Les juifs croates boycottent une commémoration à Jasenovac, l’ « Auschwitz croate »
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Les juifs croates boycottent une commémoration à Jasenovac, l’ « Auschwitz croate »

La communauté juive dit que les autorités ne combattent pas la résurgence de l'idéologie pro-nazie et prévoit une cérémonie séparée

Le mémorial du camp de la Seconde Guerre mondiale de Jasenovac pendant une cérémonie en mémoire des dizaines de milliers de victimes tuées par le régime croate pro-nazi, le 26 avril 2015. (Crédit : AFP/STRINGER)
Le mémorial du camp de la Seconde Guerre mondiale de Jasenovac pendant une cérémonie en mémoire des dizaines de milliers de victimes tuées par le régime croate pro-nazi, le 26 avril 2015. (Crédit : AFP/STRINGER)

La principale organisation juive de Croatie a annoncé lundi un boycott d’une commémoration au camp de Jasenovac, l’ « Auschwitz croate », s’inquiétant d’un regain de l’idéologie oustachie pro-nazie face à laquelle les autorités seraient passives.

« La Coordination des municipalités juives en Croatie a pris la décision de ne pas participer à la commémoration » prévue fin avril, selon un communiqué de l’association qui organisera une célébration à part « dans la tradition juive ».

Elle a dénoncé des « événements quotidiens qui relativisent [les crimes du régime pro-nazi croate] et revitalisent l’idéologie oustachie ».

Le président de la Coordination, Ognjen Kraus, a dénoncé des slogans oustachis scandés en janvier lors d’une manifestation de groupes conservateurs à laquelle participait le vice-président du Parlement Ivan Tepes.

Il a aussi évoqué « le discours de haine dans les médias » et des slogans oustachis scandés lors d’un match de foot amical disputé en mars par les sélections croate et israélienne à Osijek (est), en présence du Premier ministre croate, Tihomir Oreskovic.

Depuis l’arrivée au pouvoir en janvier du gouvernement conservateur, des groupes de défense des droits de l’homme et des intellectuels ont à plusieurs reprises réclamé la démission du ministre de la Culture, Zlatko Hasanbegovic, qu’ils accusent d’avoir entretenu par le passé des « sympathies » pour le régime oustachi.

« L’Etat ne fait rien ou ne veut simplement rien faire », a accusé M. Kraus.

Chaque année est célébrée à Jasenovac une tentative d’évasion en avril 1945 de quelque 600 détenus de ce camp de concentration et d’extermination, où périrent des dizaines de milliers de victimes du régime oustachi pro-nazi d’Ante Pavelic, roms, serbes, juifs et militants antifascistes croates. Seuls 90 avaient survécu.

Monument à la mémoire des victimes de Jasenovac, en Croatie (Crédit : Bern Bartsch/Wikimedia commons/CC BY-SA 3.0)
Monument à la mémoire des victimes de Jasenovac, en Croatie (Crédit : Bern Bartsch/Wikimedia commons/CC BY-SA 3.0)

Le musée du Mémorial de l’Holocauste à Washington évalue à 100 000 le nombre des victimes de Jasenovac. Les estimations des historiens locaux varient d’environ 82 000 morts, selon le musée de Jasenovac, à 700 000 victimes, selon les sources serbes.

Mis en place par les nazis, l’Etat indépendant croate (NDH) a gouverné le pays durant la Seconde Guerre mondiale. Environ 75 % des quelque 40 000 juifs de Croatie ont été tués par le régime oustachi.

Les juifs représentent aujourd’hui moins de 1 % des quelques 4,2 millions de Croates.

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