Les forces de sécurité rassemblées à Amona avant l’évacuation
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Les forces de sécurité rassemblées à Amona avant l’évacuation

La police est déployée autour de l’avant-poste de Cisjordanie, alors que des militants brûlent des pneus et tentent d’empêcher leur avancée

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des partisans des implantations brûlent des pneus et d'autres objets à l'entrée de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Judah Ari Gross)
Des partisans des implantations brûlent des pneus et d'autres objets à l'entrée de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Judah Ari Gross)

La police et l’armée se rassemblaient mercredi matin à la lisière de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, avant l’évacuation probable des habitants dans les prochaines heures.

Les partisans des implantations mettaient en place la lutte contre l’évacuation. Un groupe tentait de bloquer la route d’accès à l’avant-poste illégal. Certains brûlaient des pneus à l’entrée et jetaient des œufs et des pierres sur les journalistes. Quelques députés de droite étaient également présents. Les forces de sécurité avançaient lentement vers la colline où se situe l’avant-poste pour enlever les obstacles créés par les habitants.

Des centaines de militants seraient planquées dans l’avant-poste, en plus des 40 familles qui y vivent. Un message envoyé aux habitants leur demandait de résister sans violence, mais de rendre l’évacuation aussi difficile et longue que possible pour les forces de sécurité.

« Laissez la police vous sortir avec autant de force que nécessaire, sans violence, disait le message. Le mieux pour vous serait que quatre policiers soient nécessaires pour transporter une personne. La police ne se conduira pas violemment si vous ne vous comportez pas violemment avec elle. »

Le député Moti Yogev du parti HaBayit HaYehudi (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le député Moti Yogev du parti HaBayit HaYehudi (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Moti Yogev, député HaBayit HaYehudi, l’un des députés arrivés mercredi matin à Amona, a déclaré à la radio publique israélienne que pour chaque maison évacuée dans l’avant-poste, le gouvernement israélien en construirait des centaines de milliers de plus en Cisjordanie.

Mardi soir, une file de soldats bloquait la route menant à l’avant-poste du centre de la Cisjordanie, et les habitants attendaient des nouvelles de leur destin de la Haute cour de justice.

Mardi matin, les habitants d’Amona ont reçu un ordre d’expulsion de l’armée, qui leur donnait 48 heures pour quitter la zone avec leurs affaires.

Malgré le barrage routier, la pluie et les températures frigorifiques, plusieurs centaines de manifestants sont arrivées à Amona afin de rendre l’évacuation aussi difficile et impopulaire que possible pour le gouvernement.

Des bus de militants supplémentaires auraient fait demi-tour, mais les manifestants déterminés à éviter l’armée sont arrivés à pied, faisant craindre un affrontement violent sur la colline, connu pour son face-à-face violent entre habitants et forces de l’ordre pendant une plus petite éviction en 2006.

Jeunes de l'avant-poste d'Amona, le 31 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Jeunes de l’avant-poste d’Amona, le 31 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

En 2014, la cour avait jugé qu’une partie de l’avant-poste était construite sur des terrains palestiniens privés, et ordonné son évacuation. Cette ordonnance devait être exécutée avant le 25 décembre, mais après un accord de dernière minute avec les habitants, le gouvernement avait obtenu 45 jours de délai pour évacuer l’avant-poste.

Depuis, la quarantaine de familles qui vit sur la colline, près de Ramallah, est dans l’expectative puisque l’accord conclu avec le gouvernement, qui aurait permis à la majorité des habitants d’être déplacée vers un terrain voisin dont le propriétaire était inconnu, est depuis remis en cause devant les tribunaux.

Le 18 décembre, quand l’évacuation semblait imminente, les habitants ont conclu un accord avec le gouvernement, qui, en échange d’une évacuation pacifique, permettait à certains d’entre eux d’obtenir de nouvelles maisons sur un terrain adjacent, et aux autres de s’installer dans l’implantation voisine d’Ofra.

Cependant l’association de gauche Yesh Din a rapidement fait appel à la cour au nom d’un Palestinien, affirmant que le terrain adjacent promis par le terrain était une propriété privée.

L’Etat a demandé à la cour d’accepter l’accord et d’autoriser l’accès du terrain voisin aux habitants d’Amona pour des raisons de sécurité.

Des Israéliens de Cisjordanie manifestent contre le démantèlement prévu de l'avant-poste d'Amona, devant le parlement israélien, le 30 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Des Israéliens de Cisjordanie manifestent contre le démantèlement prévu de l’avant-poste d’Amona, devant le parlement israélien, le 30 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

L’Etat a affirmé que l’évacuation imminente était considérée comme un « incident explosif ayant des implications sécuritaires », ajoutant qu’il y avait un « important intérêt de sécurité » à rendre le terrain disponible, et prévenant qu’il pourrait y avoir un face-à-face violent entre les habitants et les forces de sécurité.

Mardi après-midi, Yesh Din a présenté l’affaire à la cour, mais les juges n’avaient pas encore rendu de décision mardi soir sur la légalité de l’accord.

Même si un petit nombre de troupes étaient présentes à l’extérieur de l’avant-poste, et des centaines d’autres étaient déployées à proximité, la date de l’évacuation était toujours inconnue, et pas seulement en raison de l’attente de la décision de la Haute cour.

Les organisateurs affirment qu’elle pourrait commencer mercredi matin, mais l’armée a déclaré que sa notice de 48 heures expirait jeudi matin.

L’ordre de l’armée permet aux habitants de demander une extension de 48 heures, ce qui, si elle est accordée, entraînerait une évacuation samedi matin, pendant Shabbat, et qui donc aurait donc lieu samedi soir ou dimanche matin.

En raison de cette incertitude, les organisateurs des protestations de l’avant-poste ont appelé leurs partisans à venir à Amona pour protester contre l’évacuation potentielle.

Des centaines de manifestants, dont l’écrasante majorité est composée de jeunes adolescents religieux, ont répondu à l’appel et ont convergé vers Amona. Pour beaucoup, il s’agissait de la deuxième fois qu’ils agissaient ainsi, après l’évacuation reportée de décembre.

Des manifestants brûlent des pneus à l'entrée de l'avant-poste d'Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Des manifestants brûlent des pneus à l’entrée de l’avant-poste d’Amona, en Cisjordanie, le 1er février 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

En 2006, l’avant-poste avait été la scène d’affrontements brutaux entre les manifestants et les forces de sécurité, quand la Haute cour avait ordonné le démantèlement de neuf constructions de l’avant-poste illégal, qui étaient construits sur des terrains palestiniens privés.

La possibilité d’un conflit similaire a émergé en décembre dernier, quand des manifestants installaient des défenses pour éloigner la police et l’armée.

Beaucoup de ces préparatifs étaient toujours en place mardi. Des rochers étaient empilés le long de la route, les pneus étaient prêts à être allumés, pour bloquer ou ralentir l’entrée de l’armée sur le site.

Contrairement à l’évacuation prévue en décembre, les partisans ont cette fois rencontré sur leur route les troupes israéliennes, qui refusaient l’entrée de l’avant-poste à tous, à l’exception des habitants et des journalistes.

A 21h00, les manifestants se sont entassés dans la synagogue de l’avant-poste, où l’un des organisateurs leur a dit qu’il n’avait « aucune idée » de ce qui allait arriver, et que la cour n’avait pas encore rendu de décision.

« Il est possible que la Haute cour approuve l’accord, et que nous rentrions tous à la maison », a-t-il déclaré sous les applaudissements. « Mais il est aussi fort probable que la cour ne l’approuve pas », a-t-il ajouté.

L’organisateur a encouragé les jeunes manifestants à préparer une évacuation « énergique ».

« Ce n’est pas le Gush Katif », a-t-il déclaré en référence à l’évacuation des implantations de la bande de Gaza en 2005. « Nous n’allons pas prendre les soldats dans nos bras et leur chanter des chansons. »

L’évacuation doit être « aussi difficile que possible, aussi dure que possible, aussi longue que possible », a-t-il déclaré.

« La dernière chose que veut [le Premier ministre Benjamin] Netanyahu veut, c’est une photo des policiers nous traînant hors d’ici, a-t-il déclaré. Une photo de policiers traînant une petite fille hors de sa maison, c’est la photo que nous voulons. »

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