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Les droits de douane de Trump affectent fortement les exportateurs en Israël

Washington impose 12,5 % de droits de douane aux produits israéliens, en raison de la mauvaise application de l'interdiction des biens issus du travail forcé

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Image d'illustration de fret, de conteneurs, d'expédition et de cargaison (AvigatorPhotographer ; iStock par Getty Images)
Image d'illustration de fret, de conteneurs, d'expédition et de cargaison (AvigatorPhotographer ; iStock par Getty Images)

Israël fait partie des dizaines de pays frappés par une hausse des droits de douane sur les marchandises exportées vers les États-Unis, en application de la nouvelle salve de droits et taxes prise par l’administration du président Donald Trump.

Vendredi dernier, l’administration Trump a imposé de nouveaux droits de douane – de 10 % et 12,5 % – aux marchandises originaires d’une soixantaine de pays au motif que ces derniers ne luttent pas suffisamment contre le commerce de marchandises issues du travail forcé.

Ces droits de douane sont entrés en vigueur à l’expiration des droits de douane temporaires de 10 % imposés au monde entier. En application de ce nouveau régime tarifaire, Israël s’est vu imposer une taxe de 12,5 % sur ses exportations, à l’instar, par exemple, de l’Australie, du Brésil, de la Chine ou encore du Japon, qui, selon les États-Unis, ne disposent pas ou n’ont pas adopté d’interdiction d’importation liée au travail forcé.

D’autres pays ou groupes de pays, à commencer par l’Union européenne, l’Inde, le Mexique ou encore le Royaume-Uni, se sont vus imposer des doigts de douane de 10 % après s’être engagés à adopter et mettre en oeuvre l’interdiction d’importation des produits issus du travail forcé.

« Nous sommes quelque peu déçus de cette décision, car Israël a pris les préoccupations des États-Unis très au sérieux et a fait preuve de bonne volonté pour s’y adapter », explique au Times of Israel Yifat Alon Perel, déléguée commerciale conjointe au ministère de l’Économie et de l’Industrie. « Nous avons le sentiment d’être à la traîne par rapport à nos concurrents, qui bénéficient actuellement d’un meilleur accès au marché américain. »

Elle poursuit : « Nous sommes en négociations constantes et nous espérons que notre plus grand allié et ami n’ignorera pas les préoccupations israéliennes et reviendra sur sa décision, tout du moins pour mettre Israël au niveau des autres pays [soumis à des droits plus bas]. »

Mais les négociations entre les autorités israéliennes et l’administration américaine ont jusqu’alors échoué.

Il est fort probable que les Israéliens qui exportent vers les États-Unis, et l’économie du pays dans son entier, souffrent de ce nouveau régime douanier, voire que certains d’entre eux délocalisent leur activité ou ferment définitivement leurs portes, estime l’Association des industriels d’Israël. Les recettes issues de l’impôt sur les sociétés pourraient également chuter.

Yifat Alon Perel, déléguée commerciale conjointe au ministère de l’Économie et de l’Industrie d’Israël. (Autorisation)

Cette hausse des droits de douane est un coup dur pour les entreprises israéliennes tournées vers l’exportation qui, depuis 1985, bénéficiaient d’un accès au marché américain en franchise de droits grâce à un accord bilatéral de libre-échange.

Ces nouveaux droits de douane vont mécaniquement renchérir les produits israéliens, qui seront dès lors moins compétitifs, et de l’autre côté de la chaine, les revenus et bénéfices générés par les exportateurs israéliens vont baisser alors même que leurs charges vont demeurer inchangées.

« C’est mauvais pour les affaires, les exportations et la bonne entente commerciale d’Israël avec les États-Unis », ajoute Netanel Haiman, directeur de la division économique de l’Association des industriels d’Israël.

« Les nouveaux droits de douane de Trump arrivent à un moment difficile, avec un commerce et des revenus des exportations israéliennes déjà sous pression du fait de la forte appréciation – à 20 % – du shekel par rapport au dollar, ces 7 derniers mois, et la guerre sur plusieurs fronts, depuis deux ans et demi, qui affecte la production. »

Les États-Unis sont le plus proche allié d’Israël et son plus grand partenaire commercial. Les exportations de marchandises israéliennes vers les États-Unis se sont élevées à 20,6 milliards de dollars en 2025, en baisse de 7,4 %, soit 1,7 milliard de dollars de moins, par rapport à 2024, selon les chiffres du gouvernement américain. Les importations de marchandises américaines en Israël ont, elles, atteint 13,8 milliards de dollars, en baisse de 6,4 %, – 951,1 millions de dollars de moins – par rapport à 2024.

On estime à 30 % la part des exportations israéliennes de marchandises qui seront affectées par ces nouveaux droits de douane.

« Notre industrie va être saignée à blanc », regrette Alon Perel. « Depuis un an déjà, de nombreuses entreprises sont touchées. »

« Certaines d’entre elles attendent de voir ce qui va se passer, mais d’autres envisagent d’ores et déjà de quitter Israël, pas nécessairement pour les États-Unis, car si le Mexique, le Canada, l’UE et la Grande-Bretagne ont obtenu un meilleur accès au marché, les entreprises israéliennes pourraient envisager ces destinations », précise-t-elle.

Dans l’ensemble, le nouveau régime douanier couvre 99,4 % des importations américaines, mais comprend de nombreuses exemptions comme le pétrole et le gaz, les engrais et certains produits alimentaires. Cette mesure s’inscrit dans le cadre de la politique commerciale protectionniste de Trump menée depuis plus d’un an, visant à stimuler l’industrie manufacturière américaine et créer des emplois.

Haiman fait porter sa critique sur le gouvernement israélien, auquel il reproche d’avoir tardé à réagir alors que l’intention des États-Unis d’imposer de nouveaux droits de douane était connue depuis des mois.

Netanel Haiman, directeur de la division économique de l’Association des industriels d’Israël (Autorisation)

« Le gouvernement a une fois de plus mal géré les relations commerciales avec les États-Unis », déplore Haiman. « Bien sûr, un droit de douane de 10 % sera toujours préférable à un autre à 12,5 %, mais si le gouvernement avait agi plus vite et mieux, nous aurions peut-être pu nous rapprocher d’un tarif zéro. »

Dimanche dernier, en Israël, le Conseil des ministres a approuvé la proposition du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, visant à interdire l’importation en Israël de marchandises produites, en totalité ou en partie, par le travail forcé, afin de s’aligner sur les normes commerciales internationales. Des réglementations et un mécanisme d’application devraient être finalisés dans les tout prochains mois.

« En mai dernier, Israël a adopté une résolution gouvernementale sur le travail forcé : c’était un signal envoyé aux États-Unis indiquant que nous allions répondre à leur préoccupation », explique Alon Perel.

« L’adoption d’une telle loi prend du temps et il était évident que la Knesset serait dissoute avant les élections nationales d’octobre prochain. »

Alon Perel ajoute que la Knesset, lors de son tout dernier jour de travaux avant sa dissolution, le 17 juillet dernier, a adopté le projet de loi « Ce qui est bon pour les États-Unis est bon pour Israël » en deuxième et troisième lectures.

La réforme, portée par le ministre de l’Économie Nir Barkat, autorisera la fabrication, la vente et l’importation de biens conformes aux exigences de la réglementation américaine afin d’harmoniser et faciliter le commerce avec les États-Unis. Il devrait surtout bénéficier aux fabricants américains qui exportent en Israël, conclut Alon Perel.

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