Les Kurdes d’Irak regardent des pays arabes reconnaître Israël de loin
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Les Kurdes d’Irak regardent des pays arabes reconnaître Israël de loin

A Erbil, on s'étonne que l'Etat hébreu se soit tourné vers ses "ennemis" arabes plutôt que vers ses compagnons de galère kurdes, régulièrement accusés d'être des "agents" sionistes

(Archives) Photo prise le 16 septembre 2017, des Kurdes irakiens agitent un drapeau israélien et des drapeaux kurdes lors d'un événement exhortant les gens à voter lors du prochain référendum sur l'indépendance à Arbil, la capitale de la région kurde autonome du nord de l'Irak. (Crédit : SAFIN HAMED / AFP)
(Archives) Photo prise le 16 septembre 2017, des Kurdes irakiens agitent un drapeau israélien et des drapeaux kurdes lors d'un événement exhortant les gens à voter lors du prochain référendum sur l'indépendance à Arbil, la capitale de la région kurde autonome du nord de l'Irak. (Crédit : SAFIN HAMED / AFP)

Il y a encore quelques décennies, ils disaient avoir un ennemi commun et luttaient pour avoir leur propre Etat. Aujourd’hui, les Kurdes d’Irak regardent les Israéliens normaliser leurs relations avec des pays arabes, avec un sentiment doux-amer.

Maintenant que Washington a réconcilié l’Etat hébreu avec le Bahreïn et les Emirats arabes unis, l’heure est aux vols commerciaux entre Tel-Aviv et Dubaï et plus aux slogans historiques sur la cause palestinienne.

A Erbil, capitale du Kurdistan irakien, on s’étonne que l’Etat hébreu se soit tourné vers ses ennemis arabes historiques plutôt que vers ses compagnons de galère kurdes, régulièrement accusés d’être des « agents » sionistes dans leur lutte pour l’indépendance.

« C’est bien que des pays arabes fassent le choix de la normalisation avec Israël », se félicite Himdad Najat, professeur d’anglais de 38 ans.

Mais, plus que les Arabes, « les Kurdes ont un lien affectif avec les Juifs à cause des injustices que ces deux peuples ont subies ».

Environ 30 millions de Kurdes d’Irak, d’Iran, de Syrie et de Turquie revendiquent en vain depuis plus d’un siècle leur Etat.

Des civils syriens arabes et kurdes fuient avec leurs biens au milieu des bombardements turcs sur la ville de Ras al-Ain, au nord-est de la Syrie, le 9 octobre 2019. (Delil SOULEIMAN / AFP)

Les Juifs, persécutés durant des siècles, n’ont eux obtenu le leur qu’en 1948.

Au cœur d’un Moyen-Orient résolument hostile, le tout jeune Israël s’est cherché des alliés chez les non-Arabes.

Les Kurdes d’Irak, qui n’ont cessé de vouloir se détacher du pouvoir à Bagdad – qui a envoyé des troupes à chaque guerre contre Israël – étaient un allié tout trouvé.

Dans les années 1980 et 1990, Israël a directement envoyé de l’aide humanitaire et militaire aux Kurdes en lutte contre Saddam Hussein.

C’est aussi par le nord kurde que la quasi-totalité des Juifs d’Irak ont rejoint Israël depuis plus d’un siècle.

Espoir et échanges technologiques

En 2017, quand les Kurdes d’Irak ont tenu leur référendum d’indépendance contre l’avis du monde entier, ils n’ont trouvé qu’un seul soutien : Israël.

Nabaz Rachad est l’un de ceux qui ont fait campagne pour le « oui », essuyant les critiques de ses amis arabes qui l’accusaient de « vouloir créer un deuxième Israël ».

Pour lui, les récents accords de normalisation dans le Golfe sont « une pure hypocrisie ». Mais ils pourraient stabiliser une région dévastée par les guerres et surtout, « en tant que Kurde », cet Irakien de 35 ans, y voit « un espoir ».

« Quand je vois qu’un nouveau pays est créé ou reconnu, ça me redonne espoir que les Kurdes aient un jour leur Etat », dit-il à l’AFP.

En Irak, les Kurdes jouissent déjà d’une autonomie. Ils ont leurs propres forces de sécurité, gèrent leurs frontières mais… en matière de diplomatie, ils dépendent totalement de Bagdad.

« Mais si une ambassade israélienne ouvre à Bagdad, le jour suivant, un consulat ouvrira à Erbil », s’engage déjà Rebwar Babakye, chef de la commission des Affaires étrangères du Parlement kurde.

Pour lui, l’Irak doit normaliser ses relations avec Israël « le plus tôt possible ». « Israël est le leader régional de la recherche scientifique, cela pourrait aider les pays arabes à se développer via des programmes d’échange », affirme-t-il à l’AFP.

Le président irakien Saddam Hussein salue ses partisans à Bagdad, en Irak, sur cette photo du 18 octobre 1995, un jour après avoir prêté serment comme président pendant encore sept ans. (AP Photo/INA)

Bagdad, l’un des poids lourds du front arabe anti-normalisation sous Saddam Hussein, s’est gardée de tout commentaire lorsque les Emirats et Bahreïn ont annoncé reconnaître Israël. La question de la normalisation des relations avec Israël reste très sensible dans le pays, où les forces pro-Iran – grand ennemi de l’Etat hébreu – dominent la scène politique.

« Grande époque » révolue

Mais pour le chercheur Hiwa Othman, Israël a largement perdu de son attrait pour les Kurdes.

Avant, dit-il à l’AFP, l’Etat hébreu était un émissaire de choix pour intercéder auprès des Etats-Unis. Mais « aujourd’hui, les Américains sont à Erbil et les Kurdes n’ont plus besoin d’intermédiaire, donc pas besoin d’une relation politique avec Israël ».

Et surtout, contrairement à Bahreïn ou aux Emirats, les Kurdes ne peuvent s’affranchir de leurs grands parrains et voisins : Ankara et Téhéran, farouches ennemis de la normalisation – mais aussi de l’indépendance kurde.

Et la réciproque est vraie, renchérit Bilal Wahab, du Washington Institute for Near East Policy.

« Maintenant qu’Israël a normalisé ses relations avec Bahreïn et les Emirats, l’Etat hébreu lorgne vers l’Arabie saoudite, pas vers les Kurdes », affirme-t-il à l’AFP.

« La grande époque des relations entre Israël et les Kurdes appartient au passé ».

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