Les anciens des mobilisations anti-Netanyahu saluent un « réveil de la jeunesse »
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Les anciens des mobilisations anti-Netanyahu saluent un « réveil de la jeunesse »

Le rassemblement chez le Premier ministre a accueilli des ateliers de méditation, des cracheurs de feu et, selon une femme vêtue d'un pyjama rose, la "belle rage" de la jeunesse

  • Des manifestants protestent devant la résidence officielle du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 16 juillet 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
    Des manifestants protestent devant la résidence officielle du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 16 juillet 2020. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
  • Mirav Ben-Uziel, en pyjama rose et avec son ours en peluche, devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 16 juillet 2020. (Anat Peled)
    Mirav Ben-Uziel, en pyjama rose et avec son ours en peluche, devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 16 juillet 2020. (Anat Peled)
  • Des manifestants anti-Netanyahu devant sa résidence officielle à Jérusalem, 16 juillet 2020 (Crédit : Anat Peled)
    Des manifestants anti-Netanyahu devant sa résidence officielle à Jérusalem, 16 juillet 2020 (Crédit : Anat Peled)

Des centaines de manifestants cherchant à évincer Benjamin Netanyahu se sont rassemblés jeudi après-midi et dans la nuit devant la résidence officielle du Premier ministre dans ce qu’ils ont appelé un « siège sur Balfour », la rue de Jérusalem où se trouve la résidence. Armés de drapeaux israéliens, de pancartes dénonçant la prétendue corruption du Premier ministre et de beaucoup d’esprit, les manifestants ont passé la nuit à demander la démission de Bibi et à rêver d’un autre gouvernement.

La manifestation de jeudi, qui s’est poursuivie vendredi, n’était que la dernière d’une série de rassemblements anti-Netanyahu de masse organisés à travers Israël. Ces événements se déroulent depuis maintenant plusieurs années, menés par un noyau de manifestants plus âgés. La différence de ces derniers temps est l’âge des participants et leur nombre. La crise financière et la montée en flèche du chômage provoquée par la pandémie de Covid-19 semblent avoir incité les jeunes à rejoindre leurs aînés dans la rue.

Pini Vardy, 67 ans, du kibboutz Kfar Haruv, est impliqué depuis plus de trois ans. « Nous n’avons pas le choix », a-t-il expliqué jeudi. « Si nous voulons un pays pour nos enfants et pour nous, nous devons faire quelque chose, et la décision du groupe qui est né ici, c’est que nous serons ici jusqu’à ce qu’il parte. Cela peut prendre des années, mais nous serons là jusqu’à ce qu’il parte. »

Pini Vardy, manifestant devant la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem, le 16 juillet 2020. (Crédit : Anat Peled)

Mais Pini Vardy a le sentiment que quelque chose a changé depuis la semaine dernière. Il considère que la manifestation plus importante organisée au même endroit mardi, à laquelle des milliers de jeunes ont participé, a marqué le début d’une tendance. « Je sens que je peux me reposer… Nous allons continuer, bien sûr, mais les jeunes font la plupart du boulot. »

« Il y a un réveil incroyable de la part des jeunes », convient Mirav Ben-Uziel, une enseignante de maternelle de 43 ans. « Si jusqu’à présent, il y avait des gens de 40 ans et plus à la tête des protestations, aujourd’hui, je vois les jeunes de 20 ans. Ils sont remplis d’énergie. Ils apportent autre chose. »

En effet, la manifestation de jeudi a rassemblé des éléments plutôt inhabituels, reflétant l’état d’esprit des nouveaux participants. Un atelier de méditation a notamment été organisé, et des cracheurs de feu étaient présents.

Ben-Uziel a reconnu que les jeunes « apportent aussi la rage ». Cela, a-t-elle dit avec empathie, car « ils ont été profondément blessés ».

Les leaders israéliens « leur ont assombri l’horizon, tout… Vous atteignez un certain âge et vous commencez à rêver, et maintenant on leur dit de ne plus rêver. Ne rêve pas ! Je comprends leur rage et j’aime voir comment ils la font ressortir de façon créative et artistique dans cet espace… Je les admire. »

Ben-Uziel, qui était vêtue d’un pyjama rose et accompagnée d’un ours en peluche géant, prévoyait de dormir dans la rue dans le cadre de la manifestation. Mais, alors que Vardy sort ici en moyenne son sac de couchage quatre fois par semaine, il s’agissait de la première fois pour Ben-Uziel. « L’ours en peluche et moi sommes venus dormir ici ce soir », a-t-elle déclaré. « Je me suis dit que ce n’était pas une mauvaise idée de venir dans cet endroit très compliqué, et de le transformer en quelque chose de plus drôle, plus apaisant. »

Elle a indiqué avoir ramené son pyjama de l’école dans laquelle elle travaille, et pensait qu’il était approprié pour l’occasion. « Regardez comment le pays est géré ; ce gouvernement ressemble un peu à un jardin d’enfants. »

Mirav Ben-Uziel, en pyjama rose et avec son ours en peluche, devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 16 juillet 2020. (Anat Peled)

Gili Rahat, 28 ans, a expliqué être devenue davantage militante depuis le début de la pandémie de coronavirus. Elle est venue au rassemblement de mardi et a participé à d’autres événements récents, notamment à des manifestations contre le projet de Netanyahu d’annexion unilatérale de zones de la Cisjordanie et en hommage à Iyad Halak, un homme autiste abattu à Jérusalem-Est le mois dernier. (La police a déclaré avoir pensé que Halak possédait une arme à feu et était un terroriste, alors qu’il tenait son téléphone portable.)

« Une vague a commencé, et nous devons la poursuivre », a déclaré Rahat. Israël, a-t-elle dit, est dirigé par « une personne en qui je n’ai pas confiance, qui a mis sur pied un gouvernement auquel je n’ai pas confiance… Nous devons faire quelque chose ».

Alma Beck, âgée de 32 ans, et Daniella Kantor, âgée de 26 ans, participent à une initiative qui vise à distribuer des colis alimentaires aux personnes dans le besoin pendant la pandémie. Elles ont expliqué être venues à la manifestation car elles reçoivent de plus de plus d’appels de gens qui ont besoin de nourriture. Elles ont apporté une pancarte sur laquelle on peut lire : « 15 000 colis de nourriture, ce n’est pas n’importe quoi. »

« Nous avons fourni cette nourriture, pas vous », a déclaré Beck, en référence au ministre du Likud Tzachi Hanegbi, qui avait déclaré plus tôt dans la semaine lors d’un entretien télévisé que l’idée que certains Israéliens n’avaient plus rien à manger était « n’importe quoi ». Hanegbi s’était ensuite excusé. « Il est temps d’avoir un nouveau dirigeant, une nouvelle équipe et un nouveau gouvernement », a-t-elle déclaré.

Nitzan Kopelman, devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 16 juillet 2020. (Anat Peled)

Ce sentiment a aussi été exprimé par Nitzan Kopelman, âgé de 41 ans, qui a déclaré que son commerce indépendant avait été détruit par le COVID-19. Il est passé d’un « salaire moyen à zéro revenu ». Habillé en rouge (« la couleur de la révolution »), il a affirmé qu’en « tant que citoyen patriote sioniste qui paie des impôts, qui sert dans la réserve et qui aime son pays, j’ai le sentiment d’être perdu, d’être seul. Le gouvernement ne m’aide pas ».

Kopelman a déclaré que la seule aide gouvernementale qu’il avait reçue jusqu’à présent s’élevait à 700 shekels (180 euros). Il a noté que « cette manifestation peut sembler confuse » parce qu’elle « porte de nombreux messages. Mais le principal message est que nous n’en pouvons plus. Un gouvernement qui ne sert pas ses citoyens… ne devrait pas survivre ».

Sa femme est impliquée dans les mouvements protestataires depuis un certain temps, a-t-il dit, mais maintenant, il s’est lui aussi donné pour grande mission « de laisser à [ses] enfants le pays qu’ils méritent ».

De nombreux participants ont exprimé leur indignation concernant la couverture médiatique des manifestations, en particulier mardi. Selon eux, les journalistes se sont concentrés sur la violence et les affrontements avec la police, présentant les manifestants comme des anarchistes.

Des manifestants tentent de retirer les barrières durant une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux abords de sa résidence à Jérusalem, le 14 juillet 2020. (Capture d’écran : Twitter)

« Il est très facile de faire des stéréotypes quand vous êtes un élément extérieur à la manifestation et que vous ne prenez que des photos violentes », a expliqué Ben-Uziel. « Mais j’étais ici mardi, et ce fut l’une des plus belles manifestations auxquelles j’ai assisté. »

Bien que les affrontements aient été largement documentés, elle a insisté sur le fait « qu’il n’y avait pas eu de violence », seulement « une très belle rage ».

Une manifestante glisse alors que la police fait usage de canons à eau pendant des heurts lors de la manifestation anti-Netanyahu à Jérusalem, le 14 juillet 2020. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

Selon elle, la police israélienne devrait suivre une formation pour apprendre à mieux contenir et comprendre les jeunes. « Ce ne sont pas des anarchistes. Nous ne le sommes pas », a déclaré Ben-Uziel, qui a précisé que ses trois chiens ne recevaient plus assez d’attention ces derniers temps parce qu’elle était très occupée par les manifestations, et que son programme sportif en avait également souffert. Elle reviendra à cela quand le pays reviendra à ce qu’il était, dit-elle. « Je suis ici parce que ça me fait mal. »

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