Le vaccin israélien achève ses premiers essais sans effets secondaires majeurs
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Le vaccin israélien achève ses premiers essais sans effets secondaires majeurs

L'Institut du ministère de la Défense va commencer la seconde phase d'essais en testant le vaccin contre la COVID-19 sur mille personnes ; la 3e phase est prévue au printemps

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Hala Litwin, infirmière du centre médical de Sheba, injecte un vaccin expérimental contre le coronavirus au premier sujet humain testé en Israël, Segev Harel, le 1er novembre 2020. (Crédit :Ministère de la Défense)
Hala Litwin, infirmière du centre médical de Sheba, injecte un vaccin expérimental contre le coronavirus au premier sujet humain testé en Israël, Segev Harel, le 1er novembre 2020. (Crédit :Ministère de la Défense)

L’Institut israélien de recherche biologique a terminé avec succès la Phase I des essais de son vaccin contre le coronavirus dans la journée de lundi. Il prévoit maintenant d’élargir ses essais sur environ 1 000 volontaires au cours de la Phase II, a indiqué le ministère de la Défense.

« Durant cette première phase, aucun effet secondaire significatif n’a été identifié et deux commissions d’experts, une intérieure et une extérieure, ont recommandé d’approuver le lancement de la deuxième phase. L’institut a donc terminé toutes les préparations nécessaires et il est dorénavant prêt à lancer immédiatement la deuxième phase », a expliqué le ministère dans un communiqué.

Pendant ces premiers essais, le vaccin du laboratoire d’Etat a été administré à 80 personnes dans les hôpitaux Hadassah de Jérusalem et au centre médical Sheba de Ramat Gan.

La deuxième phase des essais cliniques devrait commencer dans les prochains jours et s’étendre sur plusieurs mois, en s’appuyant sur la participation d’environ 1 000 volontaires. Elle commencera, elle aussi, dans les hôpitaux Sheba et Hadassah mais elle devrait intégrer graduellement d’autres centres médicaux de tout le pays, a noté le ministère de la Défense.

« Les scientifiques de l’Institut de recherche biologique sont ‘l’unité d’élite’ d’Israël et ils se sont attelés à une tâche excessivement importante – celle de sauver des vies humaines. J’accorde une importance immense au développement d’un vaccin israélien qui continuera à servir la société israélienne pour les années à venir », a commenté Benny Gantz, le ministre de la Défense.

Des flacons d’un éventuel vaccin contre le coronavirus sur une chaîne de montage, à l’Institut israélien de recherche biologique, le 25 octobre 2020. (Crédit : Ministère de la défense)

Le dirigeant de ce laboratoire secret qui se trouve à Ness Ziona, Shmuel Shapira, avait déclaré à la Knesset, le mois dernier, que ce vaccin (nommé Brilife, un mot formé du mot qui veut dire « santé » en hébreu — briut — et « vie ») serait probablement prêt à être distribué au public pendant l’été 2021. Il avait attribué à une régulation excessive et au manque de soutien gouvernemental les retards significatifs accumulés dans le processus des essais.

Environ 15 millions de doses de ce vaccin seront produites. Contrairement à ceux qui ont été fabriqués par Pfizer, Moderna et AstraZeneca, ses concurrents à l’échelle internationale, ce vaccin s’administre en une seule dose, avait dit Shapira devant la commission des Sciences et des technologies de la Knesset.

Israël a d’ores et déjà commencé à importer le vaccin Pfizer et prévoit de le distribuer aux personnes les plus vulnérables face au coronavirus dans la population avant la fin de l’année.

Il faudra encore deux phases d’essai avant que l’Institut de recherche biologique puisse proposer son vaccin à la distribution à grande-échelle.

Dans la deuxième phase des essais cliniques, les chercheurs œuvreront à « finir de déterminer les précautions à prendre pour le vaccin en termes de sûreté, à définir le dosage le plus efficace et à déterminer son efficacité de manière plus précise », a dit le ministère de la Défense.

Cette partie des essais sera ouverte à toute personne âgée de 18 à 85 ans, y compris à des personnes avec comorbidité.

Si ce groupe – plus large – répond bien au vaccin, des injections seront alors administrées à environ 30 000 personnes au mois d’avril et au mois de mai 2021 – probablement hors des frontières d’Israël. S’il est efficace et s’il s’avère être dépourvu d’effets secondaires majeurs, alors il sera approuvé pour être pleinement utilisé dans la population.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Santé Yuli Edelstein assistent à l’arrivée d’un avion cargo de DHL transportant le premier lot de vaccins Pfizer à l’aéroport Ben Gurion, le 9 décembre 2020. (Marc Israel Sellem/Pool)

L’approbation donnée par la FDA (Food and Drug Administration) américaine au vaccin Pfizer et l’approbation imminente d’autres vaccins ont soulevé la question de la nécessité d’en produire un en Israël – qui ne sera prêt à être distribué que longtemps après ses concurrents internationaux.

Le ministère de la Défense a refusé de répondre à une demande de réaction du Times of Israel sur ces critiques. Il a toutefois indiqué à la Treizième chaîne que le vaccin de l’Institut de recherche biologique était nécessaire pour garantir que l’Etat juif aurait un accès indépendant à un vaccin.

Il a été décrit par d’autres responsables comme un « plan de soutien » qui permettra de compléter le nombre de vaccins achetés auprès des firmes pharmaceutiques situées à l’étranger.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, parle au directeur de l’Institut de recherche biologique, le professeur Shmuel Shapira, au laboratoire de Ness Ziona, le 6 août 2020. (Crédit : Ariel Hermoni/ ministère de la Défense)

Lors de son intervention à la Knesset, Shapira avait exprimé des critiques rares du gouvernement, déplorant que ce dernier ait acheté des millions de vaccins auprès d’entreprises non-israéliennes.

« Il y a une tendance à respecter ces compagnies dont la langue natale est l’anglais ou parfois le russe », avait-il dit, faisant allusion à un vaccin russe qu’Israël a acheté, mais qui a suscité des inquiétudes suite à des essais et à un processus d’approbation opaques.

« Je pense qu’il y a un travail très bon, fait avec beaucoup de responsabilité, qui est en train d’être abattu, sans considérations financières – et ce même si nous sommes hébréophones », avait déclaré Shapira avec ironie devant la commission. « Nous serions heureux de bénéficier du même soutien que ces firmes géantes qui en font 30 fois plus que nous ».

« Si nous ne nous étions pas heurtés à une régulation outrageusement élevée, nous aurions progressé plus vite », avait-il regretté. « Nous devrions déjà être en Phase III de nos essais cliniques, cette même Phase III que nous ne pourrons éventuellement commencer qu’au mois d’avril ».

Il a ajouté que ces essais de Phase III se feraient hors d’Israël en raison de contraintes régulatoires.

« Nous avons un vaccin efficace et sûr et notre intention est de fabriquer 15 millions de vaccins », a-t-il précisé, ajoutant que les essais sur 80 personnes n’avaient donné lieu qu’à des effets secondaires « très mineurs ». Il n’en a pas précisé la nature.

Israël a alloué ou dépensé environ un milliard de shekels concernant l’acquisition de vaccins à l’étranger, selon certaines informations.

Dans le cadre de l’accord conclu par le pays avec Pfizer, Israël devrait recevoir huit millions de doses de vaccin, une quantité suffisante pour immuniser quatre millions d’Israéliens. Moderna devrait, pour sa part, fournir deux millions de doses – ce qui permettra de protéger un million de personnes. La population du pays dépasse les neuf millions de personnes sans même inclure les trois millions de Palestiniens et plus qui vivent en Cisjordanie et les deux millions de Palestiniens qui vivent dans la bande de Gaza.

Lundi, Moderna a fait savoir que la firme demandera aux régulateurs européens et américains d’autoriser en urgence l’utilisation de son vaccin anti-COVID-19, les résultats d’une nouvelle étude ayant confirmé qu’il offrait une protection forte contre la maladie.

L’Etat juif est également dans les dernières phases de pourparlers avec le géant pharmaceutique AstraZeneca pour acheter des « millions » de doses du vaccin qui est actuellement en cours d’essais cliniques, a annoncé vendredi le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Toutefois, ce vaccin connaît des retards, des recherches supplémentaires étant nécessaires après des erreurs commises lors des essais.

Un vaccin est considéré comme le meilleur espoir de briser le cycle meurtrier de la recrudescence du virus et de lever les restrictions sévères imposées dans une grande partie du monde depuis que la COVID-19 a fait son apparition pour la première fois l’année dernière, en Chine, dévastant l’économie mondiale dans son sillage.

Les niveaux d’infection augmentent en Israël alors que le pays sort, petit à petit, de son deuxième confinement national.

L’équipe du Times of Israel et l’AFP ont contribué à cet article.

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