Le soutien d’un collaborateur nazi représente l’Ukraine à un colloque sur l’Holocauste
Rechercher

Le soutien d’un collaborateur nazi représente l’Ukraine à un colloque sur l’Holocauste

Les Juifs ukrainiens protestent contre la présence de l'historien d'état Volodymyr Vyatrovych qui avait rendu hommage au leader du pays pendant la Deuxième guerre mondiale

Volodymyr Vyatrovych, historien à la tête d'un institut ukrainien public. (Crédit : CC BY-SA/Wikimedia)
Volodymyr Vyatrovych, historien à la tête d'un institut ukrainien public. (Crédit : CC BY-SA/Wikimedia)

Les Juifs ukrainiens protestent contre la participation à un colloque international consacré à l’Holocauste d’un historien d’état qui avait rendu hommage à un collaborateur nazi et chef d’escouade, dont les soldats avaient massacré des Juifs.

Eduard Dolinsky, directeur du comité juif ukrainien, a dénoncé la semaine dernière la présence attendue de Volodymyr Vyatrovych, directeur de l’Institut ukrainien de la mémoire nationale, lors d’une conférence organisée cette semaine à Paris et intitulée : « L’Holocauste en Ukraine : De nouvelles perspectives sur les maux du 20ème siècle ».

Vyatrovych, à la tête de cette institution publique depuis 2014, « est un falsificateur et un manipulateur des faits historiques qui a non seulement reproché aux Juifs la Grande Famine, mais qui nie l’idéologie et les pratiques antisémites » de l’Organisation des nationalistes et de l’armée insurrectionnelle ukrainienne, a expliqué Dolinsky dans un communiqué.

Connus respectivement sous les sigles OUN et UPA, les deux groupes avaient combattu durant la première moitié du 20e siècle la domination soviétique et brièvement collaboré avec les forces d’occupation nazies avant de se retourner contre elles. Encouragées par les vitupérations antisémites d’un grand nombre de ses dirigeants, les troupes de l’UPA ont assassiné des milliers de Juifs dans les années 1940, selon le Centre Simon Wiesenthal.

Dans une interview publiée au mois de janvier dans le magazine Novoy Vremya, Vyatrovych avait nommé Roman Shukhevych, ancien chef de l’UPA, comme étant l’une des cinq « personnalités éminentes ayant changé le cours de l’Histoire », aux côtés de Winston Churchill, Johannes Gutenberg, Vaclav Havel et Elon Musk. Selon certains historiens, l’épouse de Shukhevych aurait porté secours à une femme juive durant l’Holocauste.

Selon le professeur d’histoire de l’université de Yale Timothy Snyder, les miliciens de l’UPA ont assassiné des milliers de Polonais et de Juifs sous les ordres de Shukhevych.

Aujourd’hui, Shukhevych et d’autres nationalistes de l’époque de l’Holocauste sont considérés en Ukraine comme des héros en raison de leur opposition aux Soviétiques. Ce sentiment s’est encore accru après le renversement, en 2014, de l’ancien président Viktor Yanukovych au cours d’une révolution menée par des nationalistes qui s’opposaient à sa corruption et à une subordination apparente du pays à la Russie.

Simon Wiesenthal Center's Efraim Zuroff. (Photo credit: JTA via Creative Commons)
Efraim Zuroff. (Crédit : JTA via Creative Commons)

La déférence devant les collaborateurs des nazis et les tentatives de placer à égalité nazisme et communisme ont proliféré dans les pays du bloc de l’est ces dernières années. Dans certains de ces pays, les tentatives visant à introduire de telles équivalences ont également servi à passer sous silence le soutien populaire et même l’enthousiasme qu’avait pu susciter le meurtre des Juifs durant l’Holocauste, selon Efraim Zuroff, directeur de la section Israël et Europe de l’est du Centre Simon Wiesenthal .

La semaine dernière, le gouvernement de la Croatie, pays dont le gouvernement avait collaboré avec les nazis, a établi un organisme qui sera responsable de l’émission de « recommandations pour la régulation légale de l’utilisation […] des insignes et des symboles des régimes non-démocratiques », un langage qui partout ailleurs dans la région a été utilisé dans des législations interdisant les symboles nazis et communistes.

En Slovaquie, une institution publique scientifique et culturelle a retiré le mois dernier d’internet une vidéo qu’elle avait produite, affirmant que les Juifs du pays auraient été tués même sans la formation du protectorat slovaque du collaborateur nazi Jozef Tiso. La vidéo, intitulée « sans le 14 mars », en référence à la date à laquelle l’Etat avait été établi en 1939, avait été rapidement dénoncée par des groupes antifascistes et par plusieurs organisations juives.

La même institution, Matica Slovenská, a annoncé qu’elle prévoyait de diffuser une nouvelle vidéo consacrée aux atrocités soviétiques.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...