Le titre honorifique de Juste parmi les Nations échappe au frère de Goering
Rechercher

Le titre honorifique de Juste parmi les Nations échappe au frère de Goering

Albert, le frère de Hermann Goering, le commandant de la Luftwaffe d'Hitler, aurait sauvé des centaines de personnes du régime nazi

Albert Goering (Crédit : http://www.warrelics.eu/forum/history-research-3-reich-ww2/goering-saved-some-jews-18008/)
Albert Goering (Crédit : http://www.warrelics.eu/forum/history-research-3-reich-ww2/goering-saved-some-jews-18008/)

Un futur documentaire de la BBC devrait mettre en lumière l’histoire remarquable d’Albert Goering – le frère du ministre nazi et chef de l’armée de l’air, Hermann Goering – qui aurait sauvé des centaines de Juifs et de dissidents politiques pendant la Seconde Guerre mondiale.

Cependant, en dépit des preuves démontrant les efforts d’Albert pour permettre aux Juifs et à d’autres personnes d’échapper aux nazis, il ne correspond pas aux critères pour obtenir la nomination du titre de Justes parmi les Nations, la plus haute distinction décernée par le Mémorial de l’Holocauste Yad Vashem à Jérusalem, l’institut officiel de l’Holocauste.

« Il y a des indications qu’Albert Goering avait une attitude positive envers les Juifs et qu’il a aidé certaines personnes, mais il n’y pas de preuve suffisante, à savoir, des sources primaires, démontrant qu’il a pris des risques extraordinaires pour sauver des Juifs du danger de la déportation et de la mort », a déclaré Yad Vashem au Times of Israel lundi.

Les rapports de la Gestapo, les enregistrements des interrogatoires de l’armée américaine et les témoignages des survivants suggèrent que le jeune Albert Goering a risqué sa vie pour sauver les victimes du régime nazi en obtenant un permis de sortie pour les Juifs et le transfert de leurs actifs hors d’Allemagne.

Par exemple, il aurait obtenu la libération de son ancien patron juif, Oskar Pilzer, et aurait aidé Pilzer et sa famille à s’enfuir d’Allemagne. Il existe des preuves qu’Albert Goering a également utilisé ses connexions familiales pour sortir des prisonniers juifs des camps de concentration et empêcher la Gestapo d’enquêter sur ses activités.

Hermann Goering (à gauche), Adolf Hitler et Albert Speer, en août 1943 (Crédit : Wikipedia)
Hermann Goering (à gauche), Adolf Hitler et Albert Speer, en août 1943 (Crédit : Wikipedia)

Le journaliste de la BBC, Gavin Esler, a détaillé la remarquable histoire d’Albert Goering dans une émission qui sera diffusée à Radio 4 mercredi, date de la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste.

Dans un article retraçant son intérêt pour l’histoire de la famille Goering publié par le Daily Mail, dimanche, Esler a rapporté une anecdote remarquable – que le père d’Albert Goering était Juif, la conséquence d’une relation adultère entre sa mère, Fanny, et Hermann von Epenstein, un médecin et un homme d’affaires.

Le mari de Fanny, Heinrich était dans le service diplomatique allemand et a servi comme consul à Haïti et en tant que gouverneur général du protectorat allemand dans le Sud-Ouest africain allemand – qui est devenu la Namibie aujourd’hui. Epenstein a agi en tant que ‘gardien’ de la famille pendant que Heinrich exerçait ses fonctions à l’étranger.

Kesler a écrit que la seule fille d’Albert, Elizabeth Goering Klasa, a affirmé que son père a dit à sa mère qu’il n’était pas le fils de Heinrich mais d’Epenstein, faisant de Hermann son demi-frère.

La révélation rajoute une touche d’héroïsme aux actes d’Albert pendant la guerre puisqu’en vertu de la doctrine génocidaire antisémite des nazis, avoir seulement un grand-parent juif était suffisant pour condamner une personne au titre qu’elle était ‘suffisamment’ juive.

Adolf Hitler et Goering sur le balcon de la Chancellerie, Berlin, le 16 mars 1938 (Crédit : Wikipedia)
Adolf Hitler et Goering sur le balcon de la Chancellerie, Berlin, le 16 mars 1938 (Crédit : Wikipedia)

Expliquant pourquoi il n’était pas prêt à honorer Albert Goering, Yad Vashem a déclaré au Times of Israel que « le titre de Juste parmi les Nations est décerné par une commission spéciale, composée de survivants de l’Holocauste, de chercheurs et d’historiens, et qui est présidée par un juge de la Cour suprême à la retraite, qui opère selon un ensemble bien défini de critères et de règles ».

« Chaque histoire de sauvetage est soigneusement examinée pour voir si elle répond aux critères, le plus fondamental étant que la personne doit avoir risqué sa vie pour sauver des Juifs de la déportation et du meurtre. Les histoires doivent être étayées par des témoignages de survivants ou des documents d’archives de l’époque. Seule une telle documentation, à savoir, des sources primaires, peut fournir une base pour une telle reconnaissance.

« Jusqu’à présent, Yad Vashem n’a reçu aucune documentation qui pourrait permettre au cas [d’Albert Goering] d’être présenté à la commission ».

Yad Vashem a noté que « les livres ou les articles sont du travail d’analyse et d’interprétation et ne peuvent donc pas être utilisés dans le but de faire reconnaître le titre de Justes ».

Après la guerre, Albert Goering a passé deux ans en prison tandis que les autorités alliées étudiaient son histoire.

Son frère aîné, qui a dirigé l’armée de l’air de l’Allemagne pendant la guerre, a été le deuxième nazi de plus haut rang à être jugé à Nuremberg, s’est suicidé en 1946, dans la nuit où il devait être pendu.

Il a été rapporté que le jeune Goering, accablé par son nom de famille et son héritage tristement célèbre, est devenu dépressif et alcoolique après la guerre. Il est mort en 1966.

Albert Goering (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Albert Goering (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Plus de 26 000 personnes ont été désignées comme « Justes parmi les Nations », le plus célèbre étant Oskar Schindler, dont les efforts pour sauver plus de 1 000 Juifs ont été documentés dans le film de Steven Spielberg de 1993 « La Liste de Schindler », et Raoul Wallenberg, un diplomate suédois qui aurait sauvé au moins 20 000 Juifs avant de disparaître mystérieusement.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...