Les institutions financières sommées d’investir dans les infrastructures vertes
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Les institutions financières sommées d’investir dans les infrastructures vertes

Cette initiative du ministère des Finances a été annoncée lors d'une conférence, qui a aussi évoqué le monopole du secteur de l'électricité ou des taxes carbone

Une vue du train rapide Tel Aviv-Jérusalem dans la vallée HaArazim, aux abords de Jérusalem, le 25 septembre 2018 (Crédit :  Yossi Zamir/Flash90)
Une vue du train rapide Tel Aviv-Jérusalem dans la vallée HaArazim, aux abords de Jérusalem, le 25 septembre 2018 (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Le ministère des Finances prône de nouvelles régulations de façon à encourager les caisses d’assurance, de retraite et les organismes de prévoyance à investir jusqu’à 100 milliards de shekels dans des projets d’infrastructure d’ampleur en Israël – 20 milliards de shekels étant consacrés à des projets favorables à l’environnement, a-t-il été annoncé jeudi lors de la conférence annuelle Environment 2050.

C’est Moshe Bareket, superviseur de l’Autorité du marché des capitaux, des assurances et de l’épargne qui a fait part de cette initiative du ministère, disant que cette somme serait sortie des fonds qui sont gérés par ces institutions.

L’Autorité espère que les nouvelles règles, qui obligent également les institutions à réfléchir à l’intégration des critères ESG (social, environnemental et gouvernance) dans leurs analyses des risques, seront approuvées avant la tenue du scrutin national qui est prévu au mois de mars.

Les critères ESG sont les normes exigées au sein des entreprises par un nombre croissant d’investisseurs dans les pays développés.

La conférence Environment 2050 rassemble des décideurs, des régulateurs, des chefs d’entreprise, des universitaires et des organisations œuvrant dans la défense de l’environnement, pour évoquer les questions pertinentes relatives à l’écologie. Cette année, la conférence a eu lieu en ligne en raison des restrictions induites par la pandémie de coronavirus.

Vue aérienne de panneaux solaires dans le désert près d’Eilat, en Israël. (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

Un problème essentiel ayant été débattu a été l’avancée d’Israël vers les énergies renouvelables.

L’Etat juif est un pays signataire de l’Accord de Paris qui a été conclu en 2015, et qui a pour objectif de limiter le réchauffement climatique à bien moins de 2 degrés Celsius – idéalement à 1,5 degré Celsius – d’ici la fin du siècle.

Le gouvernement n’a toutefois pris aucune décision concernant les cibles ambitieuses à fixer pour le pays en termes de réduction d’émissions de carbone, des décisions qu’il devait soumettre à la Convention sur le changement climatique des Nations unies avant le 31 décembre.

Les ministères de la Protection environnementale et de l’Energie ne parviennent pas à trouver de compromis sur les cibles à atteindre. Le mois dernier, le ministère de l’Environnement avait appelé à atteindre deux objectifs à long-terme à l’horizon 2050 : Une réduction d’au moins 85 % des émissions israéliennes de gaz à effet de serre par rapport à 2015 et un approvisionnement en énergie électrique qui soit issu à 95 % des énergies renouvelables.

Le ministère de l’Energie, pour sa part, veut réduire de 80 % les émissions de toutes les structures placées sous son contrôle – et notamment celles qui produisent de l’électricité – à l’horizon 2050 par rapport aux données qui avaient été enregistrées en 2015. Une importante partie de la réalisation de cet objectif dépendra de la baisse de l’utilisation des véhicules privés à presque zéro, ce qui oblige à repenser radicalement la manière dont l’urbanisation est menée.

« Israël a besoin d’un marché de l’électricité concurrentiel »

Hen Herzog, employé de la firme BDO, une compagnie de conseil et de comptabilité d’entreprise, a déclaré devant la conférence que si Israël se fixait régulièrement et souvent des objectifs, le pays ne parvenait pas à les atteindre. Il a évoqué comme exemple la promesse faite par le ministère de l’Energie de générer 10 % de toute l’électricité à partir de ressources renouvelables à l’horizon 2020 – ce pourcentage n’était que de 5,7 % le mois dernier.

Et le problème n’est pas d’ordre financier, a-t-il expliqué : cet argent a été collecté par le biais des factures des consommateurs. Ce qui doit changer, a-t-il déclaré, c’est la centralisation du secteur de l’électricité, en plus du monopole détenu dans le pays par la Compagnie d’électricité israélienne et l’Autorité de l’électricité.

« Les gens qui bénéficient d’énergies renouvelables ne peuvent vendre leur surplus énergétique qu’à la seule Compagnie israélienne d’électricité et ceux qui veulent produire des énergies renouvelables doivent attendre l’émission des quotas décidés par l’Autorité de l’électricité », a-t-il déploré. « Nous avons besoin d’un marché compétitif ».

Il a ajouté que le gaz naturel devait être considéré comme complémentaire aux énergies renouvelables dans la mesure où aucune solution de stockage de l’énergie générée par le soleil en été – pour qu’elle soit utilisée en hiver – n’avait été trouvée.

Le directeur-général du ministère de l’Energie, Udi Adiri, a promis qu’Israël produirait 10 % de son approvisionnement en électricité à partir des énergies renouvelables en 2021.

Avancer vers la taxe carbone

Contrairement à la majorité des nations de l’OCDE, Israël n’a pas mis en place de taxe carbone ou de programme « de plafonnement et d’échange » (aussi connu sous le nom de système d’échange de quotas d’émissions) visant à réduire et à éliminer à terme l’usage des énergies fossiles, dont la combustion déstabilise et réchauffe le climat dans le monde entier.

Selon le quotidien économique Globes, les économistes de la Banque d’Israël se sont d’ores et déjà prononcés en faveur d’une taxe carbone et ils rendront publiques leur recommandations à ce sujet très rapidement.

Yuval Laster, chef de l’unité de politique et de stratégie du ministère de l’Environnement, a déclaré lors de la conférence que si Israël devait échouer à introduire des taxes carbone, les firmes israéliennes devraient s’attendre à payer de telles taxes dans leurs échanges commerciaux avec l’Union européenne.

La mode durable

L’une des interventions les plus passionnantes de la conférence a été l’allocution de Hendrik Alpen, chef de l’engagement durable et de la durabilité sociale au sein de la chaîne multinationale de prêt-à-porter H&M Group.

La mode est l’une des industries à l’empreinte carbone la plus lourde, a-t-il expliqué lors de la conférence, en raison des normes régissant la culture du coton et l’usage de produits dérivés de l’industrie pétrolière pour créer des textiles tels que le polyester.

Pour réduire à la fois son empreinte carbone et sa dépendance aux ressources naturelles, la firme tente actuellement de promouvoir le recyclage – des conteneurs pour accueillir les vieux vêtements sont actuellement installés dans certains magasins – et elle travaille pour mettre au point des moyens qui permettent de prolonger la vie des habits, par le biais d’initiatives consistant, par exemple, à les louer plutôt qu’à les vendre. H&M investit dans une firme suédoise qui récupère chez les clients les vêtements dont ils ne veulent plus et qui les revend ensuite en divisant les bénéfices, a déclaré Alpen.

Et pour aider les consommateurs « à acheter moins en les aidant à acheter mieux », H&M a récemment lancé sa marque Singular Society. Les inscriptions des clients offrent un revenu stable à H&M, qui peut alors se permettre de vendre des vêtements fabriqués de manière responsable et de haute qualité à prix coûtant.

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