Les bars de Tel Aviv tentent de remonter le moral de ses clients avec des happy hours
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Les bars de Tel Aviv tentent de remonter le moral de ses clients avec des happy hours

Alors que les passants allument des bougies en mémoire des victimes de l'attaque de vendredi, la ville tente de raviver l'atmosphère

Le propriétaire du bistro Itai Shapira a déclaré que les affaires sont mauvaises  pour son restaurant sur la rue Dizengoff et qu'il n'est pas surpris, Tel Aviv le 4 janvier 2015 (Crédit : Eliana Block / Times of Israël)
Le propriétaire du bistro Itai Shapira a déclaré que les affaires sont mauvaises pour son restaurant sur la rue Dizengoff et qu'il n'est pas surpris, Tel Aviv le 4 janvier 2015 (Crédit : Eliana Block / Times of Israël)

Au restaurant Piazza sur la rue Dizengoff à Tel-Aviv, les serveurs scrutaient la rue par la porte ouverte, prêts à commencer le service du lundi soir. Deux réverbères rouges cerise illuminaient les nappes à carreaux du restaurant et le lierre flottant.

Mais en dépit du charme de ce bistrot au style florentin ouvert depuis quatre ans au cœur de Tel Aviv, toutes les tables au 99 de la rue Dizengoff étaient vides à 18:00.

« Nous étions ouverts samedi soir, mais 70 % de nos réservations ont été annulées », a déclaré Itai Shapira, le propriétaire et le manager de Piazza. « Il y avait moins de gens qui se promenaient. Vous pouvez le ressentir dans l’air et partout ».

Depuis vendredi, quand le tireur présumé, Nashat Milhem, a tué le manager du Simta Bar, Alon Bakal, 26 ans, et son patron Shimon Ruimi, 30 ans, la rue Dizengoff a été frappée par une vague de deuil et de la peur. Cela se traduit par de mauvaises affaires pour les bars et les restaurants qui bordent le large boulevard.

Pour relancer la vie dans le quartier effrayé et attirer à nouveau les clients vers leurs lieux de prédilection, la municipalité de Tel-Aviv a demandé aux bars qui fourmillent le long de la rue Dizengoff, l’une des principales artères de la ville, d’offrir une boisson gratuite, lundi soir à chaque client qui consommait. C’était la première fois que la municipalité lançait un événement visant spécifiquement à encourager les clients à ressortir suite à une attaque terroriste, a déclaré la directrice de la presse internationale de la ville Mira Marcus.

« C’est quelque chose que la municipalité a initié et organisé mais pas quelque chose que nous avons sponsorisé », a déclaré Marcus. « C’est quelque chose que les bars ont proposé ».

Les clients au Ilka Bar assis avec leurs boissons lundi soir et un panneau qui dit : "Aucun terroriste ne m'arrêtera quand il y a une boisson gratuite pour une boisson achetée" (Crédit : Autorisation Ilka Bar)
Les clients au Ilka Bar assis avec leurs boissons lundi soir et un panneau qui dit : « Aucun terroriste ne m’arrêtera quand il y a une boisson gratuite pour une boisson achetée » (Crédit : Autorisation Ilka Bar)

Plus de 25 bars ont accepté de proposer une boisson gratuite pour une boisson achetée. Selon Josh Manson, qui possède Ilka, un autre bar sur la rue Dizengoff, les propriétaires des bars le long de l’avenue ont tous rejoint un groupe WhatsApp pour l’événement.

Le bar de Manson se trouve au croisement de la rue Jean Jaurès et de la rue Dizengoff, à un pâté de maisons des bougies commémoratives allumées à l’extérieur du bar Simta.

« L’endroit le plus sûr est sur la rue Dizengoff », a expliqué Manson. « La foudre ne frappe pas au même endroit souvent, n’est-ce pas ? ».

Omri Rosengart, le manager de Concierge à côté de Piazza, a vécu une expérience similaire à celle des autres propriétaires de bars. Il a dit que samedi soir, c’était « presque vide » et le dimanche soir, ils ont rempli « cinq ou six tables dans un espace qui peu contenir près de 200 [personnes] ».

« Quand vous voyez votre établissement comme ça, vous savez que ce n’est pas de votre faute », a déclaré Rosengart. « Vous comprenez pourquoi ».

Selon Rosengart, tout le monde qui travaille dans le monde de la nuit de Tel-Aviv se connaît. Beaucoup de propriétaires et de managers fréquentent les bars des uns et des autres pour discuter, rire et fumer.

« Vous prenez [l’attaque] un peu personnellement parce que c’est votre ville et votre rue et votre entreprise », a déclaré Rosengart. « Je connaissais les propriétaires et ça fait mal, comme si cela vous était arrivé ».

Daniela driks, une résidente du quartier passant devant les bars, a expliqué qu’elle ne se sentait pas encore complètement en sécurité. Vendredi, elle est partie de Simta dix minutes avant l’attaque, avec l’intention de rencontrer des amis dans un café à proximité. Quelques minutes après son arrivée, le propriétaire du café a ordonné à tout le monde de partir, y compris driks, à cause de l’attaque et parce que l’auteur de l’attaque était toujours en fuite.

« Nous allons réciter le Gomel (la bénédiction traditionnellement récitée lorsque l’on frôle la mort) à la synagogue », dit-elle. « Nous sommes restés à la maison quatre heures parce que [la police] avait fermé toutes les rues ».

Des tables remplies avec des bougies commémoratives à la mémoire des deux victimes de l'attaque de vendredi sur la rue Dizengoff (Crédit : Eliana Block / Times of Israël)
Des tables remplies avec des bougies commémoratives à la mémoire des deux victimes de l’attaque de vendredi sur la rue Dizengoff (Crédit : Eliana Block / Times of Israël)

Driks nous a montré un pub appelé Bar and Pizza qui fait face aux lieux de l’attaque. C’est son endroit préféré et elle le fréquente chaque dimanche à cause de l’offre sur le vin à volonté. Elle n’y est pas allée ce dimanche.

« C’est aussi vide parce que les gens ont peur de venir ici », a déclaré driks. « Vous voyez toutes les bougies [commératives]. C’est compliqué et vous avez le sentiment que ce n’est pas bien de le faire ».

Malgré la tristesse, les bars et les restaurants essaient d’aider la communauté à sortir de son état de choc. Jenny Marilyn, une serveuse au Segafredo, a dit qu’elle commençait à 19h00 le vendredi, et après avoir entendu les nouvelles sur l’attaque, elle a commencé à hyper-ventiler.

« En fait, j’ai eu une crise d’angoisse », a-t-elle expliqué. « Je ne pouvais plus respirer ».

Mais Marilyn a réalisé qu’elle ne pouvait pas éviter de travailler pour toujours et a enfilé son tablier à nouveau samedi.

« Le lendemain, je suis venue parce que je me suis rendue compte que la vie continue et que je dois encore travailler et manger », a-t-elle précisé.

Les bars et les cafés locaux se sont mobilisés suite à l'attaque en envoyant des couronnes et en participant à l'offre de la municipalité lundi soir 'une boisson achetée pour une boisson gratuite' (Crédit : Eliana Block / Times of Israël)
Les bars et les cafés locaux se sont mobilisés suite à l’attaque en envoyant des couronnes et en participant à l’offre de la municipalité lundi soir ‘une boisson achetée pour une boisson gratuite’ (Crédit : Eliana Block / Times of Israël)

Sur le trottoir à l’extérieur de Simta, les passant ont pris un moment pour rendre hommage aux victimes en face de tables pleines de bougies allumées en commémoration, rappelant aux passants ce qui est arrivé ici.

Pourtant, il y avait un sentiment palpable que la rue Dizengoff commence progressivement à accepter la réalité.

Une couronne offerte par Mike’s Place – un autre bar local qui a été le site d’un attentat suicide qui a tué trois personnes et qui en a blessé 50 – dit : « spectacle doit continuer ».

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