Les 12 conditions américaines pour un « nouvel accord » avec l’Iran
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Les 12 conditions américaines pour un « nouvel accord » avec l’Iran

Washington exercera une "pression financière sans précédent"; Téhéran n'aura "plus jamais carte blanche pour dominer le Moyen-Orient" ; Le Pentagone envisage de "nouvelles mesures"

Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo durant une conférence de presse conjointe avec le ministre des Affaires étrangères sud-coréen Kang Kyung-wha  au Département d'État à Washington DC, le 11 mai 2018. (Crédit : AFP/Mandel Ngan)
Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo durant une conférence de presse conjointe avec le ministre des Affaires étrangères sud-coréen Kang Kyung-wha au Département d'État à Washington DC, le 11 mai 2018. (Crédit : AFP/Mandel Ngan)

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a énuméré lundi douze conditions pour conclure un « nouvel accord » avec l’Iran, avec des demandes sur le volet nucléaire, comme la fin de la prolifération balistique et de l’implication iranienne dans les conflits au Moyen-Orient.

En échange, les Etats-Unis sont prêts à lever, à terme, leurs sanctions.

Mike Pompeo a demandé le « soutien » des alliés de Washington, notamment européens, même s’ils les a prévenus : les entreprises qui feront affaire en Iran dans des secteurs interdits par les sanctions américaines « seront tenues responsables ».

L’Iran n’aura « plus jamais carte blanche pour dominer le Moyen-Orient », a-t-il ajouté en présentant la nouvelle stratégie américaine après le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien. Mike Pompeo a promis de « traquer les agents iraniens et leurs supplétifs du Hezbollah à travers le monde pour les écraser ».

Le « non » américain à l’accord conclu il y a trois ans par les grandes puissances (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) avec le régime de Téhéran pour l’empêcher de se doter de la bombe atomique a suscité la colère des Européens, qui avaient tenté, en vain, de négocier avec Washington des solutions pour « durcir » le compromis de 2015 et s’attaquer aux autres comportements iraniens jugés « déstabilisateurs » dans la région.

Les alliés européens des Etats-Unis sont d’autant plus agacés que cette décision induit le rétablissement total des sanctions américaines, avec un effet collatéral qu’ils dénoncent: les entreprises européennes présentes en Iran n’auront plus accès au marché américain, et seront donc la plupart du temps obligées d’abandonner leurs investissements iraniens.

L’Union européenne, et en premier lieu Paris, Londres et Berlin, attendaient donc le discours de Mike Pompeo qui avait promis d’esquisser sa vision pour l’après.

Or le secrétaire d’Etat américain ne leur a pas vraiment tendu la main. Il a réclamé le « soutien » des alliés des Etats-Unis à sa stratégie, et, tout en reconnaissant les difficultés des entreprises européennes, il a fermement prévenu : celles qui continueront de faire affaire en Iran dans des secteurs interdits par les sanctions américaines « seront tenues responsables ».

L’ex-directeur de la CIA a assuré que les Etats-Unis allaient exercer une « pression financière sans précédent sur le régime iranien », avec « les sanctions les plus fortes de l’Histoire ». Les récentes annonces ne sont « que le début ».

Il a aussi promis de « traquer les agents iraniens et leurs supplétifs du [groupe terroriste chiite libanais] Hezbollah à travers le monde pour les écraser ».

« En échange de changements majeurs en Iran, les Etats-Unis sont prêts » à lever, à terme, leurs sanctions. mais aussi à « rétablir l’ensemble des relations diplomatiques et commerciales avec l’Iran » et à « soutenir » l’économie iranienne. Cela n’interviendra qu’après des « évolutions concrètes, prouvées et sur la durée ».

L’Iran doit cesser tout enrichissement d’uranium et fermer son réacteur à eau lourde ; donner aux inspecteurs internationaux accès sans conditions à tous les sites du pays.

Téhéran, a-t-il poursuivi, doit aussi mettre fin à la prolifération de missiles balistiques et aux tirs ou développement de missiles à capacité nucléaire. Enfin, la République islamique doit se retirer de Syrie et cesser de s’ingérer dans les conflits de la région (Yémen), de soutenir les groupes « terroristes » (Hezbollah, Jihad islamique paslestinien, talibans afghans et Al-Qaïda), et de s’ingérer dans les affaires de ses voisins, comme en Irak ou au Liban, ou d’en menacer d’autres, comme Israël ou l’Arabie saoudite, a énuméré Mike Pompeo.

Ces douze conditions « peuvent sembler irréalistes », mais ce sont des demandes « basiques », a-t-il ajouté.

« Au bout du compte, le peuple iranien devra faire un choix sur ses dirigeants », a-t-il lancé, dans un nouvelle allusion au désir de changement de régime qui anime une partie de l’administration américaine.

Le nouveau chef de la diplomatie de Trump a également fait allusion à la possibilité d’une action militaire si les dirigeants iraniens devaient reprendre leur programme nucléaire.

« S’il relancent leur programme nucléaire, ils auront de gros problèmes, de plus gros problèmes comme ils n’en ont jamais eu auparavant », a-t-il dit. Pompeo a également menacé « d’écraser » les alliés terroristes de l’Iran dans le monde. Il a dit que l’accord sur le nucléaire avait donné au régime une « carte blanche » pour exercer une influence néfaste dans la région.

Il a également dit que le Corps de Gardes de la Révolution Islamique devait arrêter de soutenir des terroristes et devait « mettre un terme à son attitude menaçante contre ses voisins, y compris Israël ».

Pompeo a incité l’Iran à « regarder dans le miroir » et « à reprendre ses esprits ».

Le Pentagone envisage de « nouvelles mesures » contre l’Iran

Le Pentagone envisage de prendre de « nouvelles mesures » pour contrer l’influence de l’Iran au Moyen-Orient, a déclaré lundi un porte-parole du Pentagone après l’annonce par le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo d’une nouvelle stratégie américaine à l’égard de Téhéran.

« Nous sommes en train d’évaluer si nous allons redoubler nos mesures actuelles ou si nous allons mettre en oeuvre de nouvelles mesures », a déclaré le colonel Rob Manning au cours d’un point presse.

Le ministère de la Défense n’est pas le seul à participer à cette approche qui concerne l’ensemble du gouvernement américain. « L’Iran reste une force déstabilisatrice dans la région et nous ferons tout ce que nous pourrons pour éviter ça », a-t-il ajouté.

Le porte-parole a refusé de préciser quelles mesures le Pentagone pourrait prendre.

« Le discours du secrétaire (d’Etat) Pompeo n’a démontré en rien comment le fait de se retirer du Plan d’action conjoint (JCPOA, le nom officiel de l’accord nucléaire iranien) avait rendu ou rendrait la région plus sûre de la menace de prolifération nucléaire ou comment il nous placerait dans une meilleure position pour influencer la conduite de l’Iran dans des domaines en dehors de la portée du JCPOA », a répondu Mme Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, dans un communiqué.

« Il n’y a pas de solution alternative au JCPOA », a conclu la haute-représentante de l’UE pour les Affaires étrangères.

Le ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson à une réunion des ministres des Affaires étrangères européens au Conseil de l’Europe, à Bruxelles le 16 janvier 2017. (Crédit : Emmanuel Dunand/AFP)

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, a estimé lundi qu’il serait « très difficile » de conclure un nouvel accord plus vaste avec l’Iran, comme le souhaitent les Etats-Unis après leur retrait controversé du texte sur le nucléaire iranien.

« Je pense que ce ne sera pas facile à conclure dans un délai raisonnable », a déclaré M. Johnson, qui participait lundi à Buenos Aires (Argentine) au G20 des ministres des Affaires étrangères.

« La perspective d’un traité géant avec l’Iran sera très, très difficile », a-t-il ajouté auprès de journalistes, selon des propos confirmés par son ministère.

« L’avantage du JCPOA était qu’il avait un objectif très clair. Il protégeait le monde contre une bombe nucléaire iranienne et, en échange, conférait aux Iraniens des avantages économiques notables », a estimé Boris Johnson.

« Les Américains ont tourné le dos à cela », a-t-il ajouté, indiquant que le sujet serait « certainement » discuté lors du G20.

« Je pense qu’à la fin, nous aurons de nouveau les sortes de mesures supplémentaires au JCPOA que nous envisagions initialement, mais cela peut prendre longtemps », selon Boris Johnson.

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