Les Chemins de fer israéliens poursuivis pour discrimination des femmes
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Les Chemins de fer israéliens poursuivis pour discrimination des femmes

Selon une usagère, un employé des chemins de fer lui a demandé de changer de wagon pour que des passagers puissent prier dans un cadre où la séparation des sexes est respectée

Passagers à la gare Yitzhak Navon de Jérusalem. (Yonatan Sindel/Flash90)
Passagers à la gare Yitzhak Navon de Jérusalem. (Yonatan Sindel/Flash90)

Dans une affaire qui rappelle les batailles du début des années 2010 sur la ségrégation dans les bus, la branche juridique du Judaïsme réformé a annoncé mardi qu’elle poursuivait en justice les Chemins de fer israéliens après qu’un employé aurait exigé qu’une femme change de siège parce que des hommes priaient à proximité.

En collaboration avec l’Israel Women’s Network (IWN), le Centre d’action religieuse israélien (IRAC) a engagé une action en justice au nom de Maya Melitz, qui, selon eux, a été priée par un employé des Chemins de fer israéliens de quitter son siège parce que des hommes priaient dans le même wagon.

« Maya n’a pas compris pourquoi elle devait changer de place et a refusé, soulignant que le train est un lieu public et non une synagogue orthodoxe », ont expliqué les deux organisations dans un communiqué.

L’employé a insisté et lui a demandé à nouveau de changer de wagon parce que « sa présence dans le wagon pendant la prière était perturbante », ce que Maya a refusé.

Anat Hoffman, responsable du Centre d’action religieuse israélien, porte un châle de prière alors qu’elle prie aux côtés d’autres membres des « Femmes du mur » au mur Occidental, à Jérusalem, le 8 juillet 2013. (Miriam Alster/Flash90)

Les usagers orthodoxes des lignes de chemin de fer israéliennes organisent fréquemment des offices de prière juifs, accompagnés d’un mini rouleau de la Torah.

Affirmant que les Chemins de fer israéliens ont ignoré leurs demandes d’indemnisation, les deux groupes ont alors intenté un procès, réclamant 66 969 shekels (16 742 euros) de dommages et intérêts, a indiqué l’IWN et l’IRAC, qualifiant la demande de l’employé de violation de la loi sur l’interdiction de la discrimination.

« Au début, j’ai été choquée qu’on me demande de quitter mon siège », a déclaré Mme Melitz.

« Le choc s’est transformé en offense du fait que ma présence, juste parce que je suis une femme, dérangeait les autres dans leur prière et que la seule solution était que je me déplace. Un instant auparavant, je prenais plaisir à écouter la prière elle-même tout en m’occupant de mes affaires, puis l’employé du chemin de fer a essayé de m’expliquer que ma simple présence portait atteinte à d’autres personnes ».

L’IWN et l’IRAC estiment que, ne s’agissant pas du premier incident de ce genre, les Chemins de fer israéliens doivent publier des directives écrites informant les employés qu’un tel comportement est illégal.

« Il est inacceptable qu’un employé des chemins de fer exige qu’une femme se déplace dans un autre wagon parce que le fait qu’elle soit une femme perturbe la prière dans ce wagon. Il est difficile de croire qu’en 2020, les femmes doivent encore se battre pour le droit d’être présentes dans l’espace public », a déclaré Anat Hoffman, directrice exécutive de l’IRAC.

« Il est absurde que nous devions poursuivre les Chemins de fer israéliens parce que leurs employés ne comprennent pas encore que l’exclusion des femmes est contraire à la loi. Pour cette raison, notre procès exige non seulement une compensation pour Maya Melitz, mais aussi que les Chemins de fer israéliens forment leurs employés sur leur obligation de se comporter de la même manière envers tous les passagers et de ne pas discriminer ou exclure les femmes ».

Anat Hoffman est également directrice de Women of the Wall (Femmes du mur), une organisation militante qui défend le droit des femmes à prier au mur Occidental avec des rouleaux de la Torah et des châles de prière, une pratique à laquelle s’opposent les ultra-orthodoxes.

En 2011, la Cour suprême a décidé que l’application de la ségrégation des sexes dans les bus publics était illégale, ce qui a conduit à plusieurs années de lutte acharnée des extrémistes ultra-orthodoxes pour préserver cette pratique dans les lignes de bus desservant leurs communautés.

Dans le passé, la compagnie de bus Egged a fait circuler des bus séparés controversés, connus sous le nom de « bus Mehadrin », sur certaines lignes intra-urbaines qui traversent des quartiers ultra-orthodoxes.

Orthodox women enter a gender-segregated bus through the back door (photo credit: Uri Lenz/Flash90)
Photo illustrative de femmes ultra-orthodoxes entrant dans un bus par la porte arrière à Mea Shearim, Jérusalem, en 2011. (Uri Lenz/Flash90/File)

Les bus publics contiennent des avis informant les passagers que toute tentative de forcer les autres passagers à quitter le siège de leur choix est un délit (à l’exception des places réservées aux personnes handicapées).

S’exprimant lors d’un rassemblement politique l’année dernière, un rabbin ultra-orthodoxe éminent a comparé Israël à l’Allemagne nazie en raison de l’incapacité de l’État juif à reconnaître l’importance de la séparation des hommes et des femmes en public.

Lors du lancement de la campagne électorale du parti Yahadout HaTorah en mars dernier dans la célèbre synagogue Lederman de Bnei Brak, le rabbin Aviezer Filtz, figure éminente du parti et directeur du séminaire religieux Yeshivat Toshia dans le village de Tifrah, au sud du pays, a prononcé un discours enflammé sur l’importance de la séparation des sexes dans les bus publics.

« Commencez à vous organiser, à circuler de façon séparée », a-t-il exhorté ses auditeurs, puis il a expliqué que le principe était si fondamental que même les camps de concentration nazis pendant la Shoah ont respecté ce principe.

« Même les nazis, que leurs noms soient effacés, ont compris qu’il devait y avoir des lieux séparés pour les femmes et les hommes, mais ici [en Israël] c’est interdit !

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