Le ministre de la Santé accusé d’avoir ignoré ses propres directives
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Le ministre de la Santé accusé d’avoir ignoré ses propres directives

Yesh Atid et Meretz demandent le renvoi du ministre de la Santé, testé positif au virus, après des informations portant sur sa présence à des prières en violation des mesures

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le ministre de la Santé Yaakov Litzman lors d'une conférence de presse sur le coronavirus au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 11 mars 2020. (Crédit : Flash90)
Le ministre de la Santé Yaakov Litzman lors d'une conférence de presse sur le coronavirus au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 11 mars 2020. (Crédit : Flash90)

Le ministre de la Santé Yakkov Litzman, qui a été testé positif au coronavirus mercredi soir, aurait violé les directives sur la distanciation sociale qui ont été émises par son propre ministère en assistant à des services de prière en groupe quelques jours avant que la maladie ne soit diagnostiquée chez lui, a clamé un reportage diffusé jeudi à la télévision.

Le test positif de Litzman oblige presque tous les politiciens, responsables et chefs de la Santé israéliens, sur le front dans la lutte contre la pandémie, à prendre des mesures de quarantaine préventive.

La même chaîne a cité un ministre accusant Litzman d’avoir « mis toutes nos vies en péril » en contrevenant aux restrictions.

Litzman, 71 ans, qui, jeudi soir, participait à une réunion au cabinet consacrée à la menace du virus via vidéoconférence depuis son domicile, serait en bonne santé. Son épouse est également infectée.

Des témoins ont fait savoir à la Douzième chaîne jeudi que le ministre de la Santé – à la tête du parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah – avait prié au domicile d’un membre de son mouvement hassidique Gour samedi dernier, soit trois jours après la mise en vigueur des mesures gouvernementales interdisant les services de prières dans des espaces fermés.

Le témoin a raconté que, si les fidèles avaient tenté d’appliquer les règles de la distanciation sociale, ils étaient tous restés ensemble pendant une heure et demie.

Lundi, après l’intensification des restrictions – qui interdisent dorénavant toutes les prières en groupe, que ce soit dans des espaces fermés ou ouverts – Litzman aurait encore été vu en train de prier dans une synagogue aux abords de son domicile.

« Mon père prie chaque jour à la synagogue ‘Beit Israel’ à Jérusalem, dans le quartier d’Ezrat Torah, et il m’a dit, lundi, qu’il avait prié avec Litzman », a déclaré un autre témoin à la Douzième chaîne.

Le bureau de Litzman a rejeté ces accusations et insisté sur le fait que le ministre adhérait aux directives du ministère de la Santé et notamment à celles relatives à la prière.

Les conclusions initiales de son enquête épidémiologique ont indiqué que le ministre avait contracté le virus vendredi dernier, dans une épicerie située aux abords de son domicile, dans le nord de Jérusalem. Ces résultats ne sont toutefois pas concluants.

« Lorsqu’il s’est rendu aux services, il peut très bien y avoir attrapé la maladie ou avoir contaminé d’autres gens », a dit un témoin habitant le même quartier que Litzman à la Douzième chaîne, prenant pour hypothèse que le ministre pouvait ne pas avoir révélé sa présence aux services de prière aux épidémiologistes.

« Certains ne savent pas qu’ils devraient être en quarantaine s’ils ont été en contact avec lui. Ils vont en contaminer d’autres, jusqu’à ce que ce soit le début d’une catastrophe dans les quartiers ultra-orthodoxes de Jérusalem », a-t-il ajouté.

Selon le reportage, les responsables ont refusé de révéler si le téléphone de Litzman avait été localisé numériquement – comme c’est le cas des Israéliens ordinaires dans le cadre d’une procédure d’urgence controversée – pour suivre ses déplacements.

La chaîne a cité un ministre qui a accusé Liztman d’avoir « méprisé les directives de son propre ministère en toute connaissance de cause » en ne se conformant pas aux mesures de distanciation sociale.

Le ministre, qui a conservé l’anonymat, a expliqué que Litzman a « mis toutes nos vies en péril ».

« Nous faisons tous très attention à bien suivre les directives, ces derniers temps. Et le ministre de la Santé se refuse pourtant à reconnaître la gravité de la situation et il nous met tous en danger en nuisant, en fin de compte, au processus même de la prise de décision », a ajouté le ministre.

Il a également fait savoir à la Douzième chaîne que le bureau de Litzman ne voulait pas révéler les résultats de l’enquête épidémiologique du chef ultra-orthodoxe. « On nous les cache », aurait-il déploré.

Conséquence de la contamination de Litzman au COVID-19, Netanyahu et la majorité des autres responsables israéliens chargés de gérer la réponse à la crise de la pandémie sont entrés en quarantaine.

Parmi eux, le directeur-général du ministère de la Santé Moshe Bar Siman-Tov ; le professeur Sigal Sadetzki, chef de la santé publique au sein du ministère ; le chef du Mossad, Yossi Cohen, dont l’agence de renseignements a été déterminante dans l’obtention de matériels médicaux pour Israël ; et le conseiller à la Sécurité nationale Meir Ben-Shabbat, chargé de coordonner la réponse gouvernementale à la pandémie.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec le ministre de la Santé Yaakov Litzman (à droite) et le directeur général du ministère de la Santé Moshe Bar Siman Tov lors d’une conférence de presse sur le coronavirus, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 11 mars 2020. M. Netanyahu explique comment le coronavirus peut se propager à partir d’un éternuement. (Crédit : Flash90)

Netanyahu, 70 ans, et Litzman appartiennent à une catégorie relativement vulnérable au coronavirus en raison de leur âge. Netanyahu venait tout juste de sortir d’une quarantaine préventive, mercredi, quand il a dû retourner à l’isolement.

Litzman a pris part à de nombreuses consultations et est apparu aux côtés de Netanyahu et de responsables de la santé du pays ces dernières semaines et ces derniers jours.

Il s’est rendu à la Knesset jeudi dernier, à l’occasion du vote sur le nouveau président du parlement – et certains s’inquiètent du fait qu’il ait pu exposer les autres députés au virus, même si le vote n’a eu lieu qu’en présence de dix personnes en plénière.

Litzman a également été interviewé récemment sur la Douzième chaîne, assis dans un studio avec l’ancien dirigeant de la Histadrout, Ofer Eini, et l’expert médical de la chaîne, l’ancien chef du ministère de la Santé Gabi Barabash. Les deux hommes se sont placés en quarantaine.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec le ministre de la Santé Yaakov Litzman, à Jérusalem, le 11 mars 2020. (Crédit : Flash90)

Netanyahu a insisté pour que Litzman, allié de longue date, conserve son poste au sein de la coalition d’unité actuellement en cours de négociation.

Le numéro un de Yesh Atid, Yair Lapid, a écrit jeudi sur Twitter que « si Bibi ne limoge pas Litzman de ses fonctions dès ce soir, ce gouvernement n’aura plus l’autorité morale de prendre en charge l’épidémie de coronavirus ».

Yoel Razvozov, membre de la faction de Lapid au parlement, a décrit « la logique de Netanyahu » dans le maintien de Litzman à son poste dans un tweet publié sur son compte : « Renvoyer un million de personnes en résultat des directives émises par le ministère de la Santé : pas de problème. Renvoyer la personne en charge des mêmes directives après qu’il les a lui-même violées, mettant en péril des vies humaines : pas question. »

Le président du Meretz, Nitzan Horowitz, a écrit dans un communiqué qu’un « ministre de la Santé qui contrevient aux directives qu’il a signées lui-même, et qui agit sur la base de considérations corrompues qui nuisent gravement à la santé publique, ne doit pas être autorisé à rester à son poste une journée de plus ».

Nitzan Horowitz, leader du Camp démocratique, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 12 août 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le Mouvement pour un gouvernement de qualité a expliqué qu’un ministre qui contrevenait de manière si flagrante aux mesures mises en vigueur par son propre bureau « n’a pas sa place dans un gouvernement… et surtout pas dans un gouvernement d’urgence ».

« Lorsque le ministre lui-même viole les instructions, alors elles n’ont plus aucune validité – morale ou juridique – aux yeux du public », a ajouté l’organisation.

De plus, une pétition réclamant le renvoi de Litzman, parue samedi sur Internet, regroupait presque 34 000 signatures jeudi soir.

Lors d’une rencontre du cabinet, il y a dix jours, Litzman aurait poussé Netanyahu à permettre que les synagogues restent ouvertes.

« Tant qu’il s’y trouve moins de dix personnes et qu’il y a une distance de plus de deux mètres entre elles, je ne vois pas la nécessité de changer les instructions », aurait clamé Litzman, selon une retranscription de la réunion qui a fuité.

Mais Netanyahu serait resté ferme.

« C’est nécessaire. Il n’y a pas d’autre choix. Les synagogues sont le plus grand foyer de contamination, avec les clubs et les magasins. C’est un grand foyer d’infections », a-t-il affirmé. « Il n’y a pas d’autre choix. »

Des policiers israéliens arrivent pour fermer des synagogues dans la ville de Bnei Brak, le 1 avril 2020. (Crédit : Yossi Zamir / Flash90)

Des officiels du ministère de Litzman, qui n’ont pas été identifiés, ont également accusé le ministre d’être au moins partiellement responsable de la situation dans le ville de Bnei Brak, majoritairement ultra-orthodoxe, devenue un épicentre de l’épidémie, estimant que le refus du chef de Yahadout HaTorah d’imposer des restrictions sur les déplacements avant la fête de Pourim, le mois dernier, avait permis l’organisation de célébrations massives qui avaient favorisé la propagation du virus.

Ils ont également vivement critiqué son refus de fermer les yeshivot et les mikvaot « avant que ce ne soit trop tard ».

Jeudi dans la matinée, un responsable du ministère de la Santé a déclaré que l’état de santé de Litzman était bon – et qu’il ne montre que des symptômes modérés depuis qu’il avait été testé positif au COVID-19.

Le ministre ultra-orthodoxe avait déjà été mis en cause, l’année passée, après avoir été accusé d’avoir exercé des pressions sur des responsables de son bureau dans l’affaire de la pédophile en série Malka Leifer. Ces médecins avaient été sommés de changer leurs expertises psychiatriques de manière à ce que cette femme, réclamée par l’Australie où elle doit être jugée pour crimes sexuels, soit considérée comme inapte à son extradition.

Leifer entretient des liens avec la secte Gour de Litzman.

Au mois de juillet dernier, la police avait recommandé que le ministre soit inculpé dans le dossier Leifer.

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