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Le Républicain Mehmet Oz souhaite devenir le premier sénateur musulman

Afin de rattraper son retard sur le favori démocrate soutenu par J Street, le candidat républicain a assuré qu’il ne ferait pas pression sur Israël

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Mehmet Oz, candidat républicain au Sénat américain en Pennsylvanie, participe à un événement de la Coalition républicaine juive à Philadelphie, le mercredi 17 août 2022. (Crédit : AP Photo/Matt Rourke)
Mehmet Oz, candidat républicain au Sénat américain en Pennsylvanie, participe à un événement de la Coalition républicaine juive à Philadelphie, le mercredi 17 août 2022. (Crédit : AP Photo/Matt Rourke)

PHILADELPHIE – Mehmet Oz a voulu rassurer sur sa bonne foi pro-israélienne lors d’un événement organisé à Philadelphie pour les électeurs juifs républicains, mercredi soir, alors que le candidat (Républicain) est en lice pour devenir le tout premier musulman élu au Sénat américain.

Des sondages récents montrent que le candidat démocrate, le gouverneur John Fetterman, devance l’ex-chirurgien cardiaque reconverti dans les émissions télévisées de grande écoute, alors que les deux hommes avaient commencé la course au coude à coude.

Oz a été accueilli par un public chaleureux rassemblé dans une salle de réception d’hôtel où quelque 300 personnes brandissaient des pancartes où l’on pouvait lire : « Les Juifs avec Oz » et « Pro-Israël, Pro-Oz » en hébreu et en anglais.

L’événement, organisé par la Coalition juive républicaine, avait programmé un échange sur scène entre Oz et l’ex-ambassadeur en Israël nommé par Donald Trump, David Friedman.

« Pour nous, il n’y a pas de scrutin plus important que celui de Pennsylvanie », a confié le directeur exécutif de la Coalition juive républicaine, Matt Brooks, au début de l’événement, rappelant que l’obtention du siège laissé vacant par le sénateur républicain retraité, Pat Toomey, serait indispensable aux Républicains pour reconquérir le Sénat.

Brooks a également tenu à souligner les antécédents d’Oz, assurant qu’« un musulman républicain serait plus pro-Israël que son adversaire démocrate, soutenu par J Street, John Fetterman ».

Mehmet Oz, à droite, candidat républicain au Sénat des États-Unis en Pennsylvanie, serre la main de l’ex-ambassadeur des États-Unis en Israël, David Friedman, lors d’un événement de la Coalition républicaine juive à Philadelphie, le 17 août 2022. (Crédit : AP Photo/Matt Rourke)

Dans la course contre Oz, binational americano-turc, Fetterman peut compter sur le lobby pacifiste du Moyen-Orient, ainsi que sur la majorité démocratique pour Israël, plus au centre.

Friedman a également manifesté son enthousiasme pour la candidature d’Oz, se disant « intrigué à l’idée d’un candidat musulman pro-Israël, d’un musulman très pro-israélien ».

Oz a pris soin de préciser qu’il se considérait comme un « musulman laïc », ajoutant que « dans la culture turque et islamique, il y avait un fort respect des valeurs judéo-chrétiennes ».

« Je suis fier, en tant que musulman laïc, d’être aujourd’hui devant vous et d’affirmer, comme le font nombre d’autres – chrétiens, juifs et musulmans – qu’Israël est une force qui apporte la lumière au monde », a-t-il déclaré sous un tonnerre d’applaudissements.

Oz a passé une grande partie de la soirée à dépeindre son adversaire comme un membre de « l’extrême gauche radicale » déconnecté des préoccupations des Pennsylvaniens.

« Sur la quasi-totalité des questions importantes, John Fetterman est aux antipodes de mes propres positions, avenir d’Israël compris», a assuré le candidat républicain.

Mehmet Oz, candidat républicain au Sénat des États-Unis en Pennsylvanie, participe à un événement de la Coalition républicaine juive à Philadelphie, le 17 août 2022. (Crédit : AP Photo/Matt Rourke)

« Ça ne le gêne pas que les États-Unis disent à Israël comment gérer ses affaires intérieures, en particulier sur la question palestinienne », a poursuivi Oz. « Je crois que les gens devraient pouvoir prendre des décisions importantes dans leur vie, comme ils le font pour leur santé. »

Fetterman a fait peu de déclarations publiques concernant ses positions pro-israéliennes, mais il a déclaré à Jewish Insider, en avril, qu’il s’opposait à subordonner l’aide américaine à Israël.

Rien ne permet de savoir précisément si Oz faisait référence aux Arabes israéliens ou aux Palestiniens vivant en Cisjordanie et à Gaza, mais toujours est-il qu’il a laissé entendre que le traitement des Palestiniens par Israël au-delà de la Ligne verte était une question de politique intérieure.

Lorsque Friedman a demandé au candidat républicain s’il s’opposait à la cession de terres de Cisjordanie aux Palestiniens, Oz a répondu qu’Israël ne devrait « abandonner aucun de ses territoires ».

L’ex-ambassadeur de Trump, partisan des implantations, a poursuivi en évoquant la question de l’aide américaine aux Palestiniens, arguant qu’elle devrait cesser, compte tenu des paiements effectués par l’Autorité Palestinienne aux personnes emprisonnées pour terrorisme ou aux familles de terroristes décédés.

Les États-Unis ne versaient plus d’aide à l’AP depuis 2014, mais effectuait des dons à l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens ainsi qu’à des causes humanitaires en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est.

Le gouverneur de Pennsylvanie, John Fetterman, candidat démocrate au Sénat des États-Unis, après avoir été présenté par sa femme Gisele Barreto Fetterman, à droite, lors d’un rassemblement à Erie, Pennsylvanie, le vendredi 12 août 2022. (Crédit : AP Photo/Gene J. Puskar)

L’administration Trump a mis un terme à ces versements, relancés par le président Joe Biden. Oz a indiqué qu’il était favorable à ce qu’il « fasse marche arrière ».

Oz a adopté une position similaire concernant l’accord nucléaire iranien, que Biden cherche à réintégrer.

En 2018, Trump s’est retiré de l’accord, qui conditionnait l’allègement des sanctions à des restrictions sur le programme nucléaire iranien, et a lancé une campagne de sanctions de « haute intensité » contre Téhéran, qui a conduit la République islamique à reprendre son programme nucléaire en violation ouverte de l’accord.

« Pourquoi rendre tout l’argent bloqué pendant tant d’années et leur permettre de reprendre la militarisation de leurs forces armées à marche forcée, au risque d’exposer Israël à un grand danger ? », a-t-il interrogé.

« Je ne comprends toujours pas pour quelle raison Joe Biden veut nous remettre dans cet accord. Le plus dur a été d’en sortir. Trump l’a compris, et même mon adversaire John Fetterman est d’accord. »

C’est la seule fois où Oz a mentionné l’ex-président au cours de l’événement, qui a duré environ une heure, dans ce qui peut être interprété comme un appel du pied aux électeurs plus centristes.

Trump a soutenu Oz lors de la primaire républicaine. Ce dernier a tenu à faire valoir que Fetterman, qui a soutenu le sénateur Bernie Sanders lors de la primaire présidentielle de 2020, était une figure marginale de son parti, rappelant que lui, s’était engagé avec des Démocrates conservateurs.

Il n’a fait aucune mention du candidat républicain au poste de gouverneur de Pennsylvanie, Doug Mastriano, qui a également chuté dans les sondages suite à des révélations faisant état de liens avec des complotistes d’extrême droite, dont la plate-forme de réseaux sociaux Gab, sur laquelle le tireur de la synagogue Tree of Life a publié des discours antisémites.

Le sénateur Doug Mastriano, candidat républicain au poste de gouverneur de Pennsylvanie, prend la parole lors d’un rassemblement électoral à Chambersburg, en Pennsylvanie, le 17 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Carolyn Kaster)

Brooks, le directeur de la Coalition juive républicaine, a reconnu que son groupe avait quelques « doutes » concernant Mastriano, qui devra rassurer « la communauté juive [quant à sa position] sur l’antisémitisme ».

Il a ajouté que les électeurs faisaient la différence entre les deux scrutins et qu’Oz l’emporterait sur Fetterman lors des élections de novembre.

Fetterman souffre de problèmes de santé et a été victime d’un grave accident vasculaire cérébral quelques jours seulement avant la primaire démocrate de mai. Il a fait une de ses premières apparitions publiques depuis mai lors d’un rassemblement de campagne, la semaine dernière, où les médias ont souligné sa capacité à tenir debout pendant toute la durée de son discours de 11 minutes.

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