurs familles pourront assister à la retransmission en direct des votes des députés du Likud », indique la déclaration, qui laisse entendre que les députés seraient publiquement humiliés s’ils votaient contre le projet de loi.

« Nous appelons les membres de l’opposition à mettre la politique de côté, pour le bien de nos soldats, hommes et femmes », poursuit le communiqué.

Des soldats israéliens en Cisjordanie, le 29 mars 2022. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Le programme de bourses d’études très populaire, appelé « MiMadim Lelimoudim« , ou « De l’uniforme aux études », vise à prendre en charge la quasi-totalité des frais de scolarité des anciens combattants, des soldats issus de « populations spéciales » et des combattants et combattantes qui ont terminé leur service militaire, dans le but d’obtenir un diplôme universitaire. Cette initiative de l’ancien chef d’état-major de Tsahal Gadi Eizenkot, a débuté en 2016 et visait à combler le fossé des opportunités éducatives liées aux disparités socioéconomiques des soldats.

Parmi les situations particulières visées par le projet de loi figurent les soldats issus de foyers économiquement défavorisés, les soldats druzes et arabes, les soldats isolés qui servent sans soutien familial en Israël et les soldats nouveaux immigrants.

Le financement était initialement assuré par des donateurs privés, mais afin de réduire les conditions imposées aux subventions, le gouvernement, dirigé par Gantz, souhaite désormais financer les bourses par le biais du ministère de la Défense. Pour entrer dans le budget de la Défense, les bourses d’études doivent être approuvées par la loi.

En réponse au débat au sein même du Likud sur la possibilité d’autoriser le projet de loi, Netanyahu a appelé Gantz mercredi après-midi à ouvrir des négociations sur l’adoption du projet de loi avec la coopération du Likud – à condition que la coalition augmente le projet de loi pour faire passer le financement de deux tiers des frais de scolarité à 100 % du montant.

Archives: des soldats israéliens de l’unité Nahal Haredi étudient à la base militaire Peles (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Le Likud a déjà fait cette suggestion, et comme par le passé, elle n’a pas été prise au sérieux par la coalition.

L’augmentation des bourses d’études à un financement complet ajouterait environ 50 millions de shekels supplémentaires au budget, selon des sources du Likud, de Kakhol lavan, et de la commission des affaires étrangères et de la défense, par laquelle le projet de loi a été préparé pour ses lectures finales.

Si l’on ne voit pas très bien pourquoi faire passer le niveau de financement à 100 % serait une entrave, les sources de la coalition ont rappelé que le programme a toujours prévu une couverture de 66 % des frais de scolarité. En outre, les soldats ont la possibilité d’autofinancer la partie des frais de scolarité restants à partir de leurs maanak chi’hrour, une allocation de fin de service qui est versée sous forme de chèque et peut être utilisée au bon vouloir du soldat et qui peut donc être immédiatement utilisé pour leur instruction, ou d’une deuxième allocation, appelée pikadon, un dépôt, qui est conservée sur un compte spécial et ne peut être retiré que dans certains cas, en l’occurrence pour financer des études.

Après que la coalition a annoncé qu’elle procéderait à un vote par appel nominal la semaine prochaine, le Likud a accusé Gantz de torpiller des négociations en coulisses.

Malgré un soutien massif au projet de loi, la coalition est gênée par la réticence du parti Raam à le soutenir.

Bien que le projet de loi ne vise qu’à financer des allocations d’éducation pour les anciens soldats – y compris les soldats arabes – le fait qu’il concerne l’armée suffit à le rendre sensible pour le parti arabe islamiste.

La semaine dernière encore, le parti Raam est revenu d’un « gel » de trois semaines de la coalition, en signe de protestation contre la gestion par l’État des affrontements entre la police et les Palestiniens sur le Mont du Temple à Jérusalem.

Le parti Raam est toutefois lié par les accords de coalition et a comblé ce fossé dans le passé, en apportant son soutien à une récente loi d’enrôlement visant à promouvoir la participation des Haredim- ultra-orthodoxes dans l’armée .

Le parti a refusé son soutien lundi, mais Raam aurait signalé qu’il pourrait soutenir un vote la semaine prochaine si la situation sécuritaire reste calme.

Cependant, au sein même du parti Raam, il n’y a pas encore d’accord.

L’un des quatre législateurs de Raam, le député Mazen Ghanayem, a déclaré que lui et son parti ne soutiendraient pas la loi.

Le député Mazen Ghanaim, au centre, discute avec le député Ahmad Tibi en séance plénière de la Knesset, le 5 janvier 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« C’est une loi qui devait être soumise au vote il y a deux jours, mais Raam s’y est opposé », a déclaré mercredi Ghanayem à la radio arabophone Radio Makan. « Nous allons voter contre, ce n’est pas un secret. Si Gantz et certaines parties de la coalition soumettent la loi au vote – ils échoueront. »

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