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Le soldat qui a blessé un manifestant de gauche reçoit un blâme

Selon une enquête de l'armée, le commandant a commis une erreur en dispersant les émeutes, bousculant les manifestants lors d'un rassemblement vendredi dans le sud d'Hébron

Le militant israélien Eli Ziv, de l’organisation Combattants pour la paix, blessé au sol après avoir été bousculé par un soldat israélien lors d'une manifestation dans le sud de la ville d'Hébron, en Cisjordanie, le 17 septembre 2021. (Crédit : HAZEM BADER / AFP)
Le militant israélien Eli Ziv, de l’organisation Combattants pour la paix, blessé au sol après avoir été bousculé par un soldat israélien lors d'une manifestation dans le sud de la ville d'Hébron, en Cisjordanie, le 17 septembre 2021. (Crédit : HAZEM BADER / AFP)

L’armée israélienne a annoncé dimanche avoir prononcé un blâme contre le soldat qui a poussé à terre un manifestant de gauche âgé de 65 ans lors d’une manifestation en Cisjordanie vendredi, entraînant l’hospitalisation du militant.

L’armée s’est toutefois abstenue de prendre des mesures disciplinaires plus contraignantes, affirmant que les manifestants avaient tenté d’attaquer les soldats – une accusation que les militants nient avec véhémence. Environ 40 manifestants ont participé au rassemblement, qui visait à sensibiliser aux inégalités d’accès à l’eau entre Palestiniens et Israéliens dans la région.

Des vidéos de la dispersion forcée de la manifestation ont été largement diffusées au cours du week-end, et des militants de gauche et des parlementaires ont accusé les soldats présents sur place d’avoir fait usage d’une force excessive. L’armée a soutenu que ces vidéos étaient biaisées et ne montraient pas la violence des manifestants, mais n’a fourni aucune preuve pour étayer ses affirmations.

« Le commandant qui a répondu à l’incident est un officier très respecté et décoré. L’enquête a déterminé qu’il avait commis une erreur et qu’il avait agi d’une manière qui n’était pas conforme aux normes de l’armée », a déclaré celle-ci dans un communiqué émis dimanche soir.

« Au vu de ces faits, il a été décidé que l’officier recevrait un blâme par ses commandants », a conclu l’armée.

L’enquête a été supervisée par le brigadier général Yaniv Alaluf, commandant du bataillon de Cisjordanie, plutôt que par la police militaire, qui enquête habituellement sur les incidents qui ont pu impliquer un comportement criminel.

Le groupe de gauche Combattants pour la Paix – qui a organisé la manifestation – a critiqué les résultats de l’enquête, affirmant que l’organisation n’avait même pas été contactée dans le cadre de l’enquête afin de livrer sa version des faits.

« Nous appelons à l’intervention immédiate du ministre de la Défense dans cette décision honteuse », a déclaré le groupe dans un communiqué.

L’armée israélienne a confirmé que son enquête avait seulement été menée de façon interne et qu’elle n’avait parlé à aucun des manifestants présents sur place.

L’armée a rapporté que son enquête initiale avait déterminé qu’à l’avenir, afin d’empêcher tout affrontement entre soldats et civils israéliens, la police israélienne devrait être appelée à la place. En effet, l’armée essaie généralement d’éviter d’envoyer ses troupes dans de telles situations – qu’il s’agisse de manifestants de gauche ou de droite – afin de ne pas placer les militaires au cœur d’un combat politique.

Tuly Flint, activiste de gauche, est arrêté par les soldats israéliens près de la ville d’al-Tuwani en Cisjordanie, dans le sud des collines de Hébron, le 18 septembre 2021. (Autorisation)

Plusieurs militants israéliens de gauche et des Palestiniens ont été blessés lors de la manifestation organisée vendredi après-midi dans le sud de Hébron après que l’armée israélienne a tiré des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes afin de disperser la foule. Cinq Israéliens ont été arrêtés avant d’être libérés sans être inculpés.

« Cela fait quarante ans que je participe à des manifestations dans les Territoires occupés. Mais je n’avais jamais assisté à un tel déferlement de violence à l’encontre de manifestants israéliens », a déclaré Mossi Raz, parlementaire du Meretz, qui s’était rendu à ce mouvement de protestation.

L’armée a déclaré que des manifestants avaient bloqué la route menant à l’avant-poste illégal d’Avigayil en Cisjordanie, qui se trouve à proximité de plusieurs villes palestiniennes. Dans un communiqué émis dimanche soir, l’armée israélienne a déclaré que les soldats avaient été « violemment attaqués » par des manifestants.

Cependant, plus tard, l’armée a semblé revenir légèrement en arrière, affirmant que les manifestants avaient « bloqué des routes, tenté d’attaquer des soldats, injurié, menacé » et que certains militants s’étaient même « allongés sur les roues de véhicules militaires et avaient refusé d’évacuer ».

De leur côté, les manifestants ont nié avoir attaqué les soldats. L’un d’entre eux a estimé que ces accusations avaient été « fabriquées de façon honteuse ».

Des militants israéliens et palestiniens manifestent contre le manque d’approvisionnement en eau dans le sud de la ville d’Hébron en Cisjordanie, le 17 septembre 2021. (Crédit : HAZEM BADER / AFP)

« S’ils affirment cela, qu’ils présentent donc une seule vidéo montrant de la violence », a déclaré Tuly Flint, activiste israélien du groupe de gauche Combattants pour la paix qui a aidé à organiser la manifestation et ancien commandant d’infanterie de l’armée israélienne.

Dans les vidéos de l’incident, on peut voir le commandant israélien pousser à plusieurs reprises des manifestants – apparemment pacifiques – hors de la route menant à l’avant-poste.

Dans une vidéo, il pousse au sol Eli Ziv, manifestant de gauche âgé de 65 ans. Ziv a ensuite été hospitalisé à Tel Aviv pour des fractures et des blessures au visage. Il doit subir une intervention chirurgicale cette semaine.

Alors que l’armée israélienne a finalement décidé de blâmer l’officier pour avoir poussé Ziv, l’armée a qualifié la vidéo de « partielle et non représentative des émeutes et de la violence perpétrées contre les forces militaires ».

Néanmoins, l’enquête militaire a finalement conclu que l’utilisation de gaz lacrymogène et de grenades assourdissantes était injustifiée. Plusieurs manifestants ont été blessés par le lancement de capsules de gaz dans la foule – notamment deux Palestiniens qui ont été directement touchés, ont indiqué des militants.

Des soldats israéliens tirent du gaz lacrymogènes sur des manifestants de gauche près d’al-Tuwani dans le sud d’Hébron, le 17 septembre 2021. (Crédit : Ghassan Bannura)

Les militants de gauche ont contesté le récit militaire, affirmant que les soldats israéliens avaient commencé à tirer du gaz lacrymogène alors qu’aucune provocation n’avait eu lieu, environ deux minutes après le début de la manifestation.

« Il n’y a pas eu d’appel préalable à se disperser, rien du tout. La première chose venue d’eux, ça a été les jets de cartouches de gaz lacrymogène et le lancement des grenades incapacitantes », a continué Flint.

Cinq manifestants – dont Flint – ont été arrêtés pendant le mouvement de protestation. L’armée a fait savoir que c’était la police israélienne qui avait procédé à ces arrestations, mais des photos montrent les activistes, les yeux bandés, détenus par les soldats.

Dans le cas de Flint, des images montrent un soldat plaçant son genou sur son cou au moment de son arrestation par les militaires. Tous les activistes ont été libérés plusieurs heures plus tard, sans être inculpés.

« Nous n’avons pas résisté. Nous croyons en la non-violence, nous ne résistons pas aux forces de l’ordre. M’immobiliser au sol et me poser le genou sur le cou – c’était totalement inutile », a déclaré Flint.

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