Les électeurs arabes espèrent annuler la « citoyenneté de seconde zone »
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Les électeurs arabes espèrent annuler la « citoyenneté de seconde zone »

Les citoyens arabes israéliens ne peuvent obtenir "tous leurs droits", mais ils gagneront au moins un peu de respect

Elhanan Miller est notre journaliste spécialiste des affaires arabes

Volontaires de la Liste (arabe) unie  à Umm al-Fahm, le 17 mars 2015 (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)
Volontaires de la Liste (arabe) unie à Umm al-Fahm, le 17 mars 2015 (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

Umm al-Fahm – Un panneau d’affichage disant « Umm al-Fahm restera une épine dans la côte [d’Avigdor] Liberman » accueille les automobilistes à l’entrée de la ville arabe que l’actuel ministre des Affaires étrangères veut annexer au futur Etat palestinien.

« C’est notre chance », n’est pas seulement la devise de la Liste arabe unie mais le sentiment commun des résidents interviewés par le Times of Israel.

« Nous vivons un événement historique », lance Hassan Mahamid, 23 ans, étudiant en informatique au Tel Hai College de Kiryat Shemona, qui est revenu chez lui pour voter.

« La dernière fois, les gens argumentaient pour le parti de leur choix. Pas cette fois. Maintenant, les Arabes sont unis dans une Liste commune ; il n’y a aucune raison de boycotter » le scrutin. Mahamid dit être curieux de voir les conséquences produites par les bons résultats de la Liste arabe.

« Je pense que nous serons plus respectés. Je suis sûr que nous n’obtiendrons pas tous nos droits ; il est bien connu que la majorité domine la minorité. Mais peut-être la pression sera-t-elle mois lourde ; moins de maisons démolies, etc. »

Ayant lui-même généralement évité la politique, Mahamid affirme avoir récemment entendu des amis se référer aux Arabes israéliens comme à des « citoyens de seconde zone ».

« Cette idée disparaîtra. Qu’est-ce que cette histoire de ‘seconde zone’ signifie de toute façon ? Je suis un citoyen ! », s’exclame-t-il.

L’étudiant se demande pourquoi Liberman a décidé de s’en prendre à Umm al-Fahm, une ville de plus de 50 000 âmes, lorsqu’il a proposé de l’annexer à un futur État palestinien, en échange de l’implantation d’Ariel en Israël.
Selon lui, ce serait lié à la réputation de bastion islamiste  de la ville, de siège du Mouvement islamique de Raed Salah.

Le dirigeant du mouvement islamiste en Israël, le Cheikh Raëd Salah arrive au tribunal à Jérusalem, le 4 mars 2014 (Crédit :  Ahmad Gharabli/AFP)
Le dirigeant du mouvement islamiste en Israël, le Cheikh Raëd Salah, arrive au tribunal de Jérusalem, le 4 mars 2014 (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP). 

« Mais pourquoi proposer l’annexion ? », demande-t-il solennellement. « Ne serait-il pas plus avantageux pour lui de simplement démolir des maisons, par exemple ? »

Son cousin, Mahmoud Mahamid, 18 ans, a voté pour la première fois mardi. Il affirme que la campagne télévisée de la Liste arabe « lui a donné un coup de sang ».

« Cela vous donne l’impression que si vous ne votez pas, vous serez affectés personnellement », explique Mahamid, qui s’apprête à partir en Roumanie pour étudier la médecine.

« Pour obtenir nos droits, nous devons avoir le plus grand nombre possible de députés arabes. » Mahamid affirme n’avoir jamais envisagé de boycotter les élections. Il a récemment rencontré un jeune homme qui avait l’intention de s’abstenir, et l’a convaincu de voter.

« Je lui ai dit qu’en tant qu’étudiants, sur le point de commencer notre vie, nous devons penser à nos droits et à nos futures carrières, dès maintenant. »

« Si nous obtenons 15 sièges, nous feront la fête », dit Hassan Mahamid à sa sortie de l’isoloir à l’école primaire Omar al-Khayyam, au mur orné du proverbe juif « S’il n’y a pas de farine, il n’y a pas de Torah », au-dessus d’un verset coranique vantant la valeur de l’éducation [La Liste arabe unie a obtenu 14 sièges].

Non loin de là, au siège local de la Liste arabe unie, Adnan Mahamid aide les résidents à trouver leur bureau de vote en utilisant un logiciel fourni par le ministère de l’Intérieur. Député communiste et ancien partisan de Hadash, Mahamid déclare espérer que l’opinion publique arabe « réagira avec force à la campagne raciste dans notre pays ».

« Nous disons à Liberman et à tous les racistes de son acabit : Umm al-Fahm restera arabe et palestinienne. Nous sommes les natifs de cette terre, et ses propriétaires. Nous sommes venus ici avant les immigrants. »

Afu Aghbariyeh, membre Hadash de la Knesset sortante, est arrivé au siège pour encourager le vote pour la Liste unie dans sa ville natale.

« Quelque chose d’essentiel a changé, décalre Aghbariyeh au Times of Israel. Cette liste a jeté les fondations du changement en Israël vers la démocratie, l’égalité et la fin de l’occupation. »

Le médecin qui a fait ses études en Russie dit être heureux d’être placé au bas de la Liste unie à ces élections « afin de laisser la jeune génération prendre la tête ». Pour Rashad Mahamid, entrepreneur en construction, l’objectif principal de ces élections est de renverser Liberman.

« Comme le dit le vieux dicton arabe : la poule a creusé un trou et s’est couverte de poussière. En élevant le seuil électoral, [Liberman] s’est fait du mal à lui-même et a rehaussé la valeur de l’opinion publique arabe. »

Mahamid espère aussi que la victoire de la Liste unie incitera les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza à s’unir politiquement.

« Israël a peur des voix arabes israéliennes après l’unification. Nous espérons être un modèle pour le monde entier, et pour les Palestiniens en particulier. Nous demandons à l’Autorité palestinienne et au Hamas de nous imiter. »

Mais, assis dans un coin de rue, Muhammad Jamil, un travailleur de la construction à la retraite de 76 ans, est moins optimiste. Oui, il a voté pour la Liste commune, mais ne croit pas que sa vie changera radicalement pour autant.

« La liste pour laquelle j’ai voté ne fera rien, mais au moins elle montrera aux gens que nous sommes un bloc. Quel poids peuvent avoir [14 députés] sur 120 ? »

« Les Juifs sont un peuple affamés, ils veulent dévorer le monde entier, conclut-il, en riant. Mais aussi mauvais qu’Israël peut être, les Arabes sont pires. Ici, au moins, il y a un soupçon de démocratie. »

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