Israël en guerre - Jour 147

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Les campus US ne sont pas les seuls à s’enflammer. Bienvenue à l’université de Haïfa

Le massacre du 7 octobre et la guerre à Gaza ont fait grimper la tension au cœur d'une oasis de coexistence où les étudiants, Juifs et Arabes, font état aujourd'hui de perceptions différentes face à l'avenir

L'administration de l'université distribue des matériels avec le slogan "Continuer à étudier ensemble" afin d'apaiser les tensions. (Crédit : Eliyahu Freedman/ JTA)
L'administration de l'université distribue des matériels avec le slogan "Continuer à étudier ensemble" afin d'apaiser les tensions. (Crédit : Eliyahu Freedman/ JTA)

JTA — Dans les jours qui ont précédé la rentrée du premier semestre – qui avait été reportée à maintes reprises – Yael Granot-Bein a réuni un groupe d’étudiants à la fois Juifs et Arabes.

Granot-Bein, qui est doyenne du Bureau des étudiants à l’université de Haïfa, avait envisagé de travailler en collaboration avec ces jeunes de manière à trouver un moyen de créer une solidarité visible à un moment où la guerre mettait à l’épreuve les liens tissés dans le cadre de cet établissement d’enseignement supérieur de premier plan – qui accueille un plus grand nombre d’Arabes que n’importe quel autre campus du pays.

« Je me suis dit : ‘Réfléchissons ensemble à une phrase d’accroche que nous pourrions mettre sur des tee-shirts ou sur des bracelets.’ Dans mon esprit, ça consistait à quelque chose du genre : ‘Sachons préserver la diversité de notre campus’, » explique Granot-Bein. « Tous m’ont regardé, ils ont été très honnêtes et ils m’ont dit : ‘Écoutez, ça ne convient pas du tout à la situation. Nous ne sommes pas du tout sur la même longueur d’onde’. »

Une discussion à la fois déterminante et décevante au sein d’une institution qui s’est démarquée comme étant une rare oasis de société partagée dans un pays dont les 7 millions de citoyens Juifs à peu-près, et les deux millions de citoyens arabes, vivent dans des sphères largement séparées l’une de l’autre. A l’exception de certains cas, les enfants Juifs et les enfants Arabes sont scolarisés dans des établissements distincts jusqu’à ce qu’ils se rencontrent enfin sur les bancs de l’université, et ils sont généralement plus à l’aise en communiquant dans des langues différentes.

A l’université de Haïfa, qui a fait sa rentrée le 31 décembre – comme les autres universités israéliennes – les Arabes israéliens constituent la moitié des 17 000 étudiants inscrits. Lors d’une année normale, les étudiants Juifs et Arabes d’origine musulmane, chrétienne ou druze choisissent l’université de Haïfa en partie à cause de sa réputation – c’est le campus qui serait le plus diversifié de tout Israël. De plus, Haïfa est un centre culturel pour les Arabes israéliens et la ville est connue depuis longtemps pour l’atmosphère de coexistence paisible qui prévaut entre ses résidents juifs et arabes.

Toutefois, depuis le début de la guerre qui oppose Israël au Hamas, une guerre déclenchée le 7 octobre – à cette date, des milliers de terroristes placés sous l’autorité du Hamas avaient tué 1200 personnes dans le sud d’Israël et kidnappé 240 personnes qui avaient été prises en otage dans la bande de Gaza – l’atmosphère est différente sur le campus comme à ses alentours. Dans les semaines qui ont suivi le massacre commis par le Hamas, l’université a pris l’initiative sans précédent de suspendre huit étudiants arabes israéliens pour des posts publiés sur les réseaux sociaux ou sur des messageries WhatsApp qui semblaient soutenir le terrorisme.

Ce mois-ci, ces étudiants ont été autorisés à faire leur retour à l’université alors que leur dossier est actuellement au cœur d’une procédure de médiation – ce qui a entraîné les appels de certains étudiants Juifs en faveur d’une « journée de perturbation » en signe de mécontentement contre cette décision.

« Nous demandons à ce qu’ils restent hors du campus jusqu’à la fin de la procédure », a dit Elad Asis, le président du gouvernement étudiant, à la Jewish Telegraphic Agency lors d’un rassemblement d’une dizaine de personnes qui était organisé à l’entrée du campus, au début de la deuxième semaine de cours, le 9 janvier. « Il n’est pas possible que des étudiants qui ont apporté leur soutien au terrorisme puissent se retrouver assis à côté d’étudiants qui ont perdu des proches ou des membres de leur famille, le 7 octobre ».

Selon Adalah, une organisation de défense des droits juridiques à but non-lucratif arabe israélienne, plus de cent étudiants arabes ont fait face à des mesures disciplinaires en raison de publications liées à la guerre sur les réseaux sociaux. Au moins huit ont été renvoyés de leurs universités.

Des suspensions qui ont eu un impact particulier à Haïfa, où des étudiants, sur le campus, ont perdu des être chers, le 7 octobre – les grands-parents d’une jeune fille ont aussi été kidnappés par le Hamas. Une exposition, sur le campus, présente une bougie pour chaque étudiant ou ancien élève tombé sur le front dans la guerre actuelle à Gaza. Il y en a des dizaines.

« Je comprends ce qu’ils ressentent », explique Ron Robin, président de l’université, à JTA après avoir rencontré les étudiants qui ont manifesté dans la rue. Mais il ajoute néanmoins qu’il n’y a pas de problème significatif ou particulier qui se pose sur le campus, disant que « je pense que s’il y a des gens, au sein de l’université, qui éprouvent de la sympathie pour le Hamas, on doit pouvoir les compter sur les dix doigts de la main ».

Des étudiants pendant leur pause à l’université de Haïfa, le 11 avril 2016 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

Environ 1 500 étudiants de l’université de Haïfa ont été rappelés pour le devoir de réserve dans le cadre de la plus grande mobilisation militaire de toute l’Histoire d’Israël, dans les jours qui ont suivi le massacre perpétré par le groupe terroriste. Certains sont revenus sur le campus, leur arme sur eux, conformément à la politique de l’armée, alors qu’ils traversent les tensions nouvelles. L’université enregistre tous les cours pour le moment de façon, en partie, à ce que les soldats qui sont actuellement en service actif puissent les suivre ; elle remet également des bourses d’un montant d’environ 530 dollars à ses étudiants appelés au sein de Tsahal. Les frais de scolarité annuels s’élèvent approximativement à 3 000 dollars.

« Une étudiante m’a dit qu’elle avait été contente de me voir avec une arme et qu’elle s’était ainsi sentie plus en sécurité ; une autre a aussi vu mon arme et cela lui a permis de se sentir suffisamment à l’aise pour parler de ses difficultés face à cette guerre », explique Avinoam, 27 ans, un réserviste qui devrait alterner des semaines passées sur le campus et des semaines passées sur la frontière d’Israël aux côtés de son unité (conformément aux règles de Tsahal, il ne fait part que de son prénom).

La vue d’étudiants armés sur le campus est moins rassurante pour Annabell Sharma, étudiante en sciences politiques d’origine arabe. Elle déclare avoir été effrayée face au niveau de haine nourrie, sur le campus, à l’égard des neuf étudiants qui ont été suspendus.

« C’est possible que je me fasse agresser – pas physiquement nécessairement – à cause de ces neuf étudiants », déclare-t-elle. Et elle ajoute : « Pourquoi amener une arme sur un campus alors que cela devrait être le travail des équipes chargées de la sécurité de l’université ? Si quelqu’un se réveille du pied gauche et décide d’ouvrir le feu sur tout le monde, on fait quoi ? », interroge-t-elle.

Les tensions à Haïfa sont loin d’être uniques. Selon une enquête réalisée au mois de novembre auprès d’étudiants juifs et arabes israéliens, une étude qui avait été commanditée par la Fondation Edmond de Rothschild, la majorité des étudiants juifs et arabes se craignent mutuellement et environ 20% estiment que cette peur est « forte ». Le sondage avait aussi établi que près de la moitié des étudiants arabes examinaient la possibilité de ne pas faire leur retour sur le campus.

Des étudiants pendant leur pause à l’université de Haïfa, le 11 avril 2016 (Crédit : Hadas Parush / Flash90)

L’enquête avait été effectuée quelques semaines après l’évacuation d’étudiants arabes de leur dortoir du Netanya Academic College alors que leurs pairs juifs se livraient à des émeutes à l’extérieur, scandant « Mort aux Arabes ».

A Haifa, Sharma attribue la responsabilité des tensions ressenties par les étudiants arabes à un petit groupe d’extrémistes juifs qui, dans certains cas, ont harcelé ces derniers pour des publications parus sur les réseaux sociaux et sur WhatsApp – des publications jugées déloyales à Israël. Sharma estime que ces extrémistes représentent « un obstacle » avant d’ajouter que « les fanatiques des deux côtés doivent être contenus, et ce sans favoritisme ».

Granot-Bein explique qu’après sa rencontre initiale avec les étudiants où la recherche d’un slogan avait entraîné des crispations de part et d’autre, elle a finalement été en mesure de revenir à son projet initial en demandant aux étudiants d’analyser ce qu’ils avaient tous en commun.

« Ils m’ont dit : ‘Nous voulons obtenir notre diplôme et nous voulons avancer dans nos vies », se souvient-elle.

C’est une version de ce message, « Continuer nos études ensemble », qui est dorénavant écrite sur les tee-shirts du personnel et sur les milliers de bracelets portés sur les étudiants sur tout le campus et qui ont été distribués par les professeurs et par des bénévoles pendant les intercours, au début du semestre.

Maya Negev, professeure de santé publique qui remet un bracelet aux étudiants, près de la principale bibliothèque, souligne que tous les membres de la société israélienne qui se reflètent dans la population de Haïfa ont été mis en avant pendant la guerre, des soldats druzes et jusqu’aux infirmiers arabes israéliens.

« Tous ceux du Département de la santé publique apportent une grande aide. Un grand nombre de personnels médicaux arabes assument les responsabilités de leurs collègues juifs qui sont en train de faire leur devoir de réserve », souligne-t-elle.

La médecine est l’un des secteurs les plus mixtes de la société israélienne, et ce depuis longtemps. Hamada, une étudiante musulmane qui passera son diplôme d’infirmière à la fin de l’année et qui refuse de donner son nom de famille, dit que sa formation médicale lui a permis de se réparer à un retour sur le campus dans un Israël actuellement en guerre.

« Je n’ai pas vraiment peur parce que j’ai l’habitude de travailler avec des groupes très divers à l’hôpital mais je sais que d’autres étudiants sont effrayés », déclare-t-elle. « Pour ma part, je ne ressens pas de tension ici ».

Elle ajoute qu’un cours de leadership qui mélangeait Juifs et Arabes, qu’elle a suivi l’année dernière, lui a montré qu’il était possible de construire des relations. Une fois que les étudiants ont appris à se connaître, explique-t-elle, « nous avons pu parler de tout très ouvertement, de la religion à la politique et en passant par le racisme. »

Mona Maron, neuroscientifique et vice-présidente de la Recherche et du Développement, l’une des professeures arabes israéliennes les plus éminentes de l’université, dit que même dans des circonstances beaucoup plus réjouissantes, il faut souvent du temps pour briser la glace entre étudiants juifs et israéliens sur le campus.

Optimiste, elle affirme que les tensions perceptibles au cours de ces derniers mois vont se dissiper, maintenant que la reprise des cours a eu lieu.

« La première rencontre entre de nombreux étudiants juifs et de nombreux étudiants arabes israéliens se déroule sur le campus », dit-elle. « C’est vrai qu’aujourd’hui, on voit des groupes d’étudiants juifs et arabes qui sont assis séparément ».

Elle ajoute : « Revenez dans quelques semaines et vous les verrez assis tous ensemble ».

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