Covid : Les 10 conseils de Golan Shahar pour qu’Israël adhère à la vaccination
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Covid : Les 10 conseils de Golan Shahar pour qu’Israël adhère à la vaccination

Contrairement aux USA, il n'y a pas de mouvement anti-vax fort en Israël et il faudra donc gagner la bataille des cœurs et des esprits, dit le psychologue israélien

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu , 71 ans, sourit avant d'être vacciné contre le coronavirus. (Crédit : AMIR COHEN / POOL / AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu , 71 ans, sourit avant d'être vacciné contre le coronavirus. (Crédit : AMIR COHEN / POOL / AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est devenu le premier Israélien à avoir reçu sa première dose de vaccin contre la COVID-19 samedi soir, lançant ainsi le programme de vaccination de l’Etat juif ainsi qu’une campagne visant à convaincre les citoyens de la nécessité pour eux de bénéficier des bienfaits de cette immunisation très attendue contre le coronavirus.

Le Premier ministre a déclaré qu’il voulait être le premier Israélien à retrousser ses manches afin d’encourager les autres à suivre son exemple. La même motivation a été avancée par le président Reuven Rivlin, qui devrait être vacciné dimanche. Et si l’on en croit les sondages récents, ces encouragements pourraient s’avérer être très nécessaires.

Une enquête qui a été publiée la semaine dernière dans le quotidien Israel Hayom a ainsi suggéré que 37 % des Israéliens ne se feraient pas vacciner, contre seulement 44 % qui ont indiqué qu’ils prévoyaient de le faire.

Des chiffres révélés au milieu de la semaine dernière ont encore davantage consterné. Une enquête réalisée par l’université de Haïfa, qui a été rendue publique mardi, a laissé entendre que moins d’un cinquième de la population souhaitait se faire immédiatement vacciner, de nombreux citoyens israéliens préférant rester dans l’expectative et laisser les autres faire le grand plongeon en premier.

Une infirmière israélienne pendant une simulation de vaccination contre la COVID-19 à l’hôpital Sheba Tel haShomer, dans le centre d’Israël, le 10 décembre 2020. (Crédit : Miriam Alster/ FLASH90)

Mais le professeur Golan Shahar, expert et éminent psychologue, fait néanmoins part de son optimisme. Il pense que c’est une certaine nervosité à l’idée de s’engager dans le processus de vaccination qui s’est exprimée dans les sondages mais qu’une fois que ce dernier sera en cours, il y aura un « effet boule de neige » qui saura entraîner la confiance.

Shahar, professeur à l’université Ben-Gurion et auteur de plusieurs études sur la psychologie de la vaccination, considère le sondage réalisé par l’université de Haïfa comme particulièrement problématique et comme « bien trop pessimiste ».

Le professeur Golan Shahar, psychologue. (Autorisation : université Ben-Gurion)

L’enquête, affirme-t-il, a provoqué des réponses négatives en créant un scénario à la fois irréaliste et intimidant où les personnes sondées auraient été les premières à être vaccinées dans le pays, sans temps accordé à la réflexion ou pour s’habituer à l’idée.

Et il pense qu’indépendamment du point de vue que nourrit actuellement la nation sur le vaccin, les choses peuvent considérablement s’améliorer en lançant une campagne juste. La vaccination très publique de Netanyahu a été l’acte d’ouverture de la campagne de l’Etat qui comprendra également les encouragements des scientifiques, des médecins, l’éloge du vaccin par des célébrités et le prêche par l’exemple.

Ce qui va impliquer des publicités dans tous les médias et la mise en place d’un groupe de travail qui sera chargé d’identifier les infox circulant sur le vaccin. Un conseil d’orientation, pour cette campagne, est actuellement en cours de formation et il devrait inclure des représentants de Google et de Facebook.

Israël est bien mieux positionné que les Etats-Unis dans le lancement de cette campagne de vaccination, explique Shahar, car le pays n’est pas soumis au fort lobby anti-vax qui sévit en Amérique. Il pense toutefois que le défi à relever reste important dans la mesure où il faudra prendre le pas sur une crainte « irrationnelle » présente chez de nombreuses personnes, qui les fait s’inquiéter d’une intervention sanitaire qui vise pourtant à les protéger .

Les hésitations face au vaccin sont, en fait, une illustration de la manière dont le cerveau et l’esprit humain peuvent fonctionner de manière irrationnelle, et c’est la raison pour laquelle « trouver le bon message est aussi important », explique-t-il.

Shahar évoque des pistes de réflexion essentielles pour aider à entraîner un taux de vaccination plus élevé dans la population.

1. Un exemple personnel désarme « les forces irrationnelles »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu visite l’Administration nationale chargée de l’application des restrictions liées au coronavirus, à Tel Aviv, le 1er décembre, 2020. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90 )

L’insistance mise par Netanyahu à devenir le premier Israélien à être vacciné a-t-elle été motivée par une soif de publicité supplémentaire ? Pour Shahar, oui, en partie – mais ce n’est pas important. L’important, estime-t-il, c’est que le Premier ministre a voulu donner personnellement l’exemple et que cet exemple est puissant, selon lui.

« C’est un bel exemple de leadership », dit Shahar. « Précisément parce qu’il y a des forces irrationnelles qui se dressent contre cette vaccination, c’est une bonne chose d’avoir des forces émotionnelles qui en font la promotion et l’exemple personnel entre dans ce cadre-là ». Il ajoute que maintenant que le pays a vu le Premier ministre se faire vacciner, il a dorénavant besoin de voir des photos et des vidéos de personnalités publiques de tous les domaines en train de faire la même chose.

2. Un vaccin est comme un abri anti-aérien

Un grand nombre d’Israéliens déclarent qu’ils se feront vacciner seulement quand d’autres les auront précédés, préférant rester dans l’expectative. Ce qui représente une menace pour le programme de vaccination, qui risque d’être retardé – mais Shahar explique qu’il est facile d’interpeller ceux qui revendiquent un tel état d’esprit en leur rappelant que dans d’autres secteurs de la vie, ils n’attendent pas pour se protéger que les autres l’aient d’abord fait.

« Il faut lancer un appel en faveur de cette nécessité humaine de protéger nos vies », dit-il. « Quand des roquettes s’abattent sur Sdérot, vous ne verrez personne dire qu’il faut attendre que les autres se rendent dans les abris antiaériens avant de s’y rendre soi-même. Les gens veulent se protéger ».

Une campagne réussie utilisera des termes familiers – comme ceux du langage caractéristique de l’évocation des défis sécuritaires que le pays est amené à affronter – pour mettre en exergue le pouvoir de protection que représente un vaccin pour tous ceux qui le reçoivent et pour toutes les familles, continue Shara.

Un employé de la municipalité de Tel Aviv ouvre la porte d’un abri antiaérien à Tel Aviv, le 25 mars 2019. (Crédit : Roy Alima/Flash90)

3. Ignorer le lobby anti-vax

« Israël, ce n’est pas les Etats-Unis où le mouvement anti-vax est fort et où il s’aligne sur une certaine perspective politique », observe Shahar, qui ajoute que lors de ses recherches sur les campagnes de vaccination contre la polio en Israël, il avait constaté que les affirmations du mouvement anti-vaccin n’avaient eu pratiquement aucun impact sur la volonté populaire de se faire vacciner.

Il pense donc qu’une éventuelle initiative visant à contrer les arguments des opposants à la vaccination ne reviendrait, finalement, qu’à donner de l’oxygène à une problématique qui est liée à un phénomène marginal au sein de l’Etat juif. Il ne faut faire aucune référence au mouvement anti-vax dans une potentielle campagne, insiste-t-il.

4. Trouver le « point idéal » dans chaque communauté et déployer ses leaders

L’Etat doit préparer différemment les populations diverses du pays à la vaccination, dit Shahar. Par exemple, il doit demander aux rabbins influents d’encourager la communauté ultra-orthodoxe à se faire vacciner. Le fait que certaines parties de la population haredi aient été dans l’incapacité de se soumettre aux règles induites par la pandémie de coronavirus et qu’elles se sont montrées réticentes à l’idée d’interrompre leurs prières et leurs études habituelles peut être exploité en faveur de la vaccination, note-t-il.

Des manifestants ultra-orthodoxes protestent contre la mise en vigueur des régulations entraînées par le coronavirus à Mea Sharim, à Jérusalem, le 4 octobre 2020 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

« L’argument à utiliser peut être que la vaccination empêchera l’Etat d’avoir besoin de mettre en place d’autres mesures comme le confinement qui, nous l’avons vu, est entré en contradiction avec l’étude de la Torah », dit Shahar, qui dit avoir la certitude que les rabbins rejoindront la campagne dans les prochaines semaines, même si des initiatives initiales visant à les convaincre de le faire doivent échouer dans un premier temps.

Il évoque un argument équivalent dans les sociétés arabes où certains grands mariages ont pu être organisés en violation des directives. Il suggère de dire qu’une vaccination élargie aidera à empêcher l’interdiction de telles célébrations qui sont au cœur de la vie communautaire.

5. Souligner que la science est rationnelle

Mercredi, Albert Bourla, directeur-général de Pfizer, qui est juif, – la firme qui a fourni ses premiers vaccins à Israël – a allumé les bougies de Hanoukka lors d’une cérémonie virtuelle qui a été organisée par l’ambassade israélienne à Washington. Il a évoqué « la détermination qui a été nécessaire pour créer le vaccin contre la COVID-19 et combien ces efforts ont rendu possible ce qui était impossible – développer un vaccin aussi rapidement ».

Shahar considère pour sa part ce développement rapide comme épique – mais il note que la vitesse à laquelle le vaccin a été créé entraîne justement une certaine nervosité concernant sa qualité, en particulier en ce qui concerne le vaccin à ARN messager – une nouveauté – que Pfizer et d’autres entreprises ont utilisé. Il déclare que les responsables doivent en parler de manière directe.

« Une campagne devra dire que le vaccin n’a pas été créé de manière irresponsable mais de manière responsable, et qu’il y a eu des expériences de grande envergure qui ont été menées à l’aide d’une méthodologie sûre », indique-t-il.

« Il faut aussi dire que les vaccins à ARN messager, s’ils sont nouveaux, ont été développés en s’appuyant sur une science rationnelle sur laquelle les chercheurs travaillent depuis des décennies. C’est seulement parce qu’il y a eu un virus qui a menacé l’économie mondiale que les scientifiques ont voulu terminer le plus vite possible ce travail. Le développement du vaccin s’est fait de manière responsable », insiste-t-il.

Albert Bourla, PDG de Pfizer, allume les bougies de Hanoukka lors d’une cérémonie virtuelle organisée par l’ambassade d’Israël à Washington, le 16 décembre 2020. (Capture d’écran/Ambassade d’Israël à Washington)

6. Après la prise de décision « aléatoire » de la pandémie, il est temps de construire la confiance

Les recherches menées par Shahar sur les campagnes de prévention de la polio en Israël avaient permis d’établir que le ministère de la Santé était un facteur essentiel dans la décision prise par les citoyens de se faire vacciner ou non.

Il déclare que certaines prises de décision gouvernementales, pendant la pandémie – avec notamment des restrictions aléatoires pour lutter contre la COVID-19 – ont troublé les Israéliens, créant un sentiment de malaise.

« Tant qu’Israël rendra le public fou avec des décisions qui sont considérées comme aléatoires et fluctuantes, la confiance placée dans le ministère et, par extension, dans la vaccination massive, va s’éroder », commente-t-il.

7. Un leadership attentionné et réfléchi changera les états d’esprit

Il y a aujourd’hui une course contre la montre, de nombreuses personnes décidant d’ores et déjà de leur positionnement face au vaccin – et ces positionnements s’ancreront fortement au niveau individuel.

« Mes recherches ont montré qu’après la première prise de décision, l’agence chargée de la vaccination – dans le cas d’Israël, c’est le ministère de la Santé – peut encore avoir de l’influence sur les personnes », note Shahar. « Et plus le ministère sera perçu comme étant attentionné, plus on sera tenté de se conformer à ses requêtes ».

« Une conclusion essentielle de mes recherches est que la toute première prise de décision a un impact significatif. Alors il faut frapper dur dès aujourd’hui mais il faut le faire de manière à renforcer le lien émotionnel entretenu avec le ministère de la Santé, le faire d’une manière qui va attiser des émotions positives », explique-t-il.

Shahar avertit que les appels au public qui sont considérés comme « hystériques » rebutent et peuvent avoir un effet boomerang, ajoutant que « les pressions négatives, les menaces et les appels à la culpabilité ne sont habituellement pas efficaces ».

8. Un mélange hybride de publicité traditionnelle et d’influence sur les réseaux sociaux

Cette photo du 22 mars 2018 montre les logos des applications Facebook, Instagram, Whatsapp et autres réseaux sociaux sur un smartphone. (Arun Sankar/AFP)

Pour Shahar, la campagne doit s’appuyer sur les médias traditionnels – la radio, la télévision et les panneaux d’affichage – dans les différentes langues utilisées au sein de l’Etat juif.

Mais l’enthousiasme pour les vaccins doit aussi devenir viral sur les réseaux sociaux. Les célébrités et les influenceurs auront un rôle à jouer mais les Israéliens ordinaires auront une influence sur leurs amis et collègues, et il faut soutenir ce phénomène, dit-il.

9. Supprimer la politique mais déployer les politiciens

Le gouvernement d’unité en Israël, qui avait été établi pour soutenir le pays pendant la pandémie, est chancelant. De nouvelles élections sont probables et les personnalités de l’opposition critiquent à loisir les politiques gouvernementales. Avigdor Liberman, chef du parti Yisrael Beytenu, dans l’opposition, a même vivement recommandé aux Israéliens, au mois de septembre, de ne pas se conformer aux régulations sanitaires « illégales » qui avaient été imposées et qui, selon lui étaient purement politiques et n’avaient rien à voir avec l’intérêt des citoyens.

Le leader d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, tient une conférence de presse à Neve Ilan, près de Jérusalem, le 11 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Shahar estime que les querelles politiques n’ont certainement pas leur place alors que le pays se prépare à la vaccination. La capacité de la nation à se protéger face au virus dépend, dans une grande mesure, de la capacité des politiciens à mettre leurs différences de côté et à s’unir autour de l’importance de l’immunisation face à la maladie, dit-il.

« Liberman doit, comme tous les autres politiciens, donner un signal d’unité dans son message et afficher un comportement responsable. Quand les Israéliens verront ça, ils suivront », explique Shahar.

10. Pas de tiédeur dans la prise de décision

Pour de nombreux citoyens, ne pas se faire vacciner semble être une option plus facile que l’immunisation. Ils ne considèreront pas qu’ils ont adopté un positionnement anti-vax, mais seulement qu’ils ont décliné une invitation à se faire vacciner contre la maladie.

Mais Shahar pense que l’Etat doit mettre au défi cet état d’esprit de manière à ce qu’il n’y ait plus de compromis sur le sujet de la vaccination – on est « pour » ou on est « contre ».

Il déclare que l’Etat doit souligner que si tout un chacun a effectivement le droit de refuser l’offre d’un vaccin, ce refus est une décision active qui comporte des implications pour la santé – aux niveaux individuel et collectif.

« Le message doit être que si vous ne voulez pas vous faire vacciner, il n’y a pas de problème, mais que c’est une décision spécifique que vous prenez et qu’elle peut avoir des implications », explique-t-il.

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