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Les pèlerins du Mont Meron mécontents des nouvelles mesures de sécurité

La police et les organisateurs ont limité le nombre de visiteurs au tombeau de Bar Yochai pour Lag Baomer après la mort de 45 fidèles, l'année dernière, dans une bousculade

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Le grand rabbin de la dynastie Boyan allume un feu de joie  pendant les célébrations de Lag BaOmer sur le mont Meron, le 18 mai 2022. (Crédit : David Cohen/Flash90)
Le grand rabbin de la dynastie Boyan allume un feu de joie pendant les célébrations de Lag BaOmer sur le mont Meron, le 18 mai 2022. (Crédit : David Cohen/Flash90)

La réussite des festivités de Lag BaOmer, cette année, a été une affaire de point de vue : pour le gouvernement et pour les organisateurs, la soirée de mercredi a été un triomphe, avec des dizaines de milliers de pèlerins qui ont pu se rendre au tombeau du rabbin Shimon Bar Yochai et en repartir dans de bonnes conditions de sécurité.

Pour la majorité des pèlerins, toutefois, l’événement – connu sous le nom de hiloula – n’a été que l’ombre de ce qu’il était lors des années précédentes, sans la joie et le dynamisme des festivités passées.

45 personnes sont mortes, l’année dernière, dans un mouvement de foule dramatique – la plus importante catastrophe civile de toute l’État d’Israël. La tragédie a entraîné des changements draconiens dans l’organisation des festivités pour garantir la sécurité de tous les participants. Et il semble que cet objectif ait été atteint.

« Grâce à Dieu, la hiloula s’est déroulée pacifiquement. Des milliers de personnes ont célébré la hiloula de Bar Yoshai sur le Mont Meron, hier soir », a commenté le vice-ministre des Affaires religieuses Matan Kahana dans une vidéo, jeudi matin.

Un petit nombre de pèlerins se sont heurtés aux forces de l’ordre, jeudi matin, pour protester contre les nouvelles mesures de sécurité en vigueur – mais cet incident d’ampleur relativement modeste n’a pas duré.

L’événement a commencé mercredi soir, avant le crépuscule, avec une cérémonie particulière de commémoration des victimes qui ont connu une fin tragique l’année dernière. Les pèlerins ont ainsi allumé des bougies et ont lu les noms des défunts les uns après les autres, une lecture accompagnée par une musique solennelle.

Mais après la tombée de la nuit et la récitation de la prière du soir, les célébrations de Lag BaOmer ont commencé à beaucoup ressembler à celles des années précédentes, quoique avec beaucoup moins de monde et beaucoup plus de barrières et de glissières de sécurité. Parmi elles, deux garde-corps dressés aux abords du tombeau de Bar Yochai qui empêchaient les fidèles de s’approcher de la tombe, comme ils le faisaient habituellement. Ces garde-corps, qui ressemblaient aux barrières utilisées pour orienter le bétail, ont amené certains fidèles à accuser les organisateurs et la police de les traiter « comme des animaux ».

Malgré la grogne initiale, le chef de la communauté hassidique Boyan a allumé le feu de joie qui marque, chaque année, le début de la fête ; un Klezmer a joué de la musique traditionnelle et les 16 000 personnes rassemblées sur le mont se sont alors livrées à des danses effrénées.

Des Juifs ultra-orthodoxes dansent pendant les célébrations de Lag BaOmer sur le mont Meron, le 18 mai 2022. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Les années précédentes, de telles festivités continuaient, sans interruption, jusqu’au petit matin. Cette année, elles se sont terminées – ou elles ont tout du moins été suspendues – aux environs de 21 heures 30 avec une annonce faite par haut-parleur, en hébreu et en yiddish : « La police a décidé que plus personne ne pouvait se présenter jusqu’à la fin de cet événement et nous devons donc y mettre un terme. Nous vous prions de vous diriger vers les sorties lentement et en faisant preuve de prudence ».

Pour encourager les pèlerins à partir, leurs horaires de présence autorisés ayant expiré, la musique s’est arrêtée, entraînant une accalmie étrange dans ces festivités bruyantes, un répit pendant lequel les fidèles ont déambulé dans le complexe, discutant ou récitant des psaumes – un contraste saisissant avec les célébrations des années précédentes.

Et pendant plus de deux heures, ce sont 10 000 personnes qui sont descendues du mont, laissant leur place à un autre groupe de pèlerins en raison de la limitation du nombre de visiteurs dorénavant strictement appliquée sur le site, une limitation qui n’autorise que 16 000 personnes à se trouver sur le site à la fois. Pendant cette transition entre les deux groupes de pèlerins, l’humeur, sur le mont Meron, est passée de l’extase à l’ennui, les fidèles errant sans but dans l’attente que les festivités recommencent à nouveau.

Des Juifs ultra-orthodoxes participent au pèlerinage annuel du tombeau du rabbin Shimon Bar Yochai sur le mont Meron, dans le nord d’Israël, le 19 mai 2022. (Crédit : Menahem KAHANA / AFP)

Mais si la plus grande partie des participants a reconnu que des changements avaient été indispensables pour éviter une répétition du drame de l’année dernière, nombreux ont été ceux à se plaindre des conséquences : les longues attentes dans les parkings, les longs moments sans musique et la disparition d’une ambiance générale de jubilation.

« Nous avions besoin de solutions. Mais tout fermer ? C’est une solution, ça ? » s’est interrogé un pèlerin, étudiant dans un séminaire religieux du secteur de Jérusalem, auprès du Times of Israel.

« Où est la musique ? Où sont les danses ? », a-t-il ajouté, montrant d’un geste les gens autour de lui, traînant et discutant.

L’un de ses amis a pour sa part pointé du doigt un groupe d’agents de police qui se tenait à proximité, riant et plaisantant les uns avec les autres. « Les seuls qui semblent prendre du bon temps, ce sont les policiers », a-t-il dit. (Ces derniers, qui ont refusé de s’exprimer auprès des journalistes, ont paru plutôt à cran pendant toute la nuit).

Des Juifs ultra-orthodoxes pendant les célébrations de Lag BaOmer sur le mont Meron, le 18 mai 2022. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Les étudiants ont confié ne pas être d’accord sur la cause de la tragédie survenue l’année dernière et sur ce qui serait nécessaire pour en empêcher une autre, mais ils ont reconnu qu’il y avait un problème qui devait être résolu. D’autres pèlerins, pour leur part, se sont montrés moins coopératifs.

« Rabbi Shimon [Bar Yochai] a pris auprès de lui 45 âmes vertueuses. Cela signifie-t-il que nous devons tous souffrir ? », a crié un homme, qui s’est lancé dans un long monologue sur les changements. Il a également accusé le gouvernement de vouloir prendre le contrôle du tombeau de Bar Yochai des mains des groupes hassidiques qui le gèrent actuellement.

Quand la chance a tourné

33e jour de la période de sept semaines qui sépare les fêtes de Pessah et de Shavuoot, Lag BaOmer est l’anniversaire traditionnel de la mort du rabbin Shimon Bar Yochai, Rashbi, figure rabbinique de la mystique juive du 2e siècle qui avait écrit, selon la tradition, le texte fondateur de la Kabbale, le Zohar. Bar Yochai avait appelé ses fidèles à célébrer l’anniversaire de sa mort, une tradition connue sous le nom de Yom Hilloula ou journée de festivités.

Si les célébrations étaient, dans le passé, relativement mineures, les festivités de Lag BaOmer sont devenues très populaires pour les Juifs – hassidiques en majorité, mais pas seulement – qui font l’ascension du Mont Meron pour se rendre sur le tombeau de Bar Yochai, et l’événement attire des dizaines de milliers voire des centaines de milliers de personnes.

Contrairement à d’autres sites majeurs de pèlerinage en Israël qui sont placés sous le contrôle de l’État, ls complexe appartient en majorité à des groupes hassidiques variées, qui ont souvent construit des structures sans autorisation légale et sans se soumettre aux normes de sécurité. Les célébrations de Lag BaOmer étaient, de la même manière, organisées par différents groupes médiocrement coordonnés, et non par une instance centrale.

Malgré des mises en garde parfois virulentes sur la sécurité, les festivités s’étaient déroulées, année après année, sans incident majeur. De nombreux pèlerins se rendaient sur le mont à pied, en voiture ou en bus, pour participer à cet événement, l’un des plus importants d’Israël.

Mais la chance a tourné, l’année dernière. 45 jeunes garçons et hommes avaient été tués dans une bousculade géante qui avait également fait plus de 150 blessés quand des milliers de personnes avaient emprunté une passerelle étroite et pentue, connue sous le nom de « Passerelle Dov », pour sortir de l’un de ces complexes, l’enceinte Toldot Aharon, qui porte le nom de la communauté hassidique qui en avait la charge.

Renforcer la sécurité

Déterminé à ce qu’une telle tragédie ne se répète pas, le gouvernement avait formé une commission d’enquête sur la catastrophe, recueillant les témoignages des personnes impliquées. Et à la fin de l’année dernière, la commission avait fait part d’une série de recommandations sur l’organisation de l’événement – des recommandations qui ont presque toutes été adoptées et mises en œuvre cette semaine.

Le rabbin à la tête de la secte hassidique Boyan allume des bougies en mémoire des 45 personnes mortes pendant la catastrophe de l’année dernière sur le mont Meron, pendant les célébrations de Lag BaOmer sur le mont Meron, le 18 mai 2022. (Crédit : David Cohen/Flash90)

Le plus frappant de ces changements aura été la limitation du nombre de visiteurs pouvant se trouver à la fois sur le %ont Meron à un moment donné – qui est passé de dizaines de milliers de personnes à seulement 16 000 en 2022. Contrairement aux célébrations débridées des années précédentes, où tout le monde pouvait pénétrer dans le complexe sans restriction, un système de réservations anticipées a été mis en place cette année et les pèlerins ont été dans l’obligation d’emprunter des bus mis à disposition par le ministère des Transports.

Environ 1 800 policiers ont été par ailleurs déployés dans le secteur, autour du tombeau, pour garantir la sécurité des personnes présentes, ainsi qu’un petit nombre de soldats issus d’un bataillon de recherche et de secours. Les services de secours du Magen David Adom, de la United Hatzalah et de la ZAKA étaient aussi sur le site. Kahana, le vice-ministre des Affaires religieuses, est resté toute la nuit pour contrôler la situation, tout comme le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev et le chef de la police israélienne Kobi Shabtai.

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