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Le projet de fibre optique de l’EAPC suscite la controverse

Les opposants affirment que la loi limite l'activité de l'Europe Asia Pipeline Company au transport et au stockage de pétrole brut ; l'entreprise insiste sur le fait que le projet fera d'Israël une plaque tournante régionale des communications

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Un terminal pétrolier de l'Eilat Ashkelon Pipeline Company à Eilat (CC BY 2.5 / Pikiwikisrael)
Un terminal pétrolier de l'Eilat Ashkelon Pipeline Company à Eilat (CC BY 2.5 / Pikiwikisrael)

L’Europe Asia Pipeline Company (EAPC) – une entreprise qui gère un réseau d’oléoducs entre Ashkelon, qui se trouve sur la côte méditerranéenne, et Eilat, une ville située au bord de la mer Rouge – mène actuellement une nouvelle bataille juridique et environnementale dans le but, cette fois-ci, de se lancer dans le secteur de la fibre optique.

L’entreprise publique souhaite installer six gaines en polyéthylène pour fibres optiques le long de ses oléoducs : deux contiendraient des fibres destinées à recueillir des informations en temps réel sur les menaces pesant sur l’infrastructure des oléoducs, et les quatre autres seraient louées à des instances de sécurité ou à d’autres entreprises, avec des visées commerciales.

Elle affirme vouloir utiliser son infrastructure terrestre, dans les déserts de l’Arava et du Néguev, pour créer un pont de communication international entre l’Europe, l’Asie et le monde arabe, renforçant ainsi le statut d’Israël en tant que centre régional de communication.

Un projet qui ne fait toutefois pas l’unanimité. Ainsi, le ministère de la Protection environnementale, l’Autorité israélienne de la Nature et des Parcs, deux autorités régionales, la Société pour la Protection de la nature en Israël et Keshet, une ONG menant ses activités à Mitzpe Ramon et sur les hauts plateaux du Néguev, dans le sud d’Israël, ont annoncé qu’ils y étaient défavorables.

Ils affirment que le mandat de l’EAPC se limite strictement « au transport et au stockage de pétrole » et que la construction de nouvelles infrastructures de télécommunications — même à des fins de surveillance intérieure — outrepasse ce mandat.

Selon certaines sources, la véritable raison expliquant l’intérêt porté par l’EAPC au secteur des télécommunications serait d’assurer sa pérennité lorsque l’exploitation du pétrole appartiendra au passé.

Le barrage pétrolier de l’Europe Asia Pipeline Company à Eilat, conçu pour attraper toute éventuelle marée noire avant qu’elle ne se répande plus largement dans la mer. (Crédit : Autorisation de l’EAPC)

Elles ont également précisé qu’aucune information n’avait été fournie concernant les infrastructures souterraines des bâtiments de contrôle et de commande nécessaires dans le cadre d’un tel projet ou concernant les installations techniques qui sont indispensables au fonctionnement des lignes de fibre optique.

Dans un appel qui a été déposé, le mois dernier, auprès du procureur général adjoint pour les affaires civiles au sein du ministère de la Justice, les avocats de l’Autorité de la Nature et des Parcs ont souligné que l’EAPC s’appuyait sur un plan datant de 2021, qui avait été intitulé EAPC 1000. Ils ont souligné qu’il ne s’agissait absolument pas d’un plan conventionnel qui avait franchi tous les stades d’examen nécessaires, mais d’une simple carte qui avait été approuvée via une procédure d’octroi de licence, en l’absence de toute évaluation environnementale et dans un contexte opaque. Ils ont affirmé que ce plan serait utilisé pour contourner l’étude, au point de vue environnemental, d’une tranchée de 260 kilomètres de long, évoquant une « exploitation cynique » de la loi.

Ils ont également expliqué que les lignes de fibre optique survivraient probablement aux oléoducs, ce qui prolongerait « sans aucune justification » la perturbation des zones protégées et des sites naturels, tout en imposant des restrictions aux exploitations agricoles, aux communautés et à leurs réserves de développement.

La fuite massive de pétrole dans la réserve naturelle d’Evrona, dans le sud d’Israël, en 2014. (Crédit : Ministère de l’Environnement)

Ils ont rappelé qu’il y avait eu des fuites de pétrole qui avaient été catastrophiques sur les pipelines de l’EAPC – dans la vallée de Zin en 2011 et à Evrona en 2014. Ils ont affirmé que ces désastres écologiques étaient la preuve que creuser une nouvelle fois le long des tronçons de 123 kilomètres – tronçons qui traversent des réserves naturelles, des cratères, des forêts et d’autres zones à haute valeur environnementale et paysagère – nécessiterait une planification et un examen très minutieux.

L’EAPC a rejeté les instructions données par le ministère de la Protection environnementale, qui réclamait une vaste étude d’impact, avec notamment l’examen d’alternatives. Les autorités ont aussi demandé à l’entreprise d’expliquer pourquoi la fibre optique prévue tout le long de la Route 90 ne pouvait pas être utilisée à des fins opérationnelles à la place.

L’EAPC affirme, pour sa part, qu’elle n’a pas besoin de permis de construire pour les deux gaines opérationnelles et qu’elle les creusera quoi qu’il arrive. L’ajout de quatre gaines commerciales aura un impact environnemental négligeable si la tranchée est déjà creusée, dit la firme.

Une source au sein de l’entreprise a indiqué au Times of Israel que la fibre optique améliorerait la surveillance environnementale. Le diamètre de chaque gaine n’est que de 50 millimètres, a-t-elle ajouté, et les gaines ne seront enfouies qu’à 1,20 mètre de profondeur.

Des employés réparent une canalisation dans le sud d’Israël, propriété de l’entreprise Europe Asia Pipeline Company, suite à une fuite de pétrole brut, le 30 août 2021. (Crédit : Ministère de la Protection environnementale)

Les fibres doivent se trouver à seulement quatre à cinq mètres des pipelines pour que la surveillance soit efficace, a-t-elle continué – soulignant que dans cette mesure, l’utilisation de lignes le long de la Route 90, à plusieurs kilomètres de là, n’était pas judicieux.

L’EAPC a soumis sa propre étude d’impact environnemental, affirmant que le président de la commission de planification du district sud en avait précisé le contenu.

« Le ministère de la Protection environnementale s’oppose au projet parce qu’il s’oppose à l’existence même de l’EAPC », a noté la source au sein de l’entreprise. « Le président de la Commission a contourné le ministère et il nous a dicté ce qu’il fallait inclure dans l’étude d’impact ». Elle a ajouté qu’elle disposait de documents pour prouver ses dires.

Les participants à une réunion de la Commission de planification du district, qui s’est tenue dimanche à Beer Sheva, ont passé la majeure partie de leur temps à discuter de la question de l’étude d’impact.

Shay Tachnai, qui dirige la Société pour la protection de la nature dans le district sud d’Israël. (Autorisation)

Shay Tachnai, responsable de la Société pour la protection de la nature dans le district sud d’Israël, a assisté à cette réunion. Il indique que contrairement à ce qu’affirme la source, l’EAPC a expliqué que la préparation de sa propre étude reposait sur un malentendu.

Selon Tachnai, le président de la Commission a demandé à la Commission de planification du district et au ministère d’examiner les documents de l’EAPC relatifs à l’étude. Il a expliqué qu’une nouvelle réunion à huis clos des membres du panel – elle aura lieu en l’absence des représentants de l’entreprise – serait organisée une fois cet examen terminé.

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