Les Israéliens dénoncent les violences policières dans le pays et aux États-Unis
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Les Israéliens dénoncent les violences policières dans le pays et aux États-Unis

A Tel Aviv, les manifestants ont comparé la mort de George Floyd, un homme noir tué par la police, et le drame des Ethiopiens israéliens morts sous les balles des agents

Les manifestants lors d'un rassemblement en soutien aux mouvements de protestation, aux Etats-Unis, suite à la mort de  George Floyd et contre les violences policières à Tel Aviv, le 2 juin 2020 (Crédit : JACK GUEZ / AFP)
Les manifestants lors d'un rassemblement en soutien aux mouvements de protestation, aux Etats-Unis, suite à la mort de George Floyd et contre les violences policières à Tel Aviv, le 2 juin 2020 (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

JTA — Alors que Kielahtiel Barton reste, immobile, face au bâtiment de l’ancienne ambassade américaine à Tel Aviv, sur le trottoir situé aux abords d’une plage du centre-ville, de nombreuses personnes, autour d’elle, scandent des slogans appelant à l’égalité raciale.

« Pourquoi je suis là ? Parce que je suis black et que ma couleur de peau est la première chose que les gens voient chez moi, en particulier en Israël », s’exclame Barton.

Juive, originaire du quartier du Queens, à New York City, Barton fait partie des centaines d’Israéliens descendus dans les rues de Tel Aviv, mardi soir, pour protester contre le meurtre de George Floyd qui a été commis aux Etats-Unis, la semaine dernière.

Les manifestants – des Israéliens de multiples origines, notamment des Juifs éthiopiens et des immigrants afro-américains – comparent la situation en Israël à celle des Etats-Unis, lisant les listes de noms de personnes qui, selon elles, ont été victimes des violences policières.

Parmi les slogans scandés, « Pas de justice, pas de paix » et « Solomon Tekah, la dernière victime » – une référence à la mort d’un adolescent israélien d’origine éthiopienne tué par un agent qui n’était pas en service au moment où il a sorti son arme, l’année dernière.

Les manifestants lors d’un rassemblement en soutien aux mouvements de protestation, aux Etats-Unis, suite à la mort de George Floyd et contre les violences policières à Tel Aviv, le 2 juin 2020 (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Ils demandent également que justice soit faite dans l’affaire d’Iyad Halak, cet homme de 32 ans, souffrant de troubles autistiques et originaire de Jérusalem-Est qui a été abattu par la police des frontières dans la matinée de samedi. Benny Gantz, le ministre de la Défense, a présenté ses excuses pour cette fusillade et l’un des agents impliqués à été assigné à résidence. Un autre a été libéré mais devra se soumettre à des restrictions.

Pendant les interventions faites lors du mouvement de protestation, un grand nombre d’Afro-américains expriment leur sentiment d’impuissance face aux violences mais également leur détermination à faire changer les choses. Barton dit avoir peur pour ses frères et soeurs qui se trouvent actuellement à New York et qui manifestent – des défilés et rassemblements qui ont donné lieu à des éclats de violences dans certains secteurs.

Chaya Lev parle à la foule lors d’une manifestation organisée contre la mort de George Floyd aux Etats-Unis, à Tel Aviv, le 2 juin 2020 (Crédit : Sam Sokol via JTA)

Ses craintes sont partagées par d’autres qui ont, eux aussi, de la famille aux Etats-Unis.

« Je veux que vous preniez conscience de la p…n de longueur de la liste de noms que nous sommes sur le point de vous lire », dit au haut-parleur l’organisateur du rassemblement, Gavriel Chichester, un Juif afro-américain originaire de Washington. « Imaginez-vous déménageant de l’autre côté du monde, faisant votre alyah en Israël, et vous inquiétant de savoir si vos petits frères vont mourir dans le pays qui est le leur alors que vous, vous n’avez aucun moyen de les voir ».

« Black lives », crie-t-il, au bord des larmes. « Matter », répond la foule.

L’été dernier, des dizaines de milliers de personnes avaient manifesté pour dénoncer la mort de Tekah.

Ce meurtre était survenu six mois après celle d’un jeune handicapé mental d’origine éthiopienne, Yehuda Biadga, 24 ans, qui avait été tué par la police qui avait clamé qu’il avait attaqué un agent, le menaçant d’un couteau. Ce décès avait entraîné des mouvements de protestation dans tout Tel Aviv.

Au mois de mai 2015, des manifestations similaires avaient eu lieu suite à la diffusion d’une séquence, largement partagée, montrant le passage à tabac par deux agents de police d’un soldat israélien d’origine éthiopienne. Ces mouvements de protestation avaient tourné à l’émeute et les policiers avaient utilisé des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des grenades incapacitantes pour disperser la foule. Il y avait eu des jets de pierres et de bouteilles de verre en direction des forces de l’ordre et des vitrines de commerces avaient été vandalisées.

Plus de 144 000 Juifs d’origine éthiopienne vivent en Israël. Cela fait longtemps que la communauté déplore des discriminations raciales – et en particulier de la part des forces chargées de l’application de la loi. Le taux d’Ethiopiens placés dans les prisons militaires est disproportionnellement supérieur à celui des autres groupes et ils sont arrêtés dans la vie civile bien plus souvent que les autres catégories de population en général.

« On voit ça quotidiennement en Israël », clame Masagnu Amsalo, un Juif éthiopien venu manifester. « Voir ce racisme de la police nous empêche de dormir. Ce racisme est ici et il est aux Etats-Unis. Hier, c’est arrivé aux Etats-Unis mais demain, ça arrivera ici, en Israël ».

Les manifestants lors d’un rassemblement en soutien aux mouvements de protestation, aux Etats-Unis, suite à la mort de George Floyd et contre les violences policières à Tel Aviv, le 2 juin 2020 (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Chaya Lev, une juive afro-américaine originaire de Los Angeles, partage le même point de vue.

« J’ai ressenti une telle impuissance, je n’ai pas pu dormir pendant trois jours », dit Lev. « Je suis ici pour qu’on me rende justice pour cette impuissance ».

« Vous avez le droit de ne pas m’aimer mais abstenez-vous seulement de me tirer dessus », ajoute-t-elle.

La mort de Floyd – la dernière dans une série de meurtres commis sur des Afro-américains non-armés par les forces de l’ordre américaines – a entraîné des manifestations nationales dénonçant ce qu’un grand nombre considèrent comme un racisme institutionnel aux Etats-Unis.

A Tel Aviv, beaucoup de manifestants – tout en n’étant pas eux-mêmes membres des communautés d’origine africaine – indiquent avoir ressenti l’obligation morale de venir et de soutenir le rassemblement. Ils ont d’ailleurs annoncé la tenue de ce dernier sur les réseaux sociaux.

Benji Lovitt, un comédien américano-israélien, explique être convaincu qu’il est de sa « responsabilité civique » de condamner les choses « atroces » qui se déroulent aux Etats-Unis.

« Juif en Amérique, j’ai grandi en passant énormément de temps à suivre l’actualité en Israël », explique-t-il, « et c’est étrange aujourd’hui de regarder l’Amérique de loin en s’inquiétant pour l’avenir de ce pays ».

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