Les ballons, une menace du Hamas pour forcer Israël à consentir à l’aide qatarie
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Analyse

Les ballons, une menace du Hamas pour forcer Israël à consentir à l’aide qatarie

Dans le conflit maintenant résolu portant sur l'entrée à Gaza du carburant acheté par Doha, le groupe terroriste a apparemment approuvé les attaques incendiaires à la frontière

Judah Ari Gross

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Feux de brousse dans le sud d'Israël qui auraient été allumés par des ballons incendiaires lancés par des groupes terroristes basés à Gaza, le 25 juillet 2021. (Crédit : Moshe Brochi)
Feux de brousse dans le sud d'Israël qui auraient été allumés par des ballons incendiaires lancés par des groupes terroristes basés à Gaza, le 25 juillet 2021. (Crédit : Moshe Brochi)

En ce qui concerne la bande de Gaza, Israël et le Hamas ont développé plusieurs méthodes de communication pour contourner l’absence officielle de contacts directs. Et l’un des outils trouvés par le Hamas pour transmettre des messages à l’État juif est l’envoi de dispositifs incendiaires accrochés à des ballons à l’hélium sur le territoire israélien.

Depuis le début de cette pratique, en 2018, ces agressions incendiaires sont devenues un moyen initial et limité d’indiquer à Israël que le Hamas est sérieux dans ses demandes visant l’entrée, aujourd’hui comme par le passé, de l’aide qatarie au sein de l’enclave côtière. Elles indiquent aussi que le groupe terroriste a la volonté d’entraîner une escalade des tensions, et ce jusqu’à un potentiel combat, pour voir ses requêtes honorées.

Pendant toute la journée de dimanche, plusieurs ballons ont entraîné des feux de broussailles dans le sud d’Israël – des feux qui ont été rapidement éteints par les pompiers israéliens.

Les ballons ne sont pas lancés directement par des combattants du Hamas mais par des groupes plus modestes installés le long de la frontière. Toutefois, le Hamas maintenant un contrôle strict sur la frontière, le groupe terroriste doit au moins apporter une approbation tacite à ces attaques, s’il ne les ordonne pas explicitement.

En réponse, l’État juif a réduit de moitié la zone de pêche au sein de l’enclave côtière, qui est passée de douze miles nautiques à six, et lancé une série de frappes aériennes, effectuées à l’aube, sur des cibles du Hamas dans la bande.

L’armée israélienne a fait savoir que ses avions avaient frappé plusieurs bâtiments situés sur une base militaire du groupe terroriste ainsi que sur des « infrastructures et structures utilisées pour les activités » du Hamas. Elle a noté que la base était « adjacente à des sites civils, et notamment à une école », sans pour autant donner de détail.

Selon le journal al-Resalah , affilié au groupe terroriste, l’armée de l’air israélienne a attaqué des zones situées à l’ouest de Gaza City avant de frapper l’Est de Khan Younès. Il n’y aurait pas eu de victimes.

Hazem Qasim, porte-parole du Hamas, a raillé les frappes israéliennes qui ont été, selon lui, une « tentative ratée de montrer l’impuissance [de l’État juif] et de redorer l’image ternie de l’armée après la secousse essuyée » au cours du dernier conflit entre les deux parties qui a eu lieu au mois de mai.

« La noble résistance est prête à prendre en charge toutes les options possibles et elle ne permettra pas à l’occupation d’imposer son équation », a poursuivi Qasim, se référant à l’équilibre de la dissuasion entre le Hamas et Israël.

Des feux de brousse dans le sud d’Israël qui auraient été allumés par des ballons incendiaires lancés par des groupes terroristes basés à Gaza, le 25 juillet 2021. (Crédit : Moshe Brochi)

Cet échange est survenu dans le contexte du report de l’entrée, au sein de l’enclave côtière, du carburant acheté par le Qatar, dimanche – cette entrée a été autorisée lundi matin, selon Israël – et dans un contexte plus large de frustration au sein du Hamas face au refus israélien de laisser entrer de plus importantes cargaisons de matériaux de reconstruction et de fonds suite au conflit de onze jours qui a opposé l’État juif aux groupes terroristes de la bande en mai.

Israël a refusé d’autoriser des travaux de reconstruction majeurs à Gaza au-delà de ce que Benny Gantz, ministre de la Défense, a qualifié de « l’aide humanitaire de base », à moins que le Hamas n’autorise le retour en Israël de deux civils retenus en captivité à Gaza, Avera Mengistu et Hisham al-Sayed, et le rapatriement des dépouilles de deux soldats de l’armée israélienne, Oron Shaul et Hadar Goldin, tombés lors de l’opération Bordure protectrice en 2014 et qui se trouvent entre les mains du Hamas.

« Le groupe terroriste du Hamas doit le comprendre : nous sommes déterminés. Si le Hamas veut la reconstruction et le développement économique, le moment est venu pour lui d’entreprendre des initiatives concrètes pour maintenir le calme, de stopper son réarmement et de relâcher les détenus et les dépouilles des prisonniers », a expliqué Gantz le mois dernier.

Sous cette politique, Israël a initialement restreint les importations à Gaza en autorisant exclusivement l’entrée d’une aide humanitaire la plus pressante – des produits alimentaires, du carburant et des médicaments – permettant aux matières premières nécessaires pour assurer le fonctionnement de certaines industries déterminantes à Gaza, en premier lieu le textile, de pénétrer sur le territoire pendant les périodes de calme. Israël aurait prévu un autre allègement de son blocus à Gaza cette semaine – mais c’était avant les attaques aux ballons incendiaires.

Les Nations unies et les États-Unis s’opposent à cette politique, affirmant qu’Israël doit faire la distinction entre la question de la reconstruction à Gaza et celle des captifs.

L’État juif et le Hamas mènent depuis des années des négociations indirectes au Caire – l’ONU et l’Égypte, entre autres, assument un rôle de médiateur – pour tenter de renforcer les cessez-le-feu fragiles conclus entre les deux parties. Mais lorsqu’une impasse se présente, le Hamas tente alors habituellement de secouer la situation en exerçant des pressions plus fortes par le biais d’attaques de bas niveau sur la frontière.

Et ainsi, alors qu’Israël cherche à mettre en place une nouvelle normalité à Gaza en limitant le type de matériels, d’aides et de produits autorisés à entrer dans la bande – une sorte de pression exercée en faveur du retour de ses deux civils et du rapatriement des dépouilles de ces deux soldats –, il est probable que les lancers de ballons incendiaires en direction de l’État juif ne vont pas cesser.

Aaron Boxerman a contribué à cet article.

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