Israël en guerre - Jour 148

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Le témoignage de Sylvain Vergara, rescapé de Buchenwald, publié 30 ans après sa mort

Le jeune homme a été arrêté à Paris par la Gestapo en octobre 1943 comme résistant à l’âge de 18 ans - il aurait notamment participé à des sabotages de trains allemands

En 1985, Elie Wiesel écrivait à Sylvain Vergara : « J’ai lu votre manuscrit, je le trouve bouleversant, vibrant de vérité – il faut le publier. »

Ce n’est que 37 ans plus tard, et 30 ans après la mort de Sylvain Vergara, que ce récit intitulé Les chemins de l’aube, précieux, d’une qualité littéraire rare, a enfin été publié l’été dernier.

Seul un extrait en avait été publié en 1964 dans la revue Esprit.

Le jeune homme a été arrêté à Paris par la Gestapo en octobre 1943 comme résistant à l’âge de 18 ans – il aurait notamment participé à des sabotages de trains allemands. Il a été emprisonné à Fresnes, torturé puis déporté en février 1944, dans le cadre du programme « Nuit et brouillard », nom de code des « directives sur la poursuite pour infractions contre le Reich ou contre les forces d’occupation dans les territoires occupés », appliqué aux opposants politiques destinés à être éliminés. D’abord passé par le camp de transit de Neue Bremm, il est par la suite arrivé à Buchenwald le 15 mars 1944.

Dans son témoignage, dans lequel il s’est rebaptisé Emmanuel, il évoque le quotidien et l’horreur du camp, où son très jeune âge suscite la pitié. Il raconte comment un médecin belge, Léon Cardyn, l’a sauvé de la dysenterie en lui faisant ingurgiter du charbon et quelques miraculeux grammes de sucre.

The front gate at Buchenwald whose inscription reads, 'To Each What He Deserves.' (Photo credit: courtesy of Paul Paul Pugliese)
L’inscription sur le fronton du camp de Buchenwald, sur laquelle est écrit : « À chacun ce qu’il mérite. » (Crédit : Paul Paul Pugliese)

Sylvain Vergara a été l’un des plus jeunes internés non-juifs de Buchenwald, dont il a été libéré le 11 avril 1945, alors qu’il ne pesait plus que 40 kilos. Il est rentré un mois après à Paris, où il a retrouvé sa famille. Marqué à vie par cette épreuve, il n’a rien écrit d’autre que ce témoignage, rédigé au tout début des années 1960 alors qu’il désespérait de faire entendre sa voix – mais il n’a jamais trouvé d’éditeur, alors que les maisons d’édition avaient déjà publié un certain nombre de témoignages sur la Shoah.

« Il n’était pas heureux. Il faisait des cauchemars terribles, il était dépressif. C’était douloureux pour lui de ne pas pouvoir témoigner », a exprimé sa fille, Anne Vergara, qui a témoigné à différentes occasions à l’occasion de la parution du livre.

« Mon père est né en 1924, à Asnières-sur-Seine, son père était pasteur au temple de l’Oratoire du Louvre. Il est le dernier d’une fratrie de sept enfants, et a une sœur jumelle Sylvie. Son père, le pasteur Paul Vergara, avec sa femme Marcelle, sauve des enfants juifs. Ils recevront la médaille des Justes, et le 12 février une plaque sera dévoilée à Paris en leur mémoire. Leur gendre, Jacques Bruston est aussi un résistant actif, il sera déporté à Mauthausen et exécuté », a-t-elle expliqué au journal Midi Libre.

Après la guerre, « il épousera Yvonne, ma mère, qui était la meilleure amie de Sylvie, la sœur jumelle de Sylvain. C’est assez incroyable qu’il fonde une famille, nous sommes six enfants, trouve un emploi, etc, après avoir vécu ça ».

The Oscar-nominated documentary "Liberators" falsely claimed a battalion of African-American soldiers had helped to free the Buchenwald concentration camp. (US Army, US Defense Visual Information Center, Image #HD-SN-99-02764, Wikimedia Commons)
Des prisonniers du camp de concentration de Buchenwald quelques jours après la libération. (Crédit : US Army, la défense de Visual Information Center des États-Unis, Image # HD-SN-99-02764, Wikimedia Commons)

Il n’a jamais caché son histoire à ses enfants. « À 8 ou 9 ans, nous avons entendu des récits glaçants. Il était très favorable à l’Europe, il savait l’importance de construire la paix. J’ai lu son texte quand j’avais 20 ans. Mon père était hautement traumatisé. Les camps, c’était tout le temps là », a décrit sa fille.

« Ce texte évoquera probablement à bien des lecteurs La Nuit de Wiesel ou Si c’est un homme de Primo Levi. Nous avons choisi de le publier ‘brut’, tel qu’il a été écrit, pour que chacun puisse ainsi découvrir librement une ‘voix’ qui mérite de devenir un classique de cette ‘littérature du témoignage’ qui a marqué le XXe siècle », écrit Ampelos, la petite maison d’édition spécialisée qui publie l’ouvrage.

Sylvain Vergara est mort à Nîmes en 1993 et repose au cimetière protestant de la ville. Avant sa mort, il avait brulé ce qu’il pensait être les derniers exemplaires de son livre – publié alors à compte d’auteur –, brisé après ne pas être parvenu à trouver un éditeur de son vivant.

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